Avec Mécano, son premier roman paru chez P.O.L, Mattia Filice livre sans nul doute un des récits les plus importants de ces dernières années. Vie du rail vue depuis l’intérieur, Mécano raconte, à la manière d’un récit aux accents autobiographiques, la vie de de conducteur de train, du mécano, depuis son apprentissage jusqu’aux longs trajets qui s’enchaînent. Dans la langue même du rail, Filice livre une manière d’épopée en vers libres et libérés où se dit aussi bien la lutte pied à pied des salariés pour leurs droits. Alors que la contestation contre la réforme des retraites entre dans son quatrième mois, Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre de ce romancier des luttes avec lequel, pour notre plus grande joie, le contemporain devra désormais compter.
Lemon, de Kwon Yeo-Sun, commence par un assassinat. Ou plutôt par le récit de cet assassinat. Ou plutôt par le récit de ce que quelqu’un imagine s’être passé durant l’interrogatoire d’un des suspects. Une jeune fille (Hae-eon) a été assassinée, c’est « l’affaire du meurtre de la belle lycéenne ». Si le roman tourne autour des effets de ce meurtre sur les différentes personnes impliquées, il concerne aussi le récit ou les récits de ce meurtre – récits inachevés, incomplets, subjectifs, n’énonçant pas la vérité sur ce qui s’est passé.
Les premiers coups, frappés par le personnage principal à la porte d’un homme en deuil, résonnent dans le noir. Alors que Némésis, le roman de Philip Roth débute dans la canicule aveuglante d’un été américain, la transposition de Tiphaine Raffier installe d’abord l’obscurité sur le plateau. Car cet été 44 est celui du deuil.
Koenig déserte la Légion étrangère. Débarqué à Toulon, il traverse la France jusqu’au bocage normand. Sensible aux variations de couleurs, il a le regard d’un peintre : « Le règne vert éclatait, avec une fraîcheur, une franchise d’attaque qu’il ne soupçonnait pas à ces coloris de verdure » ; « Les yeux, s’ils l’avaient pu, se seraient écrié : du vert, du vert ! encore du vert ! Et du plus éclatant ! Herbe, gazon, pelouse, le mot juste fuyait de cette couleur vive, de soleil et de pluie ».
Situation 20 = J’ai couché avec Bataille mais il trouvait que je n’étais pas assez « fille » à la fin cependant on est arrivé quand même à la dénudation réciproque
À peine relu et corrigé, et, avant même d’avoir été mis en ligne, déjà en route vers l’oubli (seul moyen de ne pas se laisser miner par les regrets), le dernier épisode de ce feuilleton critique à la frontière est devenu avant-dernier, un peu comme le dernier verre dont parlait Deleuze. Pas de pause : la pile n’est pas épuisée (elle ne cesse de se recharger).
Quelle part de nous meurt avec et quelle part de nous survit aux lieux que nous habitons, quand le désordre climatique en périme les habitudes ?
Dans le cadre du Festival de la Terre (Correns, Cotignac, Le Val), le master écopoétique et création d’Aix-Marseille Université a présenté L’ÉTÉ OÙ LA RIVIÈRE A TARI, une proposition d’écriture de Loréna Bur (Confiances), Maud Grunenwald (Perdre les eaux) et Camille Ruiz (Canoës). Les trois textes ont été lus par Clément Amézieux sur le bord de l’Argens à Correns, devant la fontaine de la mairie à Cotignac et au vieux lavoir du Val.
La Battue, du journaliste et photographe Louis Witter, expose des faits, les questionne, les analyse, informe et met en perspective. Le livre dénonce la politique policière et donc violente que l’État français théorise et pratique à l’encontre des exilé.e.s sans papiers à Calais depuis des années (mais aussi ailleurs sur le territoire). Si cette politique vaut contre les exilé.e.s, elle vaut sans doute de même, finalement, contre la population en général. La Battue est un livre qui met au jour le fait que la politique française, depuis des années, s’appuie sur des pratiques policières hostiles aux populations.
Début mars 2023, est sorti dans la collection d’Actes Sud, « Un endroit où aller » qui réserve, la plupart du temps, de belles surprises, un premier roman attachant et séduisant, signé Florian Préclaire, Le Cavalier de Saumur. Tout a son importance dans les informations de la couverture : le nom de l’auteur, la fonction et le lieu du personnage supposé du titre, l’icône représentant Pégase.
Indéniablement, livre après livre, Pierre Vinclair s’est imposé comme l’un des poètes français contemporains majeurs. Preuve en est encore avec son nouveau recueil de textes, Idées arrachées qui vient de paraître aux éditions Lurlure, dont le poète s’entretient ici le temps d’un grand entretien pour Diacritik avec Fabien Aviet et Nicolas Poirier.