Men on the moon : la lune, huitième continent (Arte, Thema)

Die Reise zum Mond (Arte)

En exergue du Thema qu’Arte consacre à la lune, en cette année du cinquantième anniversaire du premier pas de l’homme sur sa surface, aurait pu être mis le proverbe cree qu’aime à citer Melina Laboucan-Massimo : « Ce n’est que lorsque l’on aura abattu le dernier arbre, empoisonné la dernière rivière, et pêché le dernier poisson, qu’on se rendra compte que l’argent ne se mange pas ». En effet la lune n’est plus le « point sur un i » des poètes, elle n’est plus le défi d’une conquête technologique mais bien désormais le territoire d’une nouvelle forme d’exploitation, quand la terre ne suffit plus à l’apprenti sorcier qu’est l’homme.

Arte n’aurait pu rêver de meilleure introduction à sa soirée que l’annonce, la semaine dernière, de l’alunissage du rover chinois, Chang’e-4, qui a commencé à envoyer sur terre des images de la face cachée de l’astre : une première mondiale qui illustre le propos du documentaire de Véronique Préault, « Lune, le 8° continent ». Aucun homme n’a plus foulé le sol sélène depuis 1972. Pourtant la lune est devenue l’espace d’une nouvelle ère de conquête : d’abord parce que ce ne sont plus les USA et la Russie qui se livrent une bataille sans merci mais de nouveaux acteurs de l’espace. De nouvelles nations affirment ainsi leur superpuissance, au premier rang desquelles la Chine (suivis de l’Inde, du Brésil ou du Japon). Surtout parce que ce ne sont plus seulement les États qui partent à la conquête de la lune, mais des milliardaires, Elon Musk et son Space X, Richard Bronson et Virgin Galactic, Jeff Bezos et Blue Origin.

La lune est investie, au sens économique du terme, elle est un nouveau territoire économique, en témoignent les projets de start-up comme Astrobotic (en partenariat avec DHL. Enfin, la lune est devenue l’étape des missions vers Mars, nouvelle obsession des hommes dans leur colonisation spatiale, actualisation contemporaine pour les USA de son mythe fondateur de la frontière. « Dreaming big », a déclaré Donald Trump en relançant le programme américain en 2017.

C’est là l’objet du documentaire : rappeler les étapes d’une conquête dont le point d’orgue fut juillet 69, la réalisation d’un rêve millénaire, une acmé technologique (et médiatique) mais aussi interroger les enjeux stratégiques et économiques à venir. Une nouvelle course commence dont les Chinois se veulent les leaders, la lune est devenue un business ; plus que jamais elle est donc le « miroir grossissant d’un monde qui change ». Désormais les hommes rêvent d’habiter la lune, c’est le Moon village imaginé par l’agence spatiale européenne — tenter d’habiter la lune, d’y cultiver des plantes —, c’est le projet de tourisme lunaire de Jeff Bezos. Soit, comme le déclare Eric Stallmer, qui dirige une fédération des nouveaux acteurs de la conquête spatiale (Commercial Spaceflight Federation), une « nouvelle façon de faire des affaires », sur un nouveau continent, un nouveau business plan.

Ainsi se dessine une nouvelle cartographie et surtout un nouveau champ d’affrontement, qui n’oppose plus des États mais la sphère publique et la sphère privée. Les nouveaux programmes ne sont pas seulement mus par cette pulsion prométhéenne de l’homme mais par sa soif de richesses, l’exploration de nouveaux gisements et minerais, l’espace d’une guerre pour les métaux rares. « La lune n’a jamais été si politique ».

Lune, le 8° continent, documentaire de Véronique Préault (France, 2018), 52 mn.
Découvrir ici le très riche programme de ce Thema Winter of Moon, avec films, documentaires, émissions spéciales.