On le sait désormais depuis hier : Prince n’aura vécu que 8 ans. Quand ce 21 avril 2016, dans la stupeur hagarde mondiale, tremblante de savoir que l’irrémédiable lui était advenu, quand son corps s’est éteint dans un cri mat au cœur d’un ascenseur ignoré de son bunker blanchotien de Minneapolis, voilà longtemps déjà que Prince était déjà pourtant mort à lui-même le sachant, que la vie l’avait déserté, qu’il avait été abandonné de lui, qu’il avait fait de sa propre désertion à être l’accomplissement ultime d’une existence dont la biographie lui importait peu.

A l’occasion de la parution de De la vérité dans les sciences, un entretien multiple avec Aurélien Barrau où il est question autant de philosophie ou d’art, que de physique, de poésie et d’art, de Jacques Derrida, de Feyerabend et Karl Popper, de sociologie et des sciences humaines, de politique, des univers multiples, ou encore de Nietzsche, d’anarchie, de créationnisme, et bien sûr de la question de la vérité.

« Il ne s’agit pas de tourner avec des enfants pour mieux les comprendre, il s’agit de filmer des enfants parce qu’on les aime » lançait François Truffaut, vibrant de justesse et de tendresse, dans Le Plaisir des yeux, l’un des ses ardents recueils d’articles critiques, au cœur duquel, revenant sur certains de ses films comme L’Argent de poche, le cinéaste s’interroge sur la manière dont les enfants doivent être représentés et employés à l’écran.

Dearly beloved
We are gathered here today
To get through this thing called life*

La mort d’un artiste a toujours un effet miroir égoïste un peu étrange. Le monde pleure Prince aujourd’hui. Quelques heures après l’annonce de sa mort, on fredonne, on réécoute Kiss, Cream, Purple rain, Alphabet Street, Raspberry Beret, Girls and Boys… On repense à ce que l’on faisait à ce moment-là. On se souvient et l’on se dit que l’on a perdu quelque chose, qu’un peu de notre propre vie part avec lui.

« Pour écrire Nedjma, il m’a fallu sept ans. C’est que l’art, comme le bon vin, exige beaucoup de temps. » (1988)
« Beaucoup (…) n’ont pas besoin de livres pour vivre. Pauvres idéalistes ! Ils ne savent pas que les livres, à la fin des fins, resteront la dernière propriété de l’homme, propriété rarissime… Les révolutions commenceront plus que jamais dans les bibliothèques. » (1953) Kateb Yacine

Notre cerveau est de mieux en mieux connu, mesuré, cartographié par la science. Mais qu’en est-il de notre conscience ? Déchiffrer la conscience, voyage dans l’étoffe de nos pensées, le documentaire de Cécile Denjean que diffuse Arte, l’énonce dès ses premières minutes : nous sommes tous les auteurs d’un film en trois dimensions, intime et incommunicable, celui que notre conscience tisse et construit à partir de données sensorielles, de nos souvenirs, expériences et sensations. Ce film intérieur est-il vraiment incommunicable ? Non. La science commence à observer et mesurer la conscience, à pouvoir, à partir d’imageries cérébrales et expériences, dire quelque chose de ce « moi » que la conscience de chacun construit.

Jean Genet écrit que la trahison est « la règle élémentaire qui dirigeait ma vie ». Trahir n’est pas un choix ou la traduction d’une âme mauvaise : c’est une règle de vie où ce qui est choisi est la vie qu’elle rend possible ; c’est le moyen positif d’une vie plus vivante puisque suivi pour que la vie soit autre chose que l’existence immédiate, donnée, soumise à d’autres règles mortifères.

Ma table est vide, je suis invisible, transparent, je suis translucide, je vois des mots en l’air, un écran sous les yeux, à peine aux bords des artères, une apesanteur de la vieille humanité. Je suis dans les airs, je parle d’un alphabet démoli, des onomatopées, un vagissement, des petites pattes, des petites pattes d’une mémoire animale, d’un pet de nourrisson.

A lors que paraît Ô vous, frères humains aux éditions Futuropolis, Nicolas Tellop s’entretient avec Luz. L’occasion d’évoquer la nécessité de ne pas livrer un Catharsis II mais un « cri » autre, un éclairage sur la folie du monde, dans les pas d’Albert Cohen et de son livre sur la haine et l’antisémitisme, comme une manière de creuser des thèmes présents dans l’oeuvre de Luz dès ses premiers dessins et albums.

Commissionné par un grand bibliophile parisien, le narrateur se rend sur l’île de Rûgen pour participer à une vente aux enchères. Mais la vente est étrange de bout en bout, car le narrateur se sent requis par ces « livres orphelins » collectionnés par Hans Reiter, et se met à renchérir sans mesure pour les posséder.

Un de ces vents de poussière depuis ce matin. Un de ces vents qui viennent d’Afrique. Vent qui lève de grosses vagues écumantes. Air trouble plein de vent. Poussières en suspension qui viennent d’Afrique donc. L’air trouble voile le soleil. Le soleil fait sa pleine lune. Anne et moi, là, sur le belvédère, à regarder le soleil faire sa pleine lune. Silences du vent. Le belvédère de la pointe du port du Pirée. Anne se tait. Moi aussi. Nous avons beaucoup parlé au café. On regardait les vagues énormes s’ébouler sous le filtre des poussières africaines, tout en parlant, parlant. Anne aurait dû prendre l’avion avant-hier. Anne aurait dû rentrer à Bruxelles. Avant-hier, c’était mardi vingt-deux mars.

La première fois que je l’ai vue, cette photographie, c’était à une exposition, au vernissage, ça m’a tout de suite frappé. Peut-être était-ce parce que je venais de terminer un livre, Le Navire Night, de Duras. Oui, ça m’a fait penser à un passage : « C’est un orgasme noir. Sans toucher réciproque. Ni visage. Les yeux fermés. Ta voix, seule. Le texte des voix dit les yeux fermés. Aucune image sur le texte du désir ? Alors il n’y a rien à voir. Rien aucune image. Le Navire Night est face à la nuit des temps ».