En exergue de Cyberpunk. Le nouveau système totalitaire, le dernier essai d’Asma Mhalla, une phrase d’Albert Camus, qui date de 1958 : « (…) on n’écrit pas pour dire que tout est fichu. Dans ces cas-là on se tait. Je m’y prépare ». Toute la tension du livre d’Asma Mhalla, est dans cette phrase : dire un nouveau système totalitaire, décrire par quels processus il combat la démocratie, montrer qu’il s’agit d’un « Léviathan à deux têtes. L’une orchestre le show pendant que l’autre code le système » — soit, pour le dire très vite Trump et Musk. Ne rien masquer de la catastrophe en cours mais ne pas s’y résoudre, garder espoir, écrire pour cette raison. Mais savoir que la perspective d’échapper à ce nouveau régime technocratique est faible, donc… se préparer à se taire (ou être bâillonnés).
Elon Musk
Vendredi 31 janvier 2025. Selon la tradition (qui m’indiffère au demeurant), on a encore toute la journée pour souhaiter une bonne année à celles et ceux qu’on croise, qui nous sont chers, qu’on aime d’amour ou d’amitié non feinte, que l’on salue par obligation, qui étaient loin quand minuit a sonné il y a un mois et à qui on n’a pas envoyé de sms expéditif à l’heure fatidique… D’ailleurs, pourquoi se contenter à adresser des vœux à un cercle parfois restreint ? Quelle sorte d’être humain est-on si on élude d’emblée des personnes qui ne demanderaient pourtant qu’un petit geste, une attention généreuse pour égayer une fois l’an leur existence méprisable ? Par altruisme (ou par désœuvrement), on se doit de ne pas exclure ceux qu’on apprécie guère ou que l’on déteste simplement.
À l’approche du 20 janvier 2025 – date épouvantail s’il en est –, un mouvement semble s’être initié avec çà et là des voix qui s’élèvent pour suggérer qu’il est temps de quitter X et Facebook… au profit d’autres plateformes qui seraient plus accueillantes, voire vivables. Sur le modèle même de la pensée d’Elon Musk qui cherche à coloniser la planète Mars avant que la Terre ne soit plus habitable, de plus en plus d’utilisateurs des réseaux dits sociaux songeraient sérieusement à décamper. Tout en se demandant : « Est-ce pour autant une bonne idée ? »
En ces temps de réécriture(s) permanente(s) de l’histoire, à l’ère des fake-news, de la post-vérité et des exubérances érigées en nouvelle doxa bolloréenne, il convient de remettre sinon l’église 2.0 au milieu du village numérique du moins un peu de fantaisie dans le morose. Fort de son savoir d’autodidacte diplômé, Boris-Hubert Loyer vous propose un petit précis d’histoire-géo pour les pas trop nuls qui sauront séparer le vrai grain du faux livresque. Troisième volet : Nikola Tesla.
Attention, je vais tout mélanger. Non pas plaisir ou caprice mais parce que tout est lié, tout est lié car ça s’appelle un monde, le nôtre.
Cela n’aura pas échappé aux lecteurs de Diacritik : le patron de Tesla, SpaceX et Neuralink a récemment émis l’hypothèse que le langage humain pourrait bien devenir obsolète dans les cinq années à venir. Dans le même temps, des robots envahissent le quotidien et tendent à militariser l’espace public. Nous avons souhaité recueillir dans un grand entretien la pensée de Valentin Retz, écrivain et co-animateur de la revue Ligne de risque, pour sereinement discuter de ces symptômes modernes et de tenter de les dissoudre grâce à la littérature.
Le spatial fascine. Les fusées font rêver. Les navettes émerveillent. Mais ce rêve contribue aujourd’hui à alimenter un peu du cauchemar à venir.
Comment écrire aujourd’hui, « à quoi ça pourrait ressembler, un roman du XXIe siècle ? En quoi ça serait différent d’un roman du XIXe, par exemple ? », se demandait Pierre Ducrozet dans la note d’intention qui accompagnait L’Invention des corps, son dernier roman : ce serait un récit rhizomique sans doute, « sans centre, fait de plis et de passages, de liens, d’hypertextes, qui dédoublerait le mouvement du monde contemporain ». « Internet comme sujet et comme forme » sera donc le centre irradiant des deux grands entretiens que nous a accordé Pierre Ducrozet.
En exergue du Thema qu’Arte consacre à la lune, en cette année du cinquantième anniversaire du premier pas de l’homme sur sa surface, aurait pu être mis le proverbe cree qu’aime à citer Melina Laboucan-Massimo : « Ce n’est que lorsque l’on aura abattu le dernier arbre, empoisonné la dernière rivière, et pêché le dernier poisson, qu’on se rendra compte que l’argent ne se mange pas ». En effet la lune n’est plus le « point sur un i » des poètes, elle n’est plus le défi d’une conquête technologique mais bien désormais le territoire d’une nouvelle forme d’exploitation, quand la terre ne suffit plus à l’apprenti sorcier qu’est l’homme.