« Une construction où n’éclate aucun événement spatial n’est pas de l’architecture » avance Benoît Goetz pour venir dire combien, dans La Dislocation, son remarquable essai sur l’intimité traversée par l’architecture et la philosophie, l’architecture ne commence précisément qu’à partir du moment où le bâtiment déployé œuvre au déploiement même de l’espace, à sa visibilité, fracture la ville et le discours sur la ville : fait trou de visible dans le tissu urbain et fait scène dans ce qui demeurait jusqu’ici indifférent à l’œil.

En 1977, neuf ans après Mai 68, au cours d’un entretien avec Michelle Porte, Marguerite Duras déclare : « C’est l’utopie qui fait avancer les idées de gauche, même si elle échoue. 68 a échoué, ça fait un pas en avant fantastique pour l’idée de gauche […] Il n’y a qu’à tenter des choses, mêmes si elles sont faites pour échouer. Même échouées, ce sont les seules qui font avancer l’esprit révolutionnaire. Comme la poésie fait avancer l’amour. »

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Comme souvent, un incipit surgit au sortir d’un rêve. Ce matin “une fois morts, les humains ressentent furieusement l’urgence de se pencher sur ce qu’ils ont légué, quitte à prendre aussitôt distance avec ce qui les avait fait tenir debout si longtemps” s’est étrangement gravé dans ma mémoire (je le note ici pour ne pas l’oublier). Mais comme il m’est impossible de commenter une telle proposition, je referme les yeux, songeant aux événements de la veille. J’imagine alors le fantôme de Jean Fournier (1922-2006) visitant, avec l’exquise réserve (cependant ô combien enflammée – intérieurement) qui le caractérisait, l’exposition de Bernard Moninot, qui se tient du 15 mars au 4 mai 2018 dans sa galerie au 22 rue du Bac à Paris.

Suite au projet qui a crée la polémique dans la communauté médicale, le Docteur Sergio Canavero a déclaré le 17 novembre 2017, lors d’une conférence de presse à Vienne, qu’il avait réalisé la première greffe de tête humaine sur deux cadavres et qu’il projette prochainement de renouveler l’expérience sur des patients vivants.
La réalité dépasserait-elle la fiction et serait-il bientôt possible de transférer la tête d’un malade sur le corps d’un donneur ?

En prélude au 27e Salon de la Revue qui se tiendra le 11 et 12 novembre, Diacritik, partenaire de l’événement, est allé à la rencontre de jeunes revues qui y seront présentes et qui, aussi vives que puissantes, renouvellent en profondeur le paysage littéraire. Aujourd’hui, entretien avec Anna Guillo pour sa stimulante revue précisément d’entretiens : Tête-à-tête.

Marielle Macé (DR)

Que peut la littérature ? Où commence-t-elle, depuis son dire, à porter les hommes vers eux-mêmes, à venir être leur parole et à décider de leur agir, même tremblant, même fragile ? Peut-elle être l’éveil, même feutré, des hommes à leur propre humanité, toujours dérobée, toujours comme hors d’elle ? Telles seraient, exorbitantes mais pourtant tenues, les grandes questions qui traversent le bref mais décisif texte de Marielle Macé, Sidérer, considérer paraissant chez Verdier en cette rentrée, énergique réflexion qui s’occupe de mettre en lumière le terrible sort des migrants dans la France de 2017.

Marguerite Duras (DR)

Sur France 2 était diffusé ce printemps – et cela ne manquera pas de l’être ces jours-ci au programme des rediffusions au rythme du désœuvrement de l’été – un mini et ridicule reportage signé Loïc Prigent (« La Brigade du Stup’ » dans Stupéfiant !, mars 2017) sur Marguerite Duras qui utilisait tous les poncifs réactionnaires sur cet auteur majeur du XXe siècle. On se demande comment ce genre de chose peut encore exister et faire rire, c’est sans doute parce que Duras est une femme. Ce genre de chose qui passe à la télé pour distraire, est une information de l’à peu près dont s’inquiétait déjà Duras. Parmi les bêtises divulguées, il y en a une que tout spectateur peut vérifier : oui, il existe bien une Pléiade Duras depuis 2014, cher Loïc Prigent, c’est un excellent travail mené par de grands durassiens comme Bernard Alazet, Sylvie Loignon, Florence de Chalonge, Marie-Hélène Boblet. Il ne s’agit pourtant pas de cinq tomes mais de quatre. Vous avez mal compté, le cinquième est le célèbre « album » qu’accompagne toute Pléiade, un magnifique album dont s’est occupée l’indépassable Christiane Blot-Labarrère. On se disait avec Johan Faerber qui m’a signalé depuis son lieu de vacances, par texto, cet énième abrutissement anti-Duras qu’on n’avait pas vu passer, que le ridicule ne tue pas précisément parce qu’il fait partie intégrante du culte de la banalité dont est friande la télé.