Pour sa 17e édition, le Festival Jerk Off se tiendra du 13 au 29 septembre 2024 et accueillera des événements autant à Paris qu’à Bagnolet, Pantin ou Aubervilliers.
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Les grandes représentations, les coulisses, les acteurs, les festivals, les textes de théâtre. Et pas seulement « ce soir ».
Ça commence par un soir à Lille. J’assiste à la restitution d’un atelier étudiant intitulée « Nos colères », un montage d’une heure et demie à partir d’une vingtaine de textes différents, mis en scène par Catherine Gilleron et Rémi Poppeschi. Ce spectacle tout en fragments se termine par un extrait de sola gratia de Yacine Sif El Islam.
C’est ici que cela a eu lieu – que cela aura lieu, à nouveau – que tout se rejouera – toujours – comme une bande passante que l’on se plait à rembobiner indéfiniment – pour écouter les voix fantômes – ces bruits blancs, ces souvenirs qui, comme les lucioles, gardent leurs scintillements pour défier l’obscurité des nuits sans lunes.
Emmanuelle Bayamack-Tam est l’autrice de plusieurs romans (publiés chez P.O.L), plusieurs fois primée et reconnue pour son univers foisonnant et généreux, avec des personnages complexes, des situations familiales, amoureuses, relationnelles intenses. On y retrouve des questions récurrentes sur l’identité, la sexualité, la famille, l’amour, la transgression, la marginalité, l’adolescence. Inspirée et prolifique, elle est aussi la co-scénariste de L’été l’éternité, film sorti au printemps 2022 et a par ailleurs écrit sous le pseudonyme Rebecca Lighieri des romans également primés. À cette bibliographie déjà bien fournie s’ajoutent deux pièces de théâtre : À L’abordage et Autopsie Mondiale, toutes deux créées au théâtre de la Tempête (Cartoucherie Vincennes) par le metteur en scène Clément Poirée. Rencontre, à Orléans, le 8 février 2024.
Dans un (quasi)seule en scène, Ludovic Lagarde s’empare du flot d’Elfriede Jelinek, poétesse autrichienne nobelisée mais refusant d’honorer de sa récompense sa patrie diversement entachée par son histoire et son actualité politique. Autrice intransigeante, elle s’insurge dans des poèmes militants contre les figures patriarcales, qu’elles soient contemporaines, comme dans Sur la voie royale, ou archaïques (on a vu le sort fait à Orphée dans Ombre, Eurydice parle, mis en scène superbement par Katie Mitchell en 2018). Sur la voie royale est écrit comme un brûlot le soir de la première (et dernière ?) élection de Trump à la présidence des États-Unis. Le tout puissant roi de pacotille évoqué ici à travers ses discours grossiers et ses actes violents, c’est ce président dont il n’est pas besoin de prononcer le nom pour l’identifier avec certitude.
Les émigrants, dernier spectacle du metteur en scène polonais Kristian Lupa fait événement par sa seule présence dans la programmation de L’Odéon en ce début d’année 2024 : le monde du théâtre en a suivi le laborieux accouchement après les tensions qui ont accompagné et interdit sa création à Genève puis en Avignon au cours de l’été.
On nous avait un peu prévenus ( la performance de Kim Noble est déconseillée aux moins de 18 ans) mais nul ne pouvait s’attendre à l’expérience foutraque, dégoûtante, réjouissante, intelligente et radicale que propose Kim Noble dans ce seul en scène inédit qui donne à voir et à entendre des larves, des renards empaillés et un écureuil articulé, entre autres.
Le jeu de mots est usé mais rarement il a été aussi bien mis en scène que dans ce très beau spectacle de Tiago Rodrigues : le cœur des deux amants y palpite à l’unisson d’un chœur de comédiens, haletant et accordé jusqu’à l’ultime respiration. Ce court spectacle scande une histoire universelle et intime, pulsée par le rythme cardiaque d’une percussion qui soutient le phrasé respiratoire des deux comédiens.
Ça commence comme une fête. Une fête d’aujourd’hui pulsée par les basses et arrosée par des bières. Une partie des spectateurs descend sur le plateau, y traine un peu, ravie de regarder la salle depuis la scène. Puis s’agglomère paisiblement autour des platines, près des enceintes qui diffusent un set électro. Ça oscille, ça ondule, un verre à la main, un œil sur l’écran qui en fond de scène indique d’abord juste le titre du spectacle et un repère : Berlin, 1983.
Angela est une jeune femme qui passe sa vie au lit, Angela est une petite fille qui joue avec son chien en peluche, Angela est une youtubeuse qui sourit quand elle fait ses vidéos, Angela est une vieille femme avec des cernes sous les yeux, Angela est bien sûr un Ange qui joue du violon électrique, Angela est un fœtus dans un préservatif transparent, Angela accouche par la bouche de ce fœtus qui est elle-même… Angela est malade, morte, pas encore née.. Angela est présente, absente, elle existe sur les réseaux sociaux, elle disparaît et on la cherche, elle revient et ne s’explique pas.
Au commencement de son nouveau spectacle, Angélica Liddell lance un défi au public. Depuis une liminale parabole biblique, elle annonce que la capacité de pardonner doit être infinie, non comptable. Là où l’apôtre Pierre pensait être généreux en tentant de pardonner sept fois à celui qui lui aurait fait du mal, Jésus propose une démultiplication du possible et Angélica, plus ambitieuse encore, tente avec nous l’expérience du pardon absolu.
À gauche juste avant le Soleil, le théâtre de La Tempête ouvre sa saison sous des auspices pop, dans des déhanchés langoureux et des refrains poético-caustiques de haute volée. C’est l’autrice Emmanuelle Bayamack-Tam, dont la très puissante Arcadie a remporté le prix du livre Inter en 2018, qui lance le bal, au rythme d’un texte décapant, généreux et loufoque dont les protagonistes improbables sont les (déjà) poussiéreuses idoles du star système des années 2000. Sa nouvelle collaboration avec le metteur en scène et directeur de La Tempête, Clément Poirée confirme leurs deux talents.
Écrire sa critique sur le Procès Goldman après l’attaque du Hamas contre Israël, et c’est tout le sens que l’on souhaitait donner au film qui bascule. Dans ces conditions, la critique se doit – au-moins – d’être à la hauteur des enjeux qui lui ont été légués par les Lumières : émancipation des opprimés, construction d’une société du discours en contre-force, contrepoids, contre-tribunal au réel apocalyptique qui, sinon, englue tout. Reconquérir des droits sur le réel : voilà la mission de la critique. Au moyen de médiations artistiques en mesure de faire percevoir qu’est possible un autre réel que ce réel de bruit et de fureur qui envahit tout.
Sommes-nous entrées, entrés, dans l’ère Post-#Metoo ? Qu’est-ce c’est que « Post #Metoo ? » Ou encore : Existe-t-il des œuvres symptomatiques d’un après-coup à #Metoo ? Pour répondre en s’attardant à dessein sur le dernier film de Catherine Breillat – L’Eté dernier, tout un programme temporel dans ce titre… – il faut d’abord rappeler l’histoire proche qui a lieu sous l’égide de l’étendard #Metoo. Oui, le temps est venu pour un bilan provisoire sur ce que signifie que défendre pour toutes et tous le droit de vivre une vie épargnée de brutalités et de violences, vie sociale, vie ordinaire, vie professionnelle, familiale, mais aussi vie psychique et sexuelle.
Cette heure ! et voilà tout. Pour nous, plus rien qu’une heure
Après, qu’importe ? il faut qu’on oublie ou qu’on meure.
Ange ! une heure avec vous ! une heure, en vérité
A qui voudrait la vie, et puis l’éternité !
Hernani, Victor Hugo, 1830