Shooter : série balistique sans recul

Si vous cherchez une série bien concon, conservatrice à souhait et sponsorisée par le lobby des armes : Shooter sur Netflix. L’histoire de Bob Lee Swagger, ex-Marine et tireur d’élite compromis par la CIA, les services secrets, le FBI, le FSB et d’obscurs complotistes… Ou comment l’Amérique justifie ses errances par des « buts plus grands ».

Le sniper Bob Lee Swagger avait été interprété en 2007 au cinéma par Mark Wahlberg dans le film éponyme d’Antoine Fuqua. Huit ans plus tard, l‘acteur et le réalisateur sont devenus producteurs de la série qui reprend la même trame, les mêmes personnages et les mêmes obsessions : l’Amérique est en proie à un complot de plus et seul un ex-Marine pourra le déjouer. Bob Lee est le plus précis, le plus intègre, le plus droit, bon mari, bon père, le genre de tireur d’élite qui ne tue que lorsque c’est nécessaire et ne ferait pas de mal à un lapin en dehors de son métier (ou s’il a vraiment très faim). Le shooter joué au petit écran par Ryan Phillips est tout bonnement le meilleur. Mieux qu’un symbole, une publicité vivante pour le droit du peuple à disposer d’un fusil d’assaut pour aller chercher le pain.

Engagé par son ex-supérieur pour évaluer la menace d’un attentat contre le président des Etats-Unis pendant la visite du président ukrainien, Bob Lee met tout son cœur de patriote à l’ouvrage pour déjouer un assassinat imminent. Il donne tout Bobby : les emplacements possibles, les scénarios, ce qui va marcher, ce qui va échouer, le modus operandi, les angles de tirs, la vitesse du vent, le poids de la balle (avec dessins balistiques incrustés sur l’écran)… il semble si fort que dans ce problème complexe, il pourrait même donner l’âge du capitaine.

Mais alors qu’il pense être du côté des gentils (les légendaires good guys), Bob Lee va se retrouver accusé (à tort, rassurez-vous) d’avoir lui-même perpétré le crime. Pour Bob Lee commence alors une fuite qui va se transformer en traque des véritables meurtriers et de la vérité. Parce que Bob Lee a beau être un parmi beaucoup d’autres, en Dieu il a confiance et sa résolution est à l’aune de son talent et de ce que l’armée lui a appris. Dès lors, les méchants (les célèbres bad guys) n’ont qu’à bien se tenir. Et le spectateur à s’armer d’indulgence alors que Bob Lee fourbit son paquetage.

Scénarisé avec la finesse d’un char M1 Abrams lancé à pleine vitesse dans les rues de Bagdad, Shooter alterne le pire et le moins bon mais demeure fascinant par sa capacité à délivrer sans dévier d’un millimètre son message militaro-patriotique jusqu’au bout des rayures du drapeau américain. Le souci du détail quand il s’agit de décrire les vertus d’un fusil de tir de précision ou comment une balle de calibre 300 explose au moment de toucher sa cible est poussé au paroxysme. Quand Bob Lee fait le fugitif (sa tête est sur tous les écrans de télé et d’ordinateurs en plus d’être sur toutes les affichettes marquées « wanted by the FBI » collées sur les vitrines des armureries du pays), on vibrerait presque avec lui devant tant d’injustice. Fort heureusement, les armes sont en vente libre et Bob Lee peut aller se refaire un arsenal dans son store habituel qui ne lui demande même pas sa carte d’identité ou s’il veut un Magnum pour la route.

En plus d’enfiler les perles caricaturales, Shooter enchaîne les invraisemblances à répétition (comme les carabines éponymes) : avec un peu de recul (beaucoup, en fait), on pourrait éventuellement y voir une critique de la société américaine quand dans son périple et sa quête pour retrouver sa famille et son honneur perdu, Bob Lee traverse les Etats-Unis en croisant une milice pro-armes qui entend bien prendre le pouvoir un jour, un ancien instructeur de tir qui a tout perdu à cause de son métier de mort (mais pas son talent pour « punaiser » un oiseau à 1500 avec un fusil à balles qui fendent le métal et les airs) ou les accros des calibres réunis dans une expo-vente dans un gymnase de lycée transformé pour l’occasion en salon de l’autodéfense et « j’ai le droit de porter un flingue grâce à la constitution alors viens pas m’emmerder avec tes considérations humanistes de fillette »)… Las, même le FBI est pourri, les Services Secrets et la Sécurité Intérieure ne sont pas mieux, (remember Designated Survivor) et même si l’agent Memphis (Cynthia Addai-Robinson) vient en aide à Bob, il lui faudra beaucoup de courage pour arriver à convaincre sa hiérarchie. Forcée d’enfreindre quelques règlements décidément trop liberticides et quelques lois et procédures, l’agent Memphis se révèlera une tireuse d’élite en moins d’un épisode et d’une aide précieuse au moment du dénouement final.

Entretemps, Bob le shooter tue (mais jamais les innocents), se cache, poursuit des Russes, démasque des traîtres, tue encore (mais seulement ceux qui l’ont bien mérité) et rien ne l’arrêtera tant qu’il n’aura pas eu gain de cause. Parce qu’il est comme ça Bob Lee :

Hautement testostéronée et aussi subtile qu’un discours populiste à l’attention d’électeurs à cou rouge,  invraisemblable à souhait avec tout le package violence nécessaire, milices privées, 2nd amendement, libertés individuelles, corruption, famille, Dieu et vrais Américains qui en ont assez que leur mère patrie perde de sa superbe, Shooter est un croisement entre Walker Texas Ranger et 24, avec juste ce qu’il faut de patriotisme exacerbé, agité au shaker dans une mesure de bondieuserie sponsorisée par la NRA. God bless Bobby Lee.

Shooter, créé par John Hlavin, produit par Antoine Fuqua, avec Ryan Phillippe, Shantel VanSanten, Cynthia Addai-Robinson, Omar Epps, Lexy Kolker dans les rôles principaux, 2 saisons disponibles sur Netflix, la 3èmesaison a été annulée en cours de diffusion en août 2018 après huit épisodes.