Tout commence un soir d’été, au bord d’un lac, dans une ville universitaire justement « bâtie sur trois lacs », Madison, jamais nommée. Wallace hésite à rejoindre ses camarades. Il « se posta sur une terrasse en hauteur et considéra la mêlée, tentant de repérer son propre groupe de Blancs », Miller, Yngve, Cole et Vincent. Tous sont étudiants en troisième cycle de biochimie dans cette ville du Midwest, leur promo « était la première depuis plus de trente ans à inclure un Noir », Wallace. En une scène, véritable précipité, Brandon Taylor pose un cadre qui est aussi un programme romanesque, entrer dans le genre si codifié du campus novel depuis un regard excentré. Wallace est cette marge, par son origine sociale, par sa couleur de peau, par sa personnalité en retrait.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Dans un monde abîmé par l’être humain, comment donner à entendre les voix du vivant ? Comment écrire une Terre où l’espoir réside en d’autres êtres, en d’autres sensibilités que les nôtres ? A quoi tient notre perception des non-humains ?
Le dernier livre de Marie Cosnay est le troisième moment d’une série commencée en 2021 autour de la politique d’immigration européenne actuelle. Il s’agit de mettre au premier plan ce que fait cette politique productrice de mort, de négation des vies non reconnues comme valables. Il s’agit de produire un contre-discours, d’affirmer ce qui est fait politiquement mais aussi, surtout, ces vies en elles-mêmes, les espoirs, les rêves, la recherche de la vie par ces corps et ces esprits vivants.
Sous l’influence des crônicas de Clarice Lispector, une série de textes du poète américain Guy Bennett publiés tout au long de l’année 2024.
Après avoir publié l’an dernier Ordure, d’Eugene Marten, les éditions Quidam publient aujourd’hui En aveugle, livre aussi étrange que le précédent.
« Je deviens sans doute un peu folle
Perdue dans ma lignée »
(Pauline Delabroy-Allard, Maison-Tanière, L’iconoclaste, 2021)
Que dit un prénom de soi comme de ses origines ? Avant d’être enceinte, Pauline ne s’était jamais demandé pourquoi « Jeanne, Jérôme, Ysé » accompagnent son prénom principal. Mais là, alors que la narratrice entreprend des démarches administratives pour obtenir une carte d’identité, sa première, elle s’étonne : pourquoi ces quatre prénoms dont un masculin ? « Ce n’est pas anodin, tout de même, d’être ainsi escortée dans l’existence par trois inconnus ».
C‘est l’histoire d’un poète, comme il en existe tant : un jour il vient, il vit, il aime, puis souffre et meurt. Parfois ces gens-là meurent et sont oubliés et rejoignent l’humus général du monde, d’autres fois, ayant réussi le long parcours de l’œuvre, quelque chose en reste et surnage dans la scorie des siècles, et on en garde traces ; peut-être sont-ils lus, aimés, honnis, peut-être vivent-ils ainsi ; parfois même on romance leur vie- pour s’en souvenir davantage.
Ayant à peine épuisé une petite pile d’ouvrages – lus, parfois relus, et pour leur quasi-totalité recensés dans ce Journal de lecture –, une nouvelle se forme, tandis que d’autres autres se renforcent. Il y a principalement la pile « Poésie, etc. », la pile « Bande dessinée, etc. », la pile « Art & Cie », et plusieurs non nommées où tout se mélange. Chacune d’entre elles semblent à disposition du commentateur pour qu’il recharge ses batteries : pour qu’il retrouve le sens de la digression, alors qu’il aspire le plus souvent au retrait (le Terrain vague étant le lieu où ces deux conduites s’accordent).
Si le roman gothique est l’inachevé́ poursuivi par l’imagination, que se passe-t-il dès lors que cette imagination est exacerbée par la crainte du féminicide ? En revisitant le roman gothique, arqué autour du suspens, du mystérieux et de l’inachèvement, l’autrice suédoise Johanne Lykke Holm, construit un glissement subtil d’une destruction à une autre : de la ruine comme symbole d’une époque détruite à l’assujettissement destructeur de la domestication.
Dans la famille des identités multiples de Louis Aragon, demandez le surréaliste. Nous sommes en 1924, et en enjambant un siècle, vous avez fait une très bonne pioche : malgré un discours noir et déséspéré auprès de ses amis, le jeune écrivain (né en 1897) se tient dans la période la plus prolixe de son œuvre. Il écrit alors des centaines de pages étourdissantes qui vont aboutir aux joyaux Le paysan de Paris et La Défense de l’infini.
Récemment, la littérature autour de la violence incestuelle se multiplie, tissant une trame de plus en plus serrée d’expériences singulières mais qui, par cette multiplication et ce tissage, se mettent à résonner ensemble. Dans ce contexte, le recueil Firestar d’AD Rose se distingue par une écriture trash, gonzo, une poésie sans lyrisme qui recueille l’écume rougeoyante de la violence et se présente comme la première étape pour construire un espace discursif dans lequel penser en commun le fait incestuel.
Cécile A. Holdban désirait faire résonner une autre histoire, celle à travers les âges d’une poésie « écrite par des femmes », de Sappho à Christine de Pizan jusqu’à Marceline Desbordes-Valmore. Mais entre le siècle dernier, qui dans la perspective qui était la sienne ne ressemble à aucun autre, et les époques précédentes, elle constata que le chant était trop discontinu, ou que la dimension encyclopédique trahissait des manques qu’il aurait fallu malgré tout justifier. Premières à éclairer la nuit est un portrait épistolaire de quinze femmes poètes, toutes traversées différemment par l’histoire du XXe siècle.
« Les intellectuels ne se promènent pas torse nu, ils meublent leur appartement avec soin et se battent pour le pouvoir ; lui semblait flotter comme un ange à l’intérieur du monde des idées. » Tout Yannick Haenel se tient dans cette description du Trésorier-payeur, le prodigieux personnage qui donne son titre à un roman qui transcende la rentrée littéraire.
Quelquefois les citations que l’on trouve dans les emballages des papillotes ont raison : d’un grand chagrin peut naître un bonheur durable. Dans le cas de Jennifer Kerner, ce bonheur consiste à participer à des fouilles dans le monde entier afin d’étudier des cadavres. Cela peut paraître étrange…
Jusqu’au 27 mai 2024, un musée consacre à Jacques Lacan, figure intellectuelle majeure du XXe siècle, sa première exposition, par le prisme lumineux de l’art. Plus de quarante ans après la mort du psychanalyste et grand théoricien de la pensée et pour la première fois en France, le centre Pompidou Metz accueille des chefs d’œuvres et des créations plus contemporaines qui ont marqué l’histoire de l’art du XVIe siècle à aujourd’hui.