Pilotes en séries (23) : white house dawn (À l’aube de l’Amérique)

Courtesy of Netflix/Courtesy of Netflix © 2024 - © 2024 Netflix, Inc.

En 1857, dans l’Utah, une femme et son fils sont en quête d’un guide pour les conduire en Californie à travers des contrées hostiles. Sur le quai d’une gare-terminus (les rails vers l’ouest s’arrêtent quelques mètres plus loin), Sarah et Devin s’impatientent de ne pouvoir continuer leur chemin vers l’Ouest, dans une urgence qui sonne comme une fuite.

Le titre français restitue assez mal l’ambiance générale et le postulat de la série de Peter Berg diffusée sur Netflix depuis le 9 janvier : À l’aube de l’Amérique a pour titre original American Primeval, que l’on pourrait traduire littéralement par « primitifs américains » ou de manière plus ambiguë « les tous premiers Américains ».

Fondée sur de solides bases historiques (la Guerre de l’Utah, le massacre de Mountain Meadows), À l’aube de l’Amérique est une série rugueuse et crépusculaire avec une photographie et une lumière blafarde qui font passer les westerns de la période classique en Technicolor ou les westerns spaghetti pour des contes pour enfants ; ou la mythique série Centennial (Colorado en VF) pour la version Disney+ de La Conquête de l’Ouest d’Henry Hathaway, John Ford et George Marshall.

Avec À l’aube de l’Amérique, il faut mieux regarder du côté de Clint Eastwood, de Sam Peckinpah ou plus récemment d’Andrew Dominik au cinéma et de Godless de Scott Franck ou Deadwood de David Milch à la télévision. La représentation du Far West y est à tout instant sale, salie, vile, violente, déshumanisée… et l’homme dépeint (à raison) comme un pur prédateur. Animaux, terres, ressources, hommes et femmes, indiens, indiennes, enfants, tout ce qui ne se soumet pas est brisé, consommé, capté, emprisonné, tué. Dans ces espaces sans loi, mais pas sans foi, l’armée se borne à observer, consciente de son inefficacité face aux pouvoirs de sujétion de L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (les Mormons) que Brigham Young dirige en autocrate.

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En 1857, les Mormons entendent établir le royaume de Sion au milieu de l’Utah après avoir été chassés de l’Ohio, du Missouri, de l’Illinois. Repoussant les colons, les empêchant de traverser leurs terres (ils se sont dotés, outre d’une religion, d’une constitution et d’un gouvernement), la milice de Brigham Young manipule les tribus Païutes et Utes, les pousse à attaquer les convois, provoque, assiste, se fait complice. Dans l’épisode d’ouverture, le massacre de Mountain Meadows est représenté comme une action conjointe des Amérindiens et des hommes de Young dans une scène intense, ultra violente et filmée presque caméra sur l’épaule, au plus près des personnages, renforçant l’horreur de l’attaque. On ne peut que louer le parti pris du réalisateur Peter Berg de montrer l’abominable : l’homme (blanc), pour des raisons religieuses, politiques, mercantiles, est capable de toutes les exactions et l’Amérique en prend un sacré coup sur le mythe. Pour l’anecdote (mais est-ce anecdotique ?), l’église mormone ne reconnaîtra sa responsabilité et ne présentera ses excuses qu’en 2007 à l’occasion du 150e anniversaire de la tuerie.

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Au-delà de l’Histoire (avec un grand H), À l’aube de l’Amérique a tout de même quelques faiblesses : même si la réalisation est soignée à l’extrême, on a un peu de difficulté à adhérer aux personnages principaux, trop manichéens, dans une série supposée évoluer dans une zone grise… Les ressorts dramatiques sont très, voire trop, classiques, les morts succèdent aux décès plus vite que leurs ombres et si aucune humanité ne semble avoir cours dans les hautes plaines de l’Utah, Sarah et son fils réchappent déjà plusieurs fois à un sort fatidique quand tout, autour d’eux, meurt inéluctablement.

Cette Amérique primitive exerce donc une fascination ambivalente, positive quant à sa maîtrise de l’image et son intention de déconstruire les légendes apprises et toutes faites. Mais on est tiraillé entre la perspective heureuse de voir racontée « une autre histoire de l’Amérique » et la mise en récit d’une intrigue excessive à force de twists et rebondissements trop rapprochés… (à suivre ?)

À l’aube de l’Amérique (American Primeval), série en 6 épisodes de Peter Berg, avec Taylor Kitsch, Betty, Dane DeHaan, Saura Lightfoot-Leon, Derek Hinkey, Joe Tippett, Jai Courtney, produit par Film 44 et Grand Electric, diffusée sur Netflix depuis le 9 janvier 2025.