Il est des premiers romans qui emportent tout sur leur passage. Citons, pour notre immédiat contemporain, Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck, L’Eté des charognes de Simon Johannin ou Nos Mères d’Antoine Wauters. A cette liste on pourra désormais ajouter Ça raconte Sarah de Pauline Delabroy-Allard, premier roman incandescent qui paraît aujourd’hui aux éditions de Minuit.

L’écriture d’Hervé Guibert est en partie liée au passé : le reconstituer, retrouver sa trame, la « trace merveilleuse » d’un secret, le rendre présent. Parmi les événements réels mis en récit dans sa vaste entreprise de fictionnalisation du moi, l’enfance à La Rochelle, la passion du théâtre à « la Croco », Philippe.

« Il faut tenir, et courir, s’élancer d’une enceinte à l’autre. Papillonner, flirter, continuer la discipline de légèreté. Tenter d’obtenir ce sentiment impur, inachevé et possible du chagrin heureux » confie sans transiger Christophe Honoré, dans l’une des plus belles scènes de Ton Père où, à la manière d’un cristal d’énamoration et de douleur apaisante, le cinéaste raconte, au début des années 1990, sa première vision à Beaubourg d’un spectacle de Dominique Bagouet. Sans doute ces quelques mots qui portent le doux souvenir du jeune Rennais d’alors qui venait comme une ombre tremblante à la capitale voir le spectacle d’un homme bientôt mort du sida pourraient-ils se tenir comme l’exergue confiant et la devise poétique même du splendide Plaire, aimer et courir vite, le plus beau film d’Honoré sorti hier sur les écrans.

Christophe Honoré (DR)

Après presque douze ans d’absence de la scène littéraire, Christophe Honoré revient en cette rentrée de septembre avec sans doute l’un de ses plus beaux livres : l’inquiet et mélancolique Ton père qui paraît dans « Traits et portraits », la collection de Colette Fellous au Mercure de France. S’ouvrant sur la découverte par sa fille un matin d’un mot malveillant l’accusant d’être un mauvais père, Ton père dévoile un récit des filiations démultipliées où, à la narration policière qui entend bientôt trouver le calomniateur répond la splendide autobiographie en pièces détachées d’une jeunesse bretonne.
Diacritik a rencontré Christophe Honoré le temps d’un grand entretien afin d’évoquer avec lui ce livre qui s’affirme comme l’un des plus remarquables de l’année.

Elisabeth Lebovici © Jean-Philippe Cazier

Ce que le sida m’a fait, d’Elisabeth Lebovici, est très riche d’informations, convoquant un grand nombre de noms, d’événements, d’œuvres qui, d’être ainsi réunis, forment la trame d’une mémoire de l’art, d’une mémoire politique, d’une mémoire personnelle. La volonté de faire exister ces diverses mémoires entremêlées dans un discours n’est pas sans évoquer le AIDS Memorial Quilt, une volonté de faire exister au présent et de transmettre la mémoire de ceux et celles qui, nombreux, ont été tués par le sida : la mémoire comme forme non de la nostalgie mais de la survivance. Ce que le sida m’a fait est aussi le lieu d’une mémoire de la vitalité des inventions et productions artistiques, politiques, subjectives qui ont accompagné l’horreur du sida. Enfin, le livre construit de nombreuses analyses et de nombreux outils théoriques portant autant sur l’art que sur le politique en privilégiant un point de vue « minoritaire », celui d’une approche à partir d’objets, de manifestations, de thématiques, de discours qui échappent à nombre de points de vue établis et totalisants. Rencontre et entretien avec Elisabeth Lebovici.

Eugène Savitzkaya

Ce vendredi 23 juin se poursuit le cycle des « Soirées Diacritik » initié à la librairie Atout Livre qui est le partenaire de nos rencontres littéraires et critiques où, régulièrement, un auteur vient échanger avec la revue et le public autour de son œuvre. Ce nouveau rendez-vous, animé par Johan Faerber (Diacritik) et David Rey (Atout Livre) prend place vendredi à 19h30 pour recevoir l’un de nos contemporains capitaux : Eugène Savitzkaya.

Hervé Lassïnce, Paul chez lui, Paris

Quand je suis arrivé à Paris pour y vivre, il y a une vingtaine d’années, et je précise que je n’y avais jamais posé les pieds, pas même en voyage scolaire, j’avais trois envies en tête comme autant de désirs aussi tenaces que confus : aller au 5 rue Saint Benoît dans le 6ème, aller chez Agathe Gaillard 3 rue du Pont-Louis Philippe dans le 4ème et aller danser et me perdre dans la foule du Queen, 102 avenue des Champs Élysées dans le 8ème. Aller c’est aussi se rendre, se rendre à, c’est aussi rendre grâce. J’aimerais dire que j’ai fait tout ça, ces trois stations dans et devant ces trois temples dans la même journée, le fait est que je ne m’en souviens plus. Peut-être. Peut-être pas.

Parues, chez Gallimard en 2013, des Lettres à Eugène (Savitzkaya) d’Hervé Guibert, seul volume de correspondance dont l’écrivain a autorisé la publication dans la dernière ligne de son testament littéraire, le 3 novembre 1991. Ainsi s’achève « la publication des œuvres inédites posthumes d’Hervé Guibert, telle qu’il en avait fixé le plan, avant sa disparition », comme le précise une note liminaire.