Présenté au du Cinéma du Réel et au festival du court-métrage de Brive, Presque un siècle de Pascale Bodet s’impose comme un des films les plus remarquables de ce début d’année. Filmant sa grand-mère entrée dans sa 99e année, la cinéaste livre avec une rare force un vibrant documentaire qui interroge notamment les frontières même du documentaire, de l’intime et du film de famille. C’est au retour de Brive que Siryne Zoughlami pour Diacritik est allée à la rencontre de Pascale Bodet.

Du 2 au 7 avril 2019 se tenait le Festival du moyen métrage de Brive. Un festival unique en son genre mettant en avant un format méconnu, entre le long et le court, faisant pourtant pleinement partie du paysage cinématographique. Parmi les 21 films en compétition, et dans les limites inhérentes aux festivals, 4 films émergent en particulier de cette 16e édition extrêmement riche.

Budapest au début du XXe siècle. Une jeune femme entre dans un prestigieux magasin de chapeaux, elle est accueillie comme une cliente… Après une séance d’essayage, elle se présente, elle est venue « pour l’annonce » : elle s’appelle Irisz Leiter, le magasin a été fondé par ses parents disparus et elle cherche à retrouver les circonstances de leur disparition. Elle aurait un frère dont elle cherche la trace. La caméra la suit, la cadre en gros plan.

Comment, au cinéma, faire le portrait d’une ville ? Vincent Dieutre répond dans Berlin Based. Ce portrait est réalisé selon les principes d’un cubisme qui ne serait pas synthétique. Leibniz écrivait à peu près qu’une ville est l’ensemble des représentations diverses de ceux qui la regardent en y étant immergés. Le film de Vincent Dieutre est leibnizien, mais il s’agirait d’un Leibniz sans Dieu pour garantir la synthèse et l’harmonie des points de vue.

C’est avec un gros plan sur l’anus de Marcello que s’ouvre A Rosa Azul de Novalis, et c’est sur une vue de son rectum écarté que se clôt le film, comme une invitation à pénétrer le mystère de son protagoniste par cet endroit certainement inhabituel, subversif pour certain.e.s.

Bien sûr, il y a le casting et la performance d’acteur(s), Christian Bale, Amy Adams, Steve Carrell, Sam Rockwell… mais derrière les ressemblances physiques censées donner corps (au sens propre) et vie au biopic signé Adam McKay consacré au sulfureux (et quasi oublié) DIck Cheney, il y a surtout un film gigogne inventif et drôlement cynique : Vice, ou comment un péquenaud du Midwest est devenu Vice-Président des États-Unis et a façonné le monde à l’aune de son conservatisme et de son goût du secret.

« Quand les choses vont mal dans mon pays, cela va encore plus mal pour les Noirs » (James Baldwin)

Ces dernières années, James Baldwin a été redécouvert, via la réédition de ses livres ou des adaptations cinématographiques, comme A la place du cœur de Robert Guédiguian (1988), assez librement adapté au contexte marseillais, ou plus récemment le film de Barry Jenkins, If Beale Street Could Talk. Avec Baldwin et désormais Jenkins, Beale Street devient le lieu urbain symbolique de toutes les discriminations et injustices à l’encontre des Noirs américains.

Pour revigorer le paysage absolument sinistré de la comédie française, on connaissait déjà les excellents films de Sebastien Betbeder (2 automnes 3 hivers, Marie et les naufragés, Le voyage au Groenland, Ulysse et Mona) ou d’Antonin Peretjatko (La fille du 14 juillet, La loi de la jungle). Si cela fonctionne admirablement, c’est que ce rire n’est sans doute pas le but premier, il n’est jamais une fin en soi, il ne s’étouffe pas dans sa bêtise crasse, il n’endort pas, il n’est pas prétendument évidé de sa substance politique, mais s’enchevêtre avec d’autres ressorts dramaturgiques si bien qu’on ne l’attend pas lorsqu’il surgit. Et c’est à n’en point douter à cette famille de cinéma contemporain, néanmoins avec ses singularités, qu’appartient Bêtes blondes.