2 extraits de l’album « Dangerous » (Sony Music, 1991).
A l’occasion de la publication de Jerk, rencontre et entretien avec l’auteure et performeuse Maud Joiret.
La scène dressée par Jerk, le deuxième recueil poétique de Maud Joiret, agence et disloque une stéréophonie des époques et des régimes d’identités plurielles.
C
e sont les jours où les habitants d’Irpen furent évacués. Les gens ont été conduits, parfois sous les balles, d’Irpen à Kiev dans de petits bus. Beaucoup de gens de la maison de retraite « Happy life », impuissants et épuisés, certains d’entre eux ne comprenant apparemment pas ce qui se passait. Puis, ils ont été transférés dans des bus plus grands et conduits à la gare de Kiev. La vieille dame sur la photo cache son visage en voyant les dommages et les carcasses brûlées dans les rues de Kiev.
Tout commence un soir d’été, au bord d’un lac, dans une ville universitaire justement « bâtie sur trois lacs », Madison, jamais nommée. Wallace hésite à rejoindre ses camarades. Il « se posta sur une terrasse en hauteur et considéra la mêlée, tentant de repérer son propre groupe de Blancs », Miller, Yngve, Cole et Vincent. Tous sont étudiants en troisième cycle de biochimie dans cette ville du Midwest, leur promo « était la première depuis plus de trente ans à inclure un Noir », Wallace. En une scène, véritable précipité, Bradon Taylor pose un cadre qui est aussi un programme romanesque, entrer dans le genre si codifié du campus novel depuis un regard excentré. Wallace est cette marge, par son origine sociale, par sa couleur de peau, par sa personnalité en retrait.
Depuis jeudi midi, la France est jetée dans un rare émoi. L’attribution à la mi-journée du prix Nobel de littérature à Annie Ernaux a fait l’effet d’une véritable tempête. Si, à l’instar de l’académie suédoise, le monde entier salue chez la romancière française son sens aigu de l’observation sociale ainsi que la mémoire interpersonnelle que son écriture, à l’unisson d’une société qu’elle traverse, sait porter, l’accueil en France se montre nettement plus mitigé. Agité, il se révèle profondément divisé, clivé, fêlé. Comme si, plus largement, l’annonce de la distinction d’Annie Ernaux rejouait toutes les fractures littéraires, nationales et politiques qui, depuis bientôt quelques courtes années, agitent le débat public et dont, à son corps défendant, Annie Ernaux serait, depuis la littérature même, l’incarnation la plus accomplie : à la fois le symbole patent et le symptôme latent.
Angoulême, janvier, le festival, l’hiver. Après plus de trente romans graphiques et albums dans lesquels Bastien Vivès explore les genres, les styles et les techniques, l’auteur du Goût du chlore (primé à Angoulême), revient avec un livre délicat et volontiers cryptique, Dernier week-end de janvier.
Le verre brisé et brûlé de la fenêtre d’une maison où ma mère vivait quand elle était enfant. Gostomel est la ville où vivent des militaires, elle a donc été attaquée et durement bombardée dès les premiers jours de la guerre. Pourtant, les oiseaux qui volent derrière les fenêtres me donnent un signe d’espoir et peut-être un sentiment de soulagement.
Les gens arrivent, les gens partent, restent, ils sont là, puis ils s’en vont définitivement. C’est banalité que de le dire, mais n’est-ce pas le sujet de tous les livres, de tous les films ?
Débrouille-toi avec ton violeur, c’est le titre saisissant du dernier livre de l’édifice post-exotique, une œuvre littéraire singulière qui se déploie sous plusieurs signatures : Volodine, Kronaeur, Draeger, Bassmann en sont les manifestations les plus connues, jusqu’à ce jour où le post-exotisme s’ouvre à une nouvelle signature, Infernus Iohannes. Derrière cette signature, l’idée fictionnelle d’un collectif d’écrivain : l’effacement de l’individualité derrière l’idée poétique et poétique du groupe.
C’est comme un marronnier un peu rassurant à la rentrée : un nouveau spectacle de Stéphane Braunschweig en ouverture de saison à l’Odéon. Cette année c’est le texte d’un auteur norvégien, déjà plusieurs fois mis en scène par Braunschweig, qui offre leur partition aux huit acteurs réunis pour tisser devant nous quelques histoires familiales douce-amères.
« Il y a quelque chose de noble à ne rien faire », disait le peintre et photographe américain Saul Leiter au critique Vince Aletti en 2013 peu avant de disparaître à l’âge de 89 ans. L’inaction, le désengagement, la résistance passive au bruit blanc du monde mènent à des illuminations.
2 extraits de l’album « Unfold » (Domino, 2022).
Les bonnes surprises, c’est un peu comme un recommandé des impôts, ça vous tombe dessus au moment où vous vous y attendez le moins. Oubliez les maisons aux dragons et les anneaux de pouvoir, la rentrée série se lève à l’Est avec Tokyo Vice, mini-série immersive et noire signée Josef Wladyka, Hikari, Michael Mann (!) et Alan Poul. Adaptée du livre éponyme de Jake Adelstein, Tokyo Vice est filmé à hauteur de Gaijin, avec une précision et une âpreté qui vous happe dès les premières secondes.
« Si vous étiez naufragée sur une île déserte, où il était pourtant possible de projeter des films, lesquels emmèneriez-vous ? »
Gena Rowlands : « Je ne pense pas que prendrais Une femme sous influence ; il est tellement bouleversant. Et Love Streams m’attristerait trop : c’est le dernier film que John et moi avons fait ensemble. J’emmènerai probablement Gloria ; c’est un film qui me donnerait l’impression d’être forte. Il m’aiderait à survivre. »
Gena Rowlands, Mable, Myrtle, Gloria… et les autres, Stig Björkman, Éditions Cahiers du Cinéma
Au son des plaintes d’un saxo sur fond de cordes seventies, l’œil de la caméra de John Cassavetes plane sur New York City dans la nuit, flotte entre les gratte-ciel illuminés, contourne la statue de la Liberté dont le flambeau, paraît-il, appelle les pauvres et les exténués. L’œil glisse sur l’eau, découvre Manhattan à l’aube. Un Manhattan de 1980, d’après-guerre du Vietnam avec encore ses tours jumelles.