Annoncée depuis des mois par la plateforme avec un sens du teasing bien réglé qui n’a rien à envier aux pratiques des majors quand ils balancent une minute douze de bande-annonce six mois avant la sortie d’un nouveau blockbuster, la nouvelle livraison de la série Knives Out (en Netflix dans le texte) est arrivée le 12 décembre dernier sur nos écrans. La critique est quasi unanime : Wake Up Dead Man est meilleur que les précédents. Mais moins bon que le prochain ?
Netflix
En 1857, dans l’Utah, une femme et son fils sont en quête d’un guide pour les conduire en Californie à travers des contrées hostiles. Sur le quai d’une gare-terminus (les rails vers l’ouest s’arrêtent quelques mètres plus loin), Sarah et Devin s’impatientent de ne pouvoir continuer leur chemin vers l’Ouest, dans une urgence qui sonne comme une fuite.
The principle of this series is simple: one day, one player, one gesture.
And all the rest.
Le principe de cette série est simple : un jour, un joueur, un geste.
Et tout le reste.
« Elle était pour partie une reine, pour partie une enfant misérable, parfois à genoux devant son propre corps, parfois au comble du désespoir à cause de lui », Arthur Miller, Timebends : A Life (1988)
Depuis le 28 septembre, Blonde d’Andrew Dominik est visible sur Netflix. Poème à rallonge boursouflé de 166 minutes qui regarde pour le meilleur Pablo Larrain (Jackie, Spencer). Pour le moins bon, Baz Lhurmann (Elvis). Pour le pire et le lacrymal à haute dose, Olivier Dahan (La Môme), Liza Azuelos (Dalida).
Une comète destructrice pour métaphore de la catastrophe écologique, un scénario au vitriol et une intelligence au scalpel : tout est en place.
Joan Didion, autrice, scénariste, essayiste, journaliste (et phare du « new journalism », s’est éteinte hier à New York. Elle avait 87 ans. Son œuvre est une fresque de l’Amérique comme de sa propre vie, deux sujets en miroir, collectif et intime, intérieur et extérieur. Le 2 février prochain, les éditions Grasset publieront Pour tout vous dire (Let me tell you what I mean), dans une traduction de Pierre Demarty, un livre qui rassemble des chroniques publiées entre 1968 et 2000 comme les thèmes de prédilection de l’autrice (presse, politique, Californie, femmes) et s’offre comme un « pourquoi écrire ». Retour sur une œuvre majeure depuis le prisme du documentaire que lui consacra Griffin Dunne, en 2017 et d’une phrase en ouverture du White Album, cette phrase qui vaut ethos comme art poétique, « Nous nous racontons des histoires afin de vivre » (« we tell ourselves stories in order to live »).
À moins d’avoir passé ces dernières semaines dans un ashram coupé du monde pour vous extraire des contingences matérielles ou échapper aux sondages politico-médiatiques qui donnent aux cuistres une importance suspecte, vous avez assurément assisté à la déferlante Squid Game. Dans le cas contraire, retour sur la série du moment de la plateforme tentaculaire.
Plus lisse que la toile cirée de la table du salon de mémé et aussi subtile qu’un élu Les Républicains en campagne, Jupiter’s Legacy a beau avoir tous les ingrédients pour séduire les adeptes des films et séries de super-héros, l’héritage signé Mark Millar diffusé sur Netflix depuis le 7 mai est une belle déception à plus d’un égard.
Alors que la terre entière n’a jamais eu autant la tête rivée sur Netflix, j’ai eu le plaisir de découvrir parmi les choix proposés par la plateforme un film made in USA qui, à mon goût, est passé bien inaperçu lors de sa sortie : Velvet Buzzsaw de Dan Gilroy, distribué début 2019 exclusivement sur le géant du streaming.
Et si on arrêtait d’être snob et de s’étonner du succès d’une série Netflix ? Qui plus est française. Personnellement, je n’échangerais pas deux sachets de Marseille ou deux barils de Shooter contre cinq épisodes de Lupin (en attendant la deuxième partie avec une certaine impatience).
Le onzième film de David Ficher n’est pas qu’un somptueux hommage à l’âge d’or du cinéma américain. Récit de l’écriture sous contrainte de Citizen Kane, le chef d’œuvre d’Orson Welles, Mank est un film radical qui parle de Hollywood et de l’Amérique, des tournants de l’histoire, du pouvoir de l’image et de la dictature des studios.
Au jeu de l’exorcisme des démons de l’Amérique, le cinéma et la série US ne sont pas les derniers et Aaron Sorkin est devenu, depuis sa pièce de théâtre A Few Good Men jusqu’à ses créations pour la télévision et le cinéma, un des grands ordonnateurs du genre. Deuxième réalisation du scénariste de The West Wing et The Newsroom, Le Procès des 7 de Chicago est l’archétype d’un cinéma militant dont l’Amérique a (ou avait) le secret quand il s’agit de questionner son histoire, d’édifier les spectateurs, de libérer les passions. La définition même de la catharsis, à défaut d’un réel mea culpa.
Prenez un premier rôle musculeux sévèrement burné, opposez-lui un adversaire un peu lisse mais ténébreux quand même, ajoutez un mentor au grand cœur et un ou deux personnages féminins histoire de réduire un peu le taux de testostérone au mètre carré et vous avez tous les ingrédients de Balle perdue : un film d’action français qui s’ajoute à la trop longue liste des films dont ne souviendra plus dès le début du générique de fin.
Le documentaire de David France tourne autour de la figure emblématique de Marsha P. Johnson, activiste Noire, drag queen, symbole des émeutes de Stonewall. Si le documentaire retrace une partie de la vie de Marsha P. Johnson, il est structuré à partir d’une enquête concernant sa mort, enquête menée par Victoria Cruz, elle-même activiste racisée et transgenre. L’objet de ce documentaire ainsi que le point de vue choisi en font, plus qu’une simple entreprise biographique, un film dont le but est critique et politique.