Dans son Histoire des chambres (2009), Michelle Perrot expliquait que ce lieu est « le théâtre de l’existence, ou du moins de ses coulisses » : « La chambre cristallise les rapports de l’espace et du temps ». Sans doute est-ce aussi la fonction comme la poétique de Nohant pour George Sand, cette « maison d’artiste » qui lui sera, tout au long de sa vie, un espace intime et familial comme amical et social, un lieu où écrire et aimer mais aussi recevoir.

« Lorsqu’un livre se déploie, par les articles qui le composent, sur une quinzaine d’années, c’est d’abord l’intimité intellectuelle qui s’y dévoile » : Maurice Olender écrit cette phrase dans « Mémoires du judaïsme » à propos de Pierre Vidal-Naquet, dans Race sans histoire, et elle pourrait définir la manière d’Un fantôme dans une bibliothèque qui vient de paraître : ce livre, déployant textes, articles et récits, jouant de strates temporelles à la manière des Essais de Montaigne, est avant tout le dévoilement d’une intimité intellectuelle, une forme d’« exposition », comme le dit Maurice Olender dans le long et bel entretien qu’il a accordé à Diacritik.

Lydia Flem se souvient. Assumant la référence à Georges Perec et à Joe Brainard (« je me souviens que Joe Brainard écrit dans I remember : « je me souviens que je m’habille complètement avant de mettre mes chaussettes » », elle passe en revue 479 fragments de mémoire, tous centrés sur les vêtements et la mode — 479 et non 480 comme chez Perec, auquel le livre est dédié. Le dix-septième Je me souviens rappelle Sami Frey « en costume sur son vélo, jouant à l’Opéra–comique les quatre cent quatre-vingt « je me souviens » de Georges Perec » et le trois-centième est un « je me souviens que Georges Perec se souvenait de la mode des duffle-coats ».