Trois Inculte(s) en rencontre, ce soir

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Ce soir, ce ne sont pas moins de trois écrivains que la librairie Folies d’Encre de Montreuil, rassemble à 18 h 30 : Alexandre Civico, Mathias Enard et Mathieu Larnaudie. Gageons qu’il faudra pousser les murs pour faire entrer tout le monde. Si la rencontre a été organisée en amont du Prix Goncourt qui vient de couronner Boussole, l’évoquer permet de souligner combien ce prix reconnaît, aussi, l’importance d’une génération Inculte, d’un collectif, d’un laboratoire qui interroge et élabore des formes, pousse les frontières : Inculte, longtemps revue, maison d’édition, véritable Phénix des lettres, lieu, au sens plein et noble du terme, littéraire aussi.

Diacritik a évoqué ici Notre désir est sans remède de Mathieu Larnaudie — cf. aussi son Grand Entretien avec Jean-Philippe Cazier — et Boussole de Mathias Enard, deux livres publiés chez Actes Sud.

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La Terre sous les ongles
, premier roman d’Alexandre Civico, publié chez Rivages (en janvier 2015, bien avant la naissance de notre magazine), c’est un rythme, une urgence, une bande d’asphalte qui défile. Quitter Paris et avaler des kilomètres pour (se) fuir, mettre une distance (illusoire) entre soi et soi, tenter de se dire « tu », comme à un autre. Que fuit ce personnage ? Que tente-t-il de laisser derrière lui et que transporte-t-il dans le coffre de sa puissante berline allemande ? Qu’est-ce que ce « paquet qui, dans le coffre, cogne au moindre virage dans un bruit anthracite » ?

En route vers l’Espagne, dans le huis clos de sa voiture, chambre d’échos, le narrateur se souvient, il réfléchit, tente de cerner ce qui le hante. La Terre sous les ongles est un roman en transit, il traverse des lieux, des moments, un passé à jamais présent, c’est un roman social et politique, une réflexion sur la filiation, les langues, la culpabilité peut-être.

La Terre sous les ongles, c’est une prose magnifique, âpre, dense, heurtée, qui dit l’Espagne des racines, des parents, et la France de l’exil, d’une conquête sociale, celle d’un narrateur longtemps enfermé dans sa rage, sa colère et sa violence qui trouve enfin des mots, accède à sa langue ; celle d’une urgence et nécessité qui tend le récit, le conduit vers, enfin, l’emploi du « je » dans les dernières pages, comme une identité enfin retrouvée, quand la langue, celle du roman, peut enfin libérer. La naissance d’une voix.

Trois formidables romans ce soir, donc, à Montreuil, des « folies d’encre ». Une rencontre, au sens plein du terme, avec trois auteurs, trois univers, trois incultes.

Alexandre Civico, La Terre sous les ongles, éd. Rivages, 96 p., 15 € — Lire un extrait

Mathias Enard, Boussole, Actes Sud, 384 p., 21 € 80 — Lire un extrait

Mathieu Larnaudie, Notre désir est sans remède, Actes Sud, 2015, 230 pages, 19,30 € — extrait ici

Capture d’écran 2015-11-06 à 09.29.52Librairie Folies d’encre, 9 avenue de la Résistance, 93100 Montreuil.
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