Siné die

SineMensuel-n48-decembre2015

Dans son dernier billet d’humeur paru sur Siné Mensuel paru hier, le 4 mai 2016, Siné confessait étonnamment, « Je n’en mène pas trop large, je vous l’avoue et je serre les fesses comme un pressoir à olives pour évacuer le stress ! ». Le lendemain de cette publication, Siné est mort à l’hôpital Bichat des suites de l’opération. Ils ont dû oublier les olives.

Anar, anticolonialiste, anticlérical, antisioniste, anticapitaliste, patron de presse, dessinateur pour France Dimanche, L’Express, Hara Kiri, Charlie Hebdo, Siné a été et restera une figure du dessin politique et de la provoc’ qui avaient dire à Pierre Desproges dans un réquisitoire au scalpel (et au Xième degré — que bien des détracteurs n’ont pas perçu) : « ce morne quinquagénaire gorgé de vin rouge et boursouflé d’idées reçues, présente à nos yeux blasés […] la particularité singulière, bonjour les pléonasmes, d’être le seul gauchiste d’extrême droite de France. Xénophobe même avec les étrangers, re-bonjour, masquant tant bien que mal un antisémitisme de garçon de bain poujadiste sous le masque ambigu de l’antisionisme pro-palestinien […] ».

L'EnragéMais réduire Siné à des qualificatifs tout faits (fussent-ils bien écrits et pour rire) n’est pas chose facile. Né d’un père forgeron et d’une mère épicière, Siné entre à 14 ans à l’école Estienne et découvre les nuits parisiennes durant lesquelles il chante dans les cabarets pour gagner sa vie. De retour du service militaire, il publie son premier dessin dans France Dimanche en 1952 et reçoit le grand prix de l’humour noir en 1955 avec son recueil de dessins Complaintes sans paroles.

Souvent attaqué (notamment en justice), le libertaire et provocateur n’en demeure pas moins une figure comme on en fait plus : la gouaille du titi, la finesse de l’homme de lettres, le trait au vitriol du croqueur de la bêtise humaine, un chef d’œuvre en péril dès son vivant. Ses collaborations ont eu pour nom Jean-Jacques Pauvert, Jean Yanne, Michel Polac, les Grolandais Jules-Edouard Moustic, Gustave Kervern et Benoît Delépine… On ne compte plus les pétitions lancées contre lui de même que celles en sa faveur : lors de « l’affaire Siné » qui l’oppose à Philippe Val en 2008, une vingtaine de personnalités se prononcent en faveur du Directeur de Charlie Hebdo dans une tribune publiée dans le Monde ; en retour, 26 000 internautes apportent leur soutien inconditionnel. Les supporters s’appellent Jacques Tardi, Jihel Barbe, Tignous, Diego Aranega, Willem, Gérard Filoche, Jacques Lardie, Pétillon, Pichon, Philippe Geluck, Desclozeaux, Gilles Perrault, Annie Ernaux, François Maspero, Régine Deforges et Raphaël Confiant, Michel Onfray et Daniel Bensaïd, Guy Bedos et Christophe Alévêque, Fernando Arrabal, Jean-Luc Godard, Pierre Carles, Lionel Soukaz, Denis Robert, Gérard Depardieu, Marina Vlady et Yolande Moreau, Alain Krivine, Olivier Besancenot, Noël Godin, François Hadji-Lazaro… Depuis 2011, avec Siné Mensuel, il avait renoué avec le succès éditorial et continuait de foutre sa (mini) zone…

Siné Mensuel mai 2016Dans son dernier, court et désormais impérissable texte intitulé « Ça m’énerve grave », Siné racontait sa trouille pré-opératoire, disait merci à ses soutiens, ses « admirateurs inconditionnels, adulateurs forcenés » :

« je ne pense, depuis quelque temps, qu’à ma disparition prochaine, sinon imminente, et sens la mort qui rôde et fouine sans arrêt autour de moi comme un cochon truffier. Mon moral, d’habitude d’acier, ressemble le plus souvent maintenant à du mou de veau ! »

 

Comme il l’est dit dans les nécros préparées de longue date, « il a été de tous les combats, il n’a pu gagner le dernier, celui qui l’a opposé à une longue et cruelle maladie ». Ce type de phrases toutes faites n’étant sûrement pas du goût du bonhomme, autant lui laisser le mot de la fin : « mourir ? Plutôt crever ! »…

Au revoir Monsieur Siné.

Siné Hebdo & Siné Mensuel © Siné