A juste titre : Le tout va bien 2015

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Que serait le monde vu à travers les seuls titres de presse ? C’est la question que pose le Tout va bien, relevé de ces gros titres par lesquels les journaux attirent notre regard et cherchent à fixer notre attention. La seconde édition (2015) du Tout va bien vient de paraître au Tripode. 136 titres comme un condensé de la folie et de la bizarrerie de notre époque, telle que la presse la représente, telle qu’elle se dit entre absurdité et poésie, tragédie et stupidité.

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Un homme ivre tente de réanimer un canot pneumatique (Ouest France), une femme se tue en sautant de joie (son ami l’a demandée en mariage au bord d’une falaise), un passager d’Easy Jet tasé parce qu’il a deux bagages à main (20 Minutes), un homme qui cambriole Lanusse et manque de finir au trou (Nord littoral), une femme qui ne sourit pas depuis 40 ans de peur d’avoir des rides (Le Journal de Montréal), un homme qui abuse de sa fille et dort avec un sanglier (La Nouvelle République) : c’est un drôle de concentré d’humanité qui se fait jour à travers ce recueil d’Adrien Gingold.

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Ces fables en quelques mots forment le cadavre exquis d’une année étrange, entre cruauté et absurde, un « tout est vrai » du monde tel qu’il ne tourne pas très rond, tel aussi que la presse choisit de le représenter dans les gros titres des rubriques « faits divers ». Et divers ils le sont, ô combien. C’est aussi une culture du buzz, du clic, du sensationnalisme qui transparaît dans ce recueil.

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Un titre de Libération pourrait tenir lieu d’art poétique à ce recueil : « Selon une étude scientifique les études scientifiques ne sont pas fiables ». Une logique autre, surréaliste, se dit dans ces brèves. Un détail, saugrenu, piquant ou hilarant vient dézinguer l’ordre des choses, introduire un jeu.

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Félix Fénéon avait élevé ces faits divers, ces Nouvelles en trois lignes, au rang de genre littéraire. Pierre Desproges en avait fait de même avec ses Bref,  petites informations insolites publiées dans L’Aurore, dans la lignée des « Rions un peu » ou autres « Elle est bien bonne » dont les origines remontent à Théophraste Renaudot. Les Tout va bien du Tripode — comme le Chutier de Diacritik, d’ailleurs — en sont le digne héritier : l’anthologie 2014 (épuisée), celle de 2015 (qui vient de paraître) illustrent combien quelque chose se dit dans la trame du détail, dans la juxtaposition, aussi, de ces titres. Un ordre du monde, les éclats d’une société improbable, et pourtant.

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Adrien Gingold a compilé 2015 en 136 titres. Ce n’est pas le Gorafi, tout est authentique (il y est même question de Daech), c’est hilarant ou désespérant, à la manière monde comme il va. Le meilleur du pire, en quelque sorte.

Le Tout va bien, Le monde en 2015 vu à travers des titres de presse, anthologie par Adrien Gingold, maquette d’Oskar, Le Tripode, 135 p., 9 € 90

Le tumblr A juste titre « Les gros titres des petites affaires, sélectionnés par Adrien Gingold et Giulio Callegari »