Ça commence avec Voguer. Le livre passe par les mains de la libraire qui porte un masque sur la bouche et le nez. On est en 2020. Elle retourne le livre. Elle lit la quatrième de couverture : « La nuit des garçons dansent pour conjurer le sort et faire vivre un désir plus grand. » Elle dit : ah oui, on en aurait bien besoin en ce moment. C’était un livre de Marie de Quatrebarbes.

Le livre de Catherine Weinzaepflen, D’ailleurs, se construit autour d’une idée du monde et de ce qui est impliqué par le fait d’y vivre : l’omniprésence, la permanence de l’ailleurs. Le monde n’est jamais entièrement ici, il implique toujours un ailleurs. Aller vers cet ailleurs, s’y trouver, revient à déplacer l’ailleurs qui persiste au-delà de l’ici.

Nous écrivons des livres, de la critique. Nous écrivons des livres de poésie, des romans, des essais, du théâtre. Nous composons de la BD. Nous publions des livres, des revues. Nous en vendons, nous en faisons la promotion, nous en étudions.

Donc, par définition, nous vivons dans un monde pluriel, nous voulons vivre dans un monde pluriel, nous le désirons : pluralité des pensées, des êtres, des groupes, des sociétés, des cultures, des récits, des subjectivités, des vies. Nous désirons ce qui rend possible et affirme cette pluralité concrète. Nous critiquons, nous contestons, nous nous opposons à ce qui la nie – ce qui en nie la réalité, la légitimité, la possibilité.

Ça commence par une rencontre aux Mots à la bouche. En réalité, ça commence plus tôt, dans une librairie à Marseille où le livre se démarque sur une des tables (ce titre) : Johnny, est-ce que tu m’aimerais si j’avais une plus grosse bite ? Je ne connais pas encore l’auteur, Brontez Purnell — je ne sais pas que je vais le rencontrer deux semaines plus tard à terrasse d’un café parisien, pour un entretien et quelques photos —, mais je connais la maison d’édition, Rotolux, pour avoir édité Anthologie Douteuses et Firestar. Je fais confiance. Je prends le livre. C’est ma mère qui paie. Alors je le lis.