L’une des caractéristiques du fabuleux roman de Lydia Flem, Paris Fantasme, est de faire des recettes de cuisine l’un des moteurs romanesques de son arpentage de la rue Férou. Son enquête brasse les siècles et les imaginaires et la cuisine y apparaît pleinement comme une archive, dès la trace du mot « pot-au-feu » au bas d’un mur de la rue. Une recette de cuisine est un condensé d’histoire des sensibilités, elle dit les variations dans nos rapports à la nourriture, aux dîners privés, amicaux ou aux réceptions, c’est aussi la transmission entre les générations et un genre littéraire, de la Renaissance à aujourd’hui, en passant par Dumas et Giono.

Paris Fantasme est plus qu’un roman : cartographie intime de la rue Férou, tentative d’épuisement d’une rue parisienne, « autobiographie au pluriel », archives et déploiement d’un imaginaire des lieux et des êtres, le nouveau livre de Lydia Flem échappe à ce genre comme aux autres. À son origine, une question : comment « habiter tout à la fois son corps, sa maison et le monde ? », quel lieu à soi trouver quand on est hantée par le sentiment d’un exil ? Cet espèce d’espaces sera ce livre, qui tient de Balzac, de Woolf comme de Perec, tout en demeurant profondément singulier.

« Y a-t-il jamais eu des explorateurs de l’angoisse qui soient descendus en chute libre au fond de la panique puis en soient revenus pour en témoigner ? ». Une exploratrice certainement, Lydia Flem, qui dans un texte offert à la lecture dans le cadre de l’opération « Le Seuil du jour », déploie l’un de ces moments que l’on nomme trop légèrement sans doute une « crise de panique » pour montrer combien cet état limite est une « expérience de l’intime extrême ».

Comment j’ai vidé la maison de mes parents est de ces récits, rares, que l’on ne peut se contenter de lire : on le relit et reprend, on s’y reconnaît, on le conseille, on le partage. Il semble ne pouvoir connaître de fin en nous à l’image de son absence de point final, comme de ses suites textuelles désormais réunies en une Trilogie familiale ou de la série photographique « Pitchipoï & Cousu main ». La parution de la Trilogie aux éditions Points était le prétexte idéal à un grand entretien vidéo avec Lydia Flem pour évoquer avec elle les liens de la littérature, de la photographie et de la psychanalyse.

À l’occasion des 30 ans de La Librairie du XXIe siècle créée et dirigée aux éditions du Seuil par Maurice Olender, la Bpi organisait, le 9 décembre, une rencontre avec quelques-un.e.s des auteur.e.s qui se croisent dans cette collection éclectique, riche de plus de 250 titres traduits en une quarantaine de langues.
Edit : en raison du mouvement de grève, la rencontre est reportée à une date ultérieure, qui vous sera communiquée dès que nous en aurons connaissance.

C’est la révélation de la rentrée : avec Avant que j’oublie, Anne Pauly signe un splendide et rare premier roman. Paru ces jours-ci chez Verdier, dans la collection « Chaoïd », ce vibrant récit creuse la mémoire d’un père par sa fille plongée dans un deuil où, entre douleur et cocasserie, il s’agira pour elle de bâtir un mausolée incandescent. Roman de transfuge de classe diront certains : rien n’est moins sûr. A l’occasion de sa publication, Diacritik est allé à la rencontre de la romancière pour parler avec elle de ce texte parmi les plus importants de cette année, tout juste couronné par le Prix « Envoyé par la Poste ».

« Lorsqu’un livre se déploie, par les articles qui le composent, sur une quinzaine d’années, c’est d’abord l’intimité intellectuelle qui s’y dévoile » : Maurice Olender écrit cette phrase dans « Mémoires du judaïsme » à propos de Pierre Vidal-Naquet, dans Race sans histoire, et elle pourrait définir la manière d’Un fantôme dans la bibliothèque qui vient de paraître : ce livre, déployant textes, articles et récits, jouant de strates temporelles à la manière des Essais de Montaigne, est avant tout le dévoilement d’une intimité intellectuelle, une forme d’« exposition », comme le dit Maurice Olender dans le long et bel entretien qu’il a accordé à Diacritik.

Un fantôme dans la bibliothèque qui vient de paraître est avant tout le dévoilement d’une intimité intellectuelle, une forme d’« exposition », comme le dit Maurice Olender dans le long et bel entretien vidéo qu’il a accordé à Diacritik. dont on trouvera ici la transcription.

Lydia Flem se souvient. Assumant la référence à Georges Perec et à Joe Brainard — « je me souviens que Joe Brainard écrit dans I remember : « je me souviens que je m’habille complètement avant de mettre mes chaussettes » » —, elle passe en revue 479 fragments de mémoire, tous centrés sur les vêtements et la mode. 479 et non 480 comme chez Perec, auquel le livre est dédié.