Hannah Arendt, analysant la Condition de l’homme moderne l’écrivait : les marchandises ont supplanté les paroles, la bourse a détrôné l’agora, le marché est devenu le lien du collectif. La destinée des Frères Lehman, telle que Stefano Massini en retrace l’épopée, en est l’illustration parfaite, du départ de Bavière d’Heyum Lehmann (avec deux n), le 11 septembre 1844 à la faillite aux répercussions planétaires de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008 : à travers l’histoire d’une dynastie c’est toute l’Amérique dans sa grandeur et ses décadences que saisit l’auteur italien, en une fresque singulière et sidérante.

« (…) occuper une position au moyen du langage, (…) conquérir un lieu sans considération pour celui qui se trouvait là » : C’est ce qu’écrit le trop regretté Philippe Rahmy, et Marina Skalova l’a choisi comme entrée dans son livre-atelier à quatre mains avec la photographe-documentariste Nadège Abadie. On ne peut guère trouver mieux comme leitmotiv pour ce projet à la fois ouvert et limité, déjà rabattu sans être saisi dans toutes ses dimensions.

Il s’appelle Iyad Hallaq. Iyad Hallaq est autiste. Il vit aussi avec de lourds problèmes d’audition et des problèmes moteurs. Comme chaque jour, il se rend à pied dans une institution spécialisée, le Elwyn Center, dans la vielle ville de Jérusalem. Trois balles traversent le corps de Iyad Hallaq et le tuent, trois balles tirées par un officier de la police des frontières israélienne.

Depuis plusieurs semaines, une centaine de migrants mineurs sont installés dans le square Jules Ferry, dans le 11e arrondissement. Les pouvoirs publics ne reconnaissent pas leur minorité et aucune aide de l’Etat ne leur est proposée. Aujourd’hui, sur la place du Palais Royal, à Paris, à l’appel de plusieurs associations, avait lieu un rassemblement en soutien à ces mineurs dont les droits sont niés. Reportage photo de Jean-Philippe Cazier.

Le journaliste américain Ted Conover avait passé six semaines en immersion à Cargill Meat Solutions, un abattoir du Nebraska, en tant qu’inspecteur du service sanitaire. Geoffrey Le Guilcher s’est lui fait engager en tant qu’ouvrier intérimaire dans un abattoir industriel de Bretagne, rebaptisé Mercure, à l’été 2016. Il y a passé quarante jours en immersion totale, en est revenu avec un livre coup de poing : Steak Machine qui sort en poche chez Points.

À la tête d’une des œuvres les plus intéressantes de ces vingt dernières années, Florence Pazzottu fait paraître J’aime le mot homme et sa distance aux éditions Lanskine. Comme dans ses livres précédents, le travail de la forme y sert une investigation capitale — dans nos rapports aux autres, aux mots, au monde. Cette poésie, follement libre et magnifiquement tenue, qui fait feu de tout bois et à laquelle rien n’est a priori étranger, se donne pour tâche de « répondre au chiffrement du réel ». Comment y parvient-elle ? Entretien avec Florence Pazzottu, mené par Pierre Vinclair entre le 20 juin et le 30 juin 2020.