Laird Hunt (DR)

Après Les Bonnes gens, Laird Hunt poursuit sa grande fresque romanesque de l’Histoire américaine avec Neverhome, qui vient de paraître dans la collection de poche, Babel, d’Actes Sud. Ce n’est pas l’Histoire telle qu’un imaginaire collectif aime à la construire et la raconter, ample fresque mythologique, épopée grandiloquente, mais une histoire par des vies minuscules, marginales, étouffées qui, mises en lumière par l’écrivain, sont comme des vues anamorphiques : elles changent la perspective, déséquilibrent ce que l’on pensait savoir, permettent de voir et comprendre autrement.

Rodrigo Rey Rosa (DR)

Ce jeudi 14 septembre, à 21h à la Maison de l’Amérique Latine, Diacritik a le plaisir de vous convier à une rencontre avec Rodrigo Rey Rosa. Animée par Johan Faerber, elle sera l’occasion d’évoquer avec l’écrivain guatémaltèque Aucun lieu n’est sacré, son recueil de nouvelles qui vient de paraitre en édition bilingue avec une traduction dirigée par Philippe Dessommes aux Presses universitaires de Lyon.

La Ballade de Rikers Island de Régis Jauffret est l’histoire de « l’archevêque de la finance mondiale » accusé de viol par une femme de chambre d’origine africaine. Le personnage principal n’est jamais nommé. Il est « il », son épouse est « elle ». En revanche la victime porte son nom réel, Nafissatou Diallo, « Nafissatou la Peule, l’analphabète, tombée dans l’encre des journaux, devenue un petit tas de lettres ». Tout renvoie aux principaux épisodes d’une affaire médiatisée à outrance et tout est pourtant roman, selon le credo inscrit en exergue du livre, « le roman, c’est la réalité augmentée ».

Gaël Octavia

La Fin de Mame Baby est le premier roman de Gaël Octavia, jusqu’ici connue pour son œuvre dramatique.
Ce livre, qui paraît aujourd’hui dans la collection « Continents noirs » des éditions Gallimard, est indéniablement l’une des belles découvertes de cette rentrée littéraire (lire ici la critique du livre) et l’occasion d’un grand entretien avec son auteure.

Gaël Octavia

Dans une toute petite ville qui ne sera jamais décrite sinon par sa violence et par les noms de fleurs dont sont affublés ses immeubles, donc dans cette petite ville anonyme parce qu’universelle, que l’on appellera simplement le Quartier, Mariette se balance sur un rocking chair, un verre à la main, les yeux dans le vide. Elle divague. Elle rêve à voix haute, pour vous, Lecteur :

Je profite de cette accalmie bienvenue dans nos échanges pour aller aux toilettes à mon tour. Je glisse (plus que je ne marche) sur le chemin des urinoirs collectifs dégueulasses à souhait. J’ai l’impression de m’être transformé en palet de curling avec ces pseudo sportifs à l’air pénétré et aux chaussures bicolores ridicules qui astiquent frénétiquement la piste devant le morceau de granit poli tandis qu’un serveur commence à balayer le sol devant chacun de mes pas mal assurés. J’évolue difficilement dans mes vapeurs éthérées, prudent devant ce cérémonial grotesque.

Si un inconnu vous aborde est, à ce jour, l’unique recueil de nouvelles de Laura Kasischke, paru aux USA en 2013. Les éditions lilloises Page à Page, après Mariées rebelles (son premier recueil de poèmes, 2016), publient toute cette part réputée moins commerciale de l’univers d’un écrivain dont le public français, qui l’adore, n’avait qu’une vue partielle, n’ayant accès qu’à ses neuf romans. C’était une hérésie :

Nathalie se plante devant moi, interdite face au spectacle louche du tandem bouleversant que nous formons, mon ami et moi, dans cette posture mal assurée qui ressemble de plus en plus à un slow de fin de noces… A voir sa moue, j’essaie d’imaginer ce qui lui passe par la tête. Se dit-elle que j’ai refait ma vie et qu’elle n’a aucun droit de regard sur mes nouveaux choix amoureux, même s’ils peuvent lui paraître discutables ? Ce qui est compréhensible et légèrement intolérant de sa part cela dit.

Je quitte la salle de bains, je pose le téléphone. Alice est assise sur le canapé. J’ai envie de l’embrasser et qu’elle me serre dans ses bras. Ce sont des choses qui se font. Elle me dit qu’elle a eu une journée affreuse tout en allumant une cigarette. Sans attendre une réaction de ma part, elle entreprend un récit fait de plaintes diverses d’usagers des transports vindicatifs, de brimades hiérarchiques, de café imbuvable au bureau et d’une dispute avec Nathalie. J’ai laissé Paul à ses affres et à sa liste inique. Je ne saurais dire qui est le plus à plaindre. De Paul (englué dans son désespoir mystico-amoureux), d’Alice (qui a eu une journée affreuse) ou de moi (qui écoute les malheurs de l’une et de l’autre) ?