Sur la toile, et tout particulièrement sur les réseaux sociaux, il arrive que des voix s’étranglent – d’indignation bien entendu, et à divers sujets. Ces voix, même si on a l’ouïe fine, on ne les entend pas, car elles ne sonnent finalement qu’assez peu, avec en plus quelque chose de creux dans le timbre.

Après ces quelques mois où il s’avérait plus que problématique de s’approvisionner – en livres, côté whisky, pas de problème, le privé pouvait continuer, en chambre, ses investigations –, le temps est venu de refaire quelques virées dans les librairies afin de satisfaire notre appétit de lectures fraîches (mais n’y trouvant pas forcément ce qu’on a projeté d’acquérir – nombre de nouveautés étant souvent absentes des tables).

« Hors du monde » et « hors saison » : tel est l’espace évidé depuis lequel Mathieu Larnaudie compose Blockhaus. Retiré dans une villa normande en front de mer pour écrire, le narrateur se laisse emporter par le génie du lieu, les échos lointains de la grande Histoire et les fracas du monde contemporain, comme autant de colères qui grondent.

Tout récit est procès, plus encore quand il s’attache à l’Histoire, à la place de la violence et du pouvoir dans l’Histoire : mais que peuvent plus précisément nous dire les procès, en tant que scènes judiciaires, d’un passé récent, le XXe siècle ?

Le roman de Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède, a comme figure centrale l’actrice américaine Frances Farmer. Ce livre concerne aussi les images et le pouvoir : images du cinéma hollywoodien, images médiatiques, nouvelles icônes de l’ère industrielle, clichés – autant d’images par lesquelles un pouvoir s’exerce et affecte les corps autant que les esprits, produit du désir autant que de la servitude. Frances Farmer se situe au carrefour de toutes ces composantes du désir, du pouvoir, des images, en même temps qu’elle les traverse et incarne un ailleurs, une fuite, une forme de résistance.