Dans son étude sur l’œuvre littéraire et cinématographique de Duras, Simona Crippa met en évidence, à travers cette œuvre, les références mythologiques récurrentes et prégnantes. Il ne s’agit pas par là pour Duras de s’inscrire dans une culture déjà établie, simplement reproduite, ou d’intégrer dans ses œuvres les signes d’une culture classique légitimée par les institutions. Le référent mythologique, pour Marguerite Duras, serait le moyen d’une critique du texte et de l’image, d’une pratique de plus en plus radicale de la création, d’une politique du monde voulue révolutionnaire.

Avant de commencer la lecture des deux volumineux volumes rassemblant les cent-vingt nouvelles de Philip K. Dick, je dois préciser que je ne suis pas particulièrement amateur de science-fiction, n’ayant commencé à en lire que tardivement (en 1985, au moment où Antoine Volodine commençait à publier ses premiers livres dans la collection “Présences du futur”), et m’étant limité à quelques auteurs, Dick et Jim Ballard essentiellement, auxquels il faut ajouter, mais plus épisodiquement, deux-trois singuliers comme Robert Sheckley.

Dans la ligne du si réjouissant Peut-on parler des livres qu’on n’a pas lus, voici que nous lisons Comment parler des faits qui ne sont pas produits ? ou, plus justement, « qui ne se sont pas produits sous cette forme ? » C’est défendre là un sacré paradoxe au moment où ce menteur invétéré de Donald Trump tente de se faire réélire Président US à coups de fake news.

pour Quentin

Writing an honest book review is hard work.
(William Burroughs)

Naked Lunch (1991) de David Cronenberg, adaptation géniale et inspirée de l’œuvre inclassable, mais aussi du non moins mystérieux passage sur terre d’un écrivain prolifique, polytoxicomane et amateur d’armes à feu, représentant illustre de la Beat Generation — Naked Lunch permet d’avoir un aperçu sinon cohérent, tout du moins entêtant de l’univers déjanté de William Burroughs.

Qu’est-ce qu’un poète qui écrit des romans ? Que fait-il quand il s’appelle Rossano Rosi et qu’il est l’auteur, déjà, de trois recueils et de six romans – lus, primés, appréciés, mais de trop peu de lecteurs encore ? Comment s’y prend-il pour s’inscrire dans une tradition, celle de Raymond Queneau, très clairement, aussi bien pour le versant poétique que pour le champ romanesque? Quelle est sa stratégie pour ne pas se laisser engloutir par l’amour de ses modèles, par la tentation de la surenchère, par le découragement lié à un excès d’admiration ?

Vrac : le titre lapidaire du nouveau livre de Bertrand Belin ouvre sur un espace déroutant, qui ne ressemble guère à celui de ses trois romans précédents, déjà parus aux éditions P.O.L : à chaque page, le blanc l’emporte largement sur les mots. L’écriture éminemment fragmentaire prend l’allure tantôt de poèmes en vers libres, tantôt de sentences plus ou moins sentencieuses, pastiches d’aphorismes ou de définitions de dictionnaire.

« Dans le béton qu’ils poussent, les enfants. Ils grandissent et lui ressemblent, à ce béton sec et froid. Ils sont secs et froids aussi, durs, apparemment indestructibles, mais il y a aussi des fissures dans le béton. Quand il pleut, on les distingue mieux, c’est comme les larmes qui coulent sur les jours pâles d’un petit à qui on a taxé ses billes et qui n’a pas le grand frère pour le défendre ».
Le Thé au harem d’Archi Ahmed, 1983.

 

Le dernier récit de Mehdi Charef, Vivants, est l’occasion de revenir sur le parcours de cet artiste, dont le précédent livre, Rue des pâquerettes, a reçu le Prix littéraire de la Porte Dorée 2020 ; il est désormais disponible en poche. Ces deux récits ont été publiés par les éditions Hors d’atteinte.