Petit précis d’histoire-géographie approximative (3) : Nikola Tesla

En ces temps de réécriture(s) permanente(s) de l’histoire, à l’ère des fake-news, de la post-vérité et des exubérances érigées en nouvelle doxa bolloréenne, il convient de remettre sinon l’église 2.0 au milieu du village numérique du moins un peu de fantaisie dans le morose. Fort de son savoir d’autodidacte diplômé, Boris-Hubert Loyer vous propose un petit précis d’histoire-géo pour les pas trop nuls qui sauront séparer le vrai grain du faux livresque. Troisième volet : Nikola Tesla.

Parce que le Petit Précis d’Histoire-géographie approximative (le PPHA pour les intimes) n’est pas à une vérité près, Boris-Hubert Loyer vous propose de vous pencher sur la personne bien réelle de Nikoka Tesla, inventeur mondialement connu bien avant que des petits malins ne s’emparent de son patronyme pour baptiser leur société de construction de voitures électriques à 50 000€ (piles non incluses).

Pour ceux qui auraient séché les cours de physique et troqué une participation active aux TP de chimie contre une pratique intensive de TikTok dans la cour du collège en sweat à capuche sur une musique décérébrée entêtante, sachez que Nikola Tesla n’a pas inventé le SUV clinquant à destination d’une clientèle dont les aspirations écologiques sont inversement proportionnelles à leur volonté de ne pas rouler à bord d’une Fiat Panda pour se rendre de leur villa à Malibu à l’héliport d’Hollywood.

Non.

Ingénieur américain d’origine serbe, Nikola Tesla (en serbe cyrillique : Никола Тесла, on ne sait jamais si les Russes nous lisent, ça peut toujours servir de montrer qu’on est open), est reconnu aujourd’hui pour son rôle prépondérant dans le développement et l’adoption du courant alternatif pour le transport et la distribution de l’électricité là où Donald Trump et Elon Musk (voir infra) sont réputés pour leur rôle important dans la diffusion des vérités alternatives et la diffusion de la haine en collectivité.

Tout gamin déjà, le petit Nikola manifeste un grand intérêt pour les sciences et plus particulièrement l’électricité, mettant régulièrement ses doigts dans les prises pour voir si ça lui fait le même effet qu’à son cochon domestique quand il le branche sur du 220, inventant au passage la cruauté animale et le supplément bacon dans le menu maxi best of de Burger King.

Pourtant son contemporain, Nikola Tesla ne croisera pas Joseph-Edgar Davout pendant son service militaire ni sur un champ de bataille, ayant échappé à la conscription en se réfugiant courageusement dans les montagnes croates. Là, plutôt que de s’adonner à de vains exercices de marche au pas, il passe son temps à observer la faune et la flore comme une Blanche-Neige des Balkans qui parle aux lapins, aux biches et aux mouffettes. Pendant cette période bucolique, Nikola découvre que l’on peut avantageusement se cultiver sans débourser un kopeck, en mangeant à sa faim et sans craindre de devoir refaire Parcours Sup d’une année sur l’autre parce que le logiciel vous a inscrit d’office en Master de Polonais option plomberie.

Puis, s’essayant à tout ce qui s’apparente à de la physique amusante – frotter de la peau de putois avec un bâton d’ébonite pour démontrer l’absence totale de corrélation entre l’électricité statique et l’odeur de l’animal, faire passer du courant continu entre une anode et une cathode et inventer la télécommande sans fil juste en observant l’accouplement des castors –, Tesla apparaît comme un pur esprit, doté d’une mémoire photographique extraordinaire alors que le Polaroïd n’a pas encore été commercialisé (c’est vous dire son degré d’inventivité) : il conçoit des trucs et des machins sans réaliser un seul croquis ou la moindre ébauche de plan à l’échelle de ce qu’il a dans la tête. Naissent ainsi, grâce à son imagination délirante, le tube fluorescent et l’ampoule à incandescence que la majorité des utilisateurs trouvent magnifiques avant qu’on les oblige à les remplacer par des LED.

Dans la culture populaire, Tesla a été une immense source d’inspiration pour de nombreux auteurs (films, séries, comics, publicités), de dialogues (« Avec un T comme Tuche, comme dans Tesla ou t’es pas là ? »)… faisant de lui le personnage principal ou secondaire de nombreuses fictions dans lesquelles on a besoin d’un scientifique un peu zinzin et parce que le grand public, désormais plus enclin à scruter les réseaux sociaux qu’à se cultiver, confond Edison avec un joueur de foot uruguayen.

Enfin, signe que depuis la disparition de Tesla dans le dénuement le plus total le monde moderne n’en finit pas de repousser les limites d’une connerie déjà abyssale, sachez qu’Elon Musk regrette vivement que la justice lui ait demandé de mettre en veille une fonction de sa Boombox, application qui permettait entre autres choses aux propriétaires d’une Tesla de faire klaxonner leur voiture à distance, émettre des cris de chèvre et même de la faire péter. Oui, vous avez bien lu : grâce à la science, grâce à une télécommande, sur la base d’années et d’années de cogitations et d’argent, au moyen d’un smartphone via des réseaux téléphoniques, sur des fréquences radio que des générations de chercheuses et de chercheurs ont mis des lustres à mettre au point, domaines pointus sur lesquels Nikola Tesla s’est échiné sa vie durant, les propriétaire des voitures portant son nom peuvent demander à leur joujou dispendieux de lâcher une caisse.