Que peut l’écriture ? Comment rapprocher les êtres et se jouer des failles ? C’est sans doute cette énigme qui aimante Fanny Lambert, dont l’œuvre poétique et romanesque s’essaie aux nombreuses formes du langage pour relancer le jeu du désir. Nourrie par le cinéma et les arts plastiques, elle interroge la place des corps, de l’amour ou de l’absence, de ces présences vivantes que l’instant fait et défait tout à la fois. Cet entretien revient sur son parcours d’écriture, se faisant l’écho d’une création contemporaine forte et insituable, voix singulière hantée par ce qui nous échappe et mue par les sensations.
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Ça commence par un soir à Lille. J’assiste à la restitution d’un atelier étudiant intitulée « Nos colères », un montage d’une heure et demie à partir d’une vingtaine de textes différents, mis en scène par Catherine Gilleron et Rémi Poppeschi. Ce spectacle tout en fragments se termine par un extrait de sola gratia de Yacine Sif El Islam.
Vous entrez dans une librairie, le désir comme seule boussole, vous flânez entre les livres, dans la vitre un rayon de soleil, et soudain une main aimante glisse entre vos doigts un petit volume violet. Ça n’a l’air de rien, ce n’est presque rien : c’est délicat comme les choses volatiles, un geste brusque et tout s’envole ; c’est aérien, léger, tendre ; en même temps quelque chose pique le cœur, volutes de mélancolie que la chaleur ne chasse pas tout à fait ; qu’importe puisque c’est intense ; c’est aigu, fiévreux, excessif et retenu à la fois : extrême.
À l’occasion de la parution de son livre Le cours de l’eau, aux éditions Corti, entretien avec Grégoire Sourice par Emmanuèle Jawad.
Un texte inédit du poète Daniel Pozner.
Entretien avec Jean-Marie Gleize alors que paraît Je deviens (séances) aux éditions Les presses du réel/Al Dante.
Dépoussiérant les archives du Terrain vague, je tombe sur une chronique publiée le 6 juillet 2021, donc au moment où l’idée de recenser quasi-systématiquement plusieurs livres au lieu d’un seul a commencé à s’imposer. Du coup, à l’imitation de la bande dessinée qui faisait déjà depuis longtemps bande à part, la poésie a commencé à jouer cavalier seul.
C’est le corps qui décide. Au réveil, il arrive qu’il soit impossible d’atteindre la table de travail, ne serait-ce que pour mettre en route l’ordinateur ; ou de s’installer au piano, pour le plaisir d’improviser ; ou encore de tracer quelques lignes hésitantes au crayon sur une feuille volante. Pourtant, bien que sonné par l’intrusion d’un virus, l’esprit pense avoir encore le monopole de la volonté. Il doit cependant abdiquer tant le corps manifeste de désir d’immobilité, et surtout de silence. Pour l’instant, le plus urgent est d’arriver à ne penser à rien.
29 janvier 2024. J’écris ces lignes après une semaine d’arrêt, histoire de reprendre ce Journal de lecture du Terrain vague : de retrouver le chemin des mots, afin de laisser une trace de cette expérience, à la fois banale et énigmatique, d’être délivré de toute attente, comme projeté dans un monde où l’on pourrait s’évanouir sans inquiétude dans le temps suspendu. Mais c’est un rêve…
Ayant à peine épuisé une petite pile d’ouvrages – lus, parfois relus, et pour leur quasi-totalité recensés dans ce Journal de lecture –, une nouvelle se forme, tandis que d’autres autres se renforcent. Il y a principalement la pile « Poésie, etc. », la pile « Bande dessinée, etc. », la pile « Art & Cie », et plusieurs non nommées où tout se mélange. Chacune d’entre elles semblent à disposition du commentateur pour qu’il recharge ses batteries : pour qu’il retrouve le sens de la digression, alors qu’il aspire le plus souvent au retrait (le Terrain vague étant le lieu où ces deux conduites s’accordent).
Le 9 et 10 décembre se tient le premier Marché de la Poésie de Lille organisé par l’association c/i/r/c/é et le Centre littéraire Escales des lettres.
Orphée : le premier poète, celui-là même qui précède Homère, l’origine légendaire et tragique de la condition de l’artiste. On ne sait par quel bout le saisir tant son histoire a été racontée, tant son mythe a été figuré et déformé par une postérité qui l’a choisi comme emblème. Orphée c’est le poète magique, capable de transfigurer le monde qui l’entoure, de faire parler pierre, arbre, rivière, c’est celui capable de vaincre les puissances de la mort par la beauté envoûtante de son chant, mais c’est aussi celui qui ne peut échapper au fatum tragique du destin, et c’est celui éparpillé par les serres cruelles des femmes qui le déchirent. Comment saisir Orphée alors même qu’il n’est pas une œuvre, ni un auteur, mais un mythe qui ouvre la porte de la littérature pour toute une civilisation et pour ses descendants ?
L’obstination peut être contagieuse. Près de soixante ans après la mort de Spicer (le 16 août 1965), la Maison de Jack n’en finit pas de se bâtir. Nous l’habitons, sinon en poètes, disons en curieux – en fureteurs jamais en repos. Quand le domaine est entretenu avec élégance – c’est souvent le cas quand on se déplace à l’écart des grandes voies –, on ne peut que s’y sentir à l’aise.
La façon la plus certaine de situer Franck Venaille consiste à dire ce qu’il n’est pas, à dire le monde auquel il n’appartient pas et à quel régime de sensibilité il se refuse. Ici il n’y a pas de mondanité, pas de pose d’artiste, il n’y a ni égoïsme, ni arrivisme ou carriérisme, il n’y a pas ces faussaires qui batifolent d’un air faussement pénétré comme convaincus eux-mêmes de leur propre personne. Non. C’est une autre manière d’être que sa poésie démontre : aiguë, sourde, viscérale, sanguine ; écorchée, froide, réfléchie, heurtée. Un art comme il en existe peu, car il existe peu d’œuvres qui refusent autant les concessions, concessions qui n’empêchent pas l’art mais qui limitent, adoucissent et tempèrent l’extrémisme dont il peut faire preuve.
Résumé des épisodes précédents. Ceci est un journal de lecture dont le principe est de s’ouvrir à ce qui arrive : de s’adonner au plaisir de lire, non par longues périodes, mais disons deux ou trois fois par jour, et en tous lieux – train, métro, salle d’attente, jardin public, bureau, chambre à coucher –, changeant de livre en fonction de la posture du corps et de la qualité de silence environnant. Et quand de maudits retards d’endormissement se profilent, on en vient à dévorer certaines pages qu’on aurait pu laisser tomber.