— J’allais mourir. C’était dans mon âme amoureuse,
Désir mêlé d’horreur, un mal particulier
Baudelaire, « Le Rêve d’un curieux »

Pour bien lire un auteur, pour bien le comprendre, il faut avoir une vue d’ensemble de son œuvre, ce qui nécessite de pouvoir englober sa bibliographie. D’où l’importance de (bien éditer) des Œuvres complètes, surtout quand ce sont celles d’un de nos plus modernes écrivains d’aujourd’hui. Tentons une approche de cette estrella distante, qui a su créer dans son œuvre une constellation morcelée d’une impressionnante force magnétique.

« La littérature ment comme un arracheur de dents », écrit Maxime Decout dans les premières pages de ce nouvel essai au style enlevé, souvent facétieux. Narrateur à son tour, Decout nous entraîne là dans une vaste réflexion sur une littérature bien particulière des xxe et xxie siècles : celle qui bluffe, qui triche et qui feint, celle qui parfois ment franchement – tout un jeu de dissimulation rassemblé sous le terme d’imposture.

À l’occasion de la parution des splendides Poèmes et antipoèmes de Nicanor Parra, l’écrivaine Claire Tencin a interrogé pour Diacritik Felipe Tupper, le maître d’œuvre de cette indispensable anthologie bilingue qui vient de paraître au Seuil dans la collection de Maurice Olender. Tencin et Tupper s’interrogent ici sur les arcanes de l’œuvre clef du poète chilien de 103 ans, enfin traduite en français par Bernard Pautrat.

Jérôme Orsoni

Pierre Parlant évoquait hier le nouveau livre de Jérôme Orsini, Le Feu est la flamme du feu, venant clore un triptyque commencé avec Des monstres littéraires (2015) et complété avec Pedro Mayr (2016), tous publiés dans la collection « un endroit où aller » des éditions Actes Sud.
Entretien avec Jérôme Orsini.

Jérôme Orsoni © Action Parallèle

Étrange et beau, curieusement assertorique, le titre intrigue. D’entrée de jeu, comme s’il fallait affranchir le lecteur toujours déjà pressé d’activer sa logique portative, et l’inviter ainsi à accueillir sans prévention ce qui arrive, il déclare possible que cause et effet se retrouvent fondus dans le même creuset. Mais ce n’est pas tout, car ce qu’il dit en le disant — en un pli poétique — esquisse aussi ce qu’il posera ultérieurement en vertu d’une maxime dont on mesurera, chemin faisant, l’efficace : « il ne faut ni sentir, ni penser, ni vivre — et encore moins écrire — en écrivain ». S’il doit donc y avoir une quelconque souveraineté, ce ne sera pas celle de l’auteur. Autrement dit, pour bien jouer — ou jouer mieux —, surtout en matière d’écriture, il ne faudra pas cesser de déjouer. Bref, en lisant un livre qui déclare se méfier à ce point de ses propres démons, on aura plus d’une fois l’occasion de se demander si, finalement, il n’est pas hanté par un autre que lui.