Annelies Schulte Nordholt enseigne la littérature française à l’Université de Leyde (Pays-Bas). Spécialiste de Blanchot et de Proust, elle a écrit de nombreux articles sur la littérature moderne et contemporaine. Sur la littérature de la Shoah, elle a notamment publié Perec, Modiano, Raczymow. La génération d’après et la mémoire de la Shoah (Amsterdam, Rodopi, 2008) et le volume collectif Témoignages de l’après-Auschwitz dans la littérature juive-française d’aujourd’hui (Amsterdam, Rodopi, 2008). Son dernier livre, Georges Perec et ses lieux de mémoire. Le projet de Lieux (Leyde, Brill) a paru en 2022. Une édition brochée du livre a paru en novembre 2023.
The principle of this series is simple: one day, one player, one gesture.
And all the rest.
Oui, Ocean Vuong, le temps est une mère, le temps est une Rose, le temps est ta Rose, le temps est notre Rose, merci pour tes livres à elle dédiés, à ta Rose dédiés, à ta mère, Lê Kim Hong, « appelée de l’avant », dédiés, merci pour ton bref instant de splendeur, ta lettre adressée à elle, par- delà l’absence, merci pour nous avoir appris que le temps est une mère,
Si Perec, dans La Vie mode d’emploi, occupait un immeuble, il s’agit pour Olivier Rolin, avec Vider les lieux, de le quitter. Sommation lui a été faite de déménager d’un appartement dans lequel il vivait depuis 37 ans, rue de l’Odéon. Au-delà des milliers de livres à emporter, c’est bien la moitié d’une vie qui s’achève avec ce départ, moins « une fin du monde au petit pied », pour reprendre la définition du déménagement par Michel Leiris, qu’un état des lieux, le déploiement d’un « atlas intime », puisque chaque livre, chaque objet raconte une histoire et que ces récits se bousculent en soi. Entre Biffures et (ré)Invention du monde, Olivier Rolin écrit pour reprendre pied.
Une nouvelle année commence et, comme c’était déjà le cas les années précédentes, le titre de cette chronique (à suivre) change tout en restant sensiblement le même. À la frontière devient Terrain vague, du nom de ce lieu inlassablement arpenté, où les choses, vues, lues, entendues, circulent librement, sans jamais devoir justifier leur présence. Si l’on devait représenter le Terrain vague, on y trouverait des traces de blanc cézannien, déposé en réserve dans une toile à jamais inachevée.
12 octobre 2019. Yannick Haenel passe dans la plus scintillante des solitudes une nuit entière au sixième étage du Centre Georges-Pompidou, au contact des quarante-deux tableaux exposés sur les huit salles de l’aile hermétiquement close de l’exposition Bacon en toutes lettres.
Entre ici, Jean Siméon Chardin ! Le tableau Le panier de fraises va-t-il retrouver définitivement le Musée du Louvre après y avoir été exposé durant le Salon de 1761 ? Cette sublime nature morte ostensiblement signée par un artiste phare du XVIIIe siècle peut quitter le pays en succombant au rapacier marché de l’art mondial. Cependant, elle a été salutairement classée Trésor national le 22 avril 2022 et fait désormais l’objet d’une opération enthousiasmante : un appel au don, lancé par le musée, auquel de grands donateurs ont déjà répondu, et qui pourrait permettre au chef d’œuvre d’être acquis et d’entrer définitivement dans ses collections permanentes. Intitulée Tous Mécènes ! et donc ouverte à tout un chacun selon ses moyens, notamment via l’excellente Société des Amis du Louvre, la campagne prendra fin le 28 février prochain. Mais d’ici là, l’œuvre est à voir dans l’Aile Richelieu.
Le principe de cette série est simple : un jour, un joueur, un geste.
Et tout le reste.
Finir dans le feu : voilà le projet du dernier livre d’Antoine Volodine, qui vient terminer, ou presque, un édifice commencé en 1985 avec Biographie de Jorian Murgrave. Beaucoup de chemin parcouru, bien évidemment, des transformations, une transhumance éditoriale, l’édification d’une somme romanesque sans équivalent dans la littérature mondiale – qui se signale au lecteur attentif par sa radicalité, son étrangeté, sa densité, son obscurité, son humour noir, son tragique mâtiné d’ironie douce, et la très grande douceur de sa poésie. Que l’on se rassure cependant : si c’est bien le dernier Volodine, ce ne sera pas le dernier livre post-exotique. Mais assurément ce moment décisif qu’est Vivre dans le feu n’est pas à négliger : plongeons donc avec son créateur dans cette bouffée de l’espace noir.
Deuxième partie de l’entretien avec Jørn H. Sværen à propos de son livre Musée britannique, mené par Emmanuèle Jawad et traduit par Emmanuel Reymond.
Pour Diacritik, Jean-Michel Devésa est allé interroger, le temps d’un grand entretien, Nina Mueggler autour de la parution du Journal de voyage en Italie par la Suisse et l’Allemagne de Montaigne à laquelle la chercheuse a activement participé.
L’escalier dans sa forme la plus attendue déroule un parcours, roulant par nature. Il propose à celui qui l’emprunte des différences de degré. Ce sont certes les mêmes marches, mais prises à une autre altitude. Et il est possible, comme Bohr le dira à Einstein, à propos d’un coucou suisse qui rappelle le tournebroche de Klee, que la hauteur n’est pas rien, qu’elle fracasse le temps en autant de différences capables de le fissurer.