Lire est une activité dévorante pouvant s’accomplir à peu près partout, de manière volontiers désordonnée ; c’est affaire de trous dans l’emploi du temps, et non d’organisation rationnelle des activités du jour. Écrire un journal de lecture, cherchant à retenir de petites pensées éphémères, en écho à des éclats de textes explorés avec plus ou moins d’acuité, l’est davantage encore – le moment heureux de cette activité étant celui du montage. Mais avant d’y parvenir, il faut griffonner, raturer, détruire, reprendre, se frotter à certaines limites, alors qu’en finir n’est pas au programme : on ne rend sa copie qu’en raison de ce qui a été paraphé sur le dérisoire contrat qu’on a conclu avec soi-même. Il s’agit toujours d’un exercice de la liberté dont il faut saisir les opportunités, quitte à en sortir un peu sonné – entre fatigue et perplexité.

1.

Comme souvent, un incipit surgit au sortir d’un rêve. Ce matin “une fois morts, les humains ressentent furieusement l’urgence de se pencher sur ce qu’ils ont légué, quitte à prendre aussitôt distance avec ce qui les avait fait tenir debout si longtemps” s’est étrangement gravé dans ma mémoire (je le note ici pour ne pas l’oublier). Mais comme il m’est impossible de commenter une telle proposition, je referme les yeux, songeant aux événements de la veille. J’imagine alors le fantôme de Jean Fournier (1922-2006) visitant, avec l’exquise réserve (cependant ô combien enflammée – intérieurement) qui le caractérisait, l’exposition de Bernard Moninot, qui se tient du 15 mars au 4 mai 2018 dans sa galerie au 22 rue du Bac à Paris.

Il y a beaucoup de pierres dans le jardin d’Anne Cauquelin, c’est elle qui le dit, avant d’ajouter : « et c’est bien sous les pierres que l’on débusque les lièvres, car, disons-le, ce n’est pas le lièvre qu’on soulève mais la pierre qui jusque-là le cachait ». De sorte que « lever un lièvre » reste une façon commode mais assez impropre de dire qu’on vient d’apercevoir un truc qui mérite — ou réclame — d’être pisté. Une façon de dire surtout, fût-ce de travers, la joie d’avoir soudain un objet à penser.

« Ce jeudi 5 mai, à 8 heures, le dessinateur Siné est décédé à l’hôpital Bichat, à Paris, des suites d’une opération ».
Dans son dernier billet d’humeur paru sur Siné Mensuel paru hier, le 4 mai 2016, Siné confessait étonnamment, « Je n’en mène pas trop large, je vous l’avoue et je serre les fesses comme un pressoir à olives pour évacuer le stress ! ». Le lendemain de cette publication, e caricaturiste et dessinateur politique Maurice Sinet, alias Siné, est mort à l’hôpital Bichat des suites d’ une opération. Ils ont dû oublier les olives.

A lors que paraît Ô vous, frères humains aux éditions Futuropolis, Nicolas Tellop s’entretient avec Luz. L’occasion d’évoquer la nécessité de ne pas livrer un Catharsis II mais un « cri » autre, un éclairage sur la folie du monde, dans les pas d’Albert Cohen et de son livre sur la haine et l’antisémitisme, comme une manière de creuser des thèmes présents dans l’oeuvre de Luz dès ses premiers dessins et albums.