Ça n’a échappé à personne, les récentes révélations d’un journal satirique dont la philosophie n’a pas varié d’un bec depuis sa création en 1915, ont fait resurgir des comportements d’un autre temps, d’un autre siècle, quand des journalistes avaient eu à cœur de créer un « espace de liberté » pour « rompre délibérément avec toutes les traditions journalistiques établies » malgré « la menace du ciseau des censeurs ». Le nom de cette gazette tandis que reviennent les imprécations et les invitations au silence ? Le Canard Enchaîné.

D’après la légende, désireux d’acquérir une connaissance parfaite des poisons et de leurs antidotes, le roi Mithridate VI (132-63 av. J.C.) avait réussi à s’immuniser totalement contre leurs effets en ingérant régulièrement de petites doses tout au long de son existence. A tel point qu’au moment de se donner la mort, il se rendit à l’évidence et à pied à la caserne la plus proche afin de se faire embrocher par un de ses mercenaires pour pouvoir en finir. Moins d’une semaine après l’élection américaine, dressons un parallèle entre l’empoisonnement antique et le populisme contemporain qui a conduit successivement au Brexit et à l’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

Parce qu’« un bon titre, c’est un titre qu’on ne voit pas » (Claire Carrard, éditrice), parce que l’exercice est difficile et parfois à double tranchant, et si les jeux de mots n’étaient pas des pets de l’esprit, mais plutôt de Damoclès ? En rassemblant des titres et surtitres d’articles, de unes ou de brèves parus entre 1973 et 2015 dans le quotidien Libération, Hervé Marchon a non seulement synthétisé ce qui relève déjà de la réduction, du raccourci qui fait sens, mais il a surtout mis en lumière ce qui est la signature Libé : un art certain du titre.

Agoravox en 2005, Rue89 en 2007, Mediapart en 2008… En proposant à leurs lecteurs des contenus fournis par des rédacteurs « non professionnels » n’ayant ni carte de presse ni contrat de travail – et encore moins de rémunération – mais une simple connexion Internet (et un abonnement payant pour Mediapart), les tenants du journalisme citoyen, prompts à dénoncer aujourd’hui l’uberisation de l’économie voire de la société tout entière, ne seraient-ils pas les pionniers du phénomène ? Et de fait les médias en ligne n’ont-ils pas inventé l’uberisation du journalisme sous couvert du participatif ?

Il y a neuf ans, j’écrivais une chronique funèbre pompeusement intitulée «Nécro spirituelle». Le 15 janvier dernier, alors que René Angélil venait juste de passer de vie à trépas la veille au soir, aucune nouvelle célébrité n’était morte à peine le jour levé. Devant le spectacle des commentaires sur la fatalité morbide de ce début d’année, j’en ai profité pour réécrire ce billet sur la camarde qui semble prendre un malin plaisir à dézinguer les idoles qui n’iront pas plus loin que leur 69e anniversaire.

Depuis deux ans, quel journal a bien pu parler à la fois d’Aube dorée, des mutations de La Poste, des écoutes made in France en Lybie, du lobby des pro gaz de schiste, du SAC du Général de Gaulle, des affaires de Nicolas Sarkozy et de l’histoire du journal Pilote ou de l’assassinat du juge Renaud ? Libération ? Le Nouvel économiste ? Mediapart ? Non. Trois fois non. Tous ces sujets et ces articles ont paru dans La Revue Dessinée qui, comme son nom le suggère, propose reportages, documentaires et chroniques en bande dessinée et s’applique à raconter l’actualité et à expliquer le monde dans lequel nous vivons.

Que serait le monde vu à travers les seuls titres de presse ? C’est la question que pose le Tout va bien, relevé de ces gros titres par lesquels les journaux attirent notre regard et cherchent à fixer notre attention. La seconde édition (2015) du Tout va bien vient de paraître au Tripode. 136 titres comme un condensé de la folie et de la bizarrerie de notre époque, telle que la presse la représente, telle qu’elle se dit entre absurdité et poésie, tragédie et stupidité.