Peter Grimes. Benjamin Britten. Deborah Warner. Allan Clayton. Opéra Garnier. Chef d’œuvre. Phrases disloquées. Brumes marines. La foule. Le public. L’homme seul. Face à tous. Une dia-critique. Un texte. Champ de bataille. Des mots. Souffle coupé. Plus rien à dire. De toute façon. C’est la lutte à mort. L’amour à mort. Amour rêvé, trahi. L’innocence bafouée. Une barque et un garçon. Qui volent. Dans le ciel, dans la mer. Voler, se noyer. En éclat.

D u 8 au 12 mars 2022, à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou se déroule le festival Effractions, centré sur les écritures du réel. Cette quatrième édition, en partenariat avec Diacritik, entend mettre en avant les réalités sociétales contemporaines et la manière dont la littérature s’en saisit. Cinq riches journées seront dédiées à des rencontres, ateliers, concerts, lectures et performances comme autant de manières d’interroger l’articulation du réel et de la littérature, les formes contemporaines d’enquêtes, récits et collections à la croisée de plusieurs disciplines.

Avec Quand les décors s’écroulent, Christophe Fiat construit des ritournelles pour dire cet écroulement, pour le contracter en quatrains qui thématiquement et stylistiquement l’affirment. L’auteur entreprend cette création poétique et musicale pour produire une conscience de cet écroulement du monde mais aussi pour le contre-effectuer, tracer une ligne de fuite vers un ailleurs et autre chose peut-être à venir.

« Martin Luther King a connu beaucoup d’embûches avant d’arriver à ce micro pour son discours devant la statue de Lincoln, prononcé dans la chaleur de l’été, le 28 aout 1963. Il savait qu’il allait mourir, d’une manière violente, pour être ainsi entré de son vivant dans l’Histoire (…). Ce discours devrait porter sur son dos tout un peuple, noir, blanc et rouge réunis, enfants et adultes, pauvres et riches, pour une communion qui ne durera peut-être qu’un soir, mais ce serait ça de pris aux forces obscures toujours à grimacer derrière la scène. »

N’y allons pas par quatre chemins : Le Livre dont Jean Baudrillard est le héros d’Emmanuelle Fantin et Camille Zéhenne est l’un des plus formidables essais lus depuis longtemps. Passionnant, précis, emporté, romanesque et si inventif : les deux universitaires ont choisi ainsi de délaisser toute forme académique pour s’aventurer dans la pensée de Baudrillard en lui rendant sa plastique théorique par une plastique narrative, celle des fameux « Livres dont vous êtes le héros » qui ont peuplé notre enfance.

Publié par les épatantes éditions MF emmenées par Bastien Gallet, le défi formel n’y est en rien une coquetterie tant l’homme y voit sa pensée peinte et rejouée avec une rare finesse. Un coup de dés n’abolira jamais Baudrillard. Autant de pistes de réflexion que Diacritik ne pouvait que saluer le temps d’un grand entretien avec les deux autrices.

On revient toujours à Tchekhov. Même si c’est la première fois pour Galin Stoev en France, monter Tchekhov c’est reprendre une histoire, y ajouter une variation, y apporter une nuance pour explorer toujours un peu plus subtilement les méandres de la vie qui passe. Et Oncle Vania, chant du piétinement et de la résignation, en est l’incandescent canevas. Sans cesse recommencée, la tentative de tisser la vie autour du vide donne lieu à des jeux d’équilibriste sur le fil entre le sens et son absence.

On se souvient des mots de Sartre, au seuil de sa biographie de Flaubert, L’idiot de la famille : « On entre dans un mort comme dans un moulin », phrase reprise par Alban Lefranc en incipit de son Fassbinder. « L’essentiel c’est de partir d’un problème », ajoutait Sartre, faisant de la disjonction vie/mort, œuvre/existence de l’auteur, public/privé, écriture de l’autre/de soi le nœud de toute écriture biographique. Ce problème est celui qu’affronte Janet Malcolm dans La Femme silencieuse, Sylvia Plath et Ted Hughes, récit publié aux éditions du Sous-Sol dans une traduction de Jakuta Alikavazovic.

Indéniablement, Antoine Wauters a signé avec Mahmoud ou la montée des eaux un très grand roman, qui sort en poche chez Folio. Véritable splendeur de langue, bouleversante épopée d’un homme pris dans plus d’un demi-siècle d’histoire de la Syrie, chant nu sur la nature qui tremble devant l’humanité et sa rage de destruction : tels sont les mots qui viennent pour tâcher de retranscrire la force vive d’un récit qui emporte tout sur son passage. Rarement l’histoire au présent aura été convoquée avec une telle puissance et une grâce qui ne s’éprouve que dans un déchirement constant. A l’occasion de cette sortie en poche, retour sur le grand entretien que l’écrivain avait accordé à Diacritik lors de la publication en grand format de son roman.