Hanif Kureishi est un romancier des corps, de la sexualité, un anatomiste du couple et des relations amoureuses, du désir — « l’anarchiste originel, le premier agent secret » (Intimité) — son dernier roman L’Air de rien (The Nothing), à paraître le 28 septembre prochain aux éditions Bourgois, le prouve une nouvelle fois.
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L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Oui, en lisant le remarquable numéro des Temps Modernes, coordonné par le jeune chercheur africaniste Étienne Smith, se rappeler les Guerres Africaines de la France (1830-2017), pour reprendre le titre de la revue.
Tout, dans la vie de Marilyn Monroe attire le récit : les paradoxes d’une femme caméléon, de Norma Jean à la star hollywoodienne ; ses amours avec d’autres icônes, du sport (Joe DiMaggio) ou des lettres (Arthur Miller), du cinéma, de la politique ; la faille de son être, entre clarté et obscurité, jusque dans son nom ou l’image que l’on veut avoir d’elle et contre laquelle elle luttera en vain ; une vie qui commence dans la misère et l’abandon (mère schizophrène et internée), qui prend son essor sous le signe du conte de fées (au point que Marilyn se rêvera princesse sur le rocher monégasque) et s’achève en tragédie. Marilyn, soit un aimant et des failles qu’explore Joyce Carol Oates dans l’un de ses plus grands livres : Blonde.
C’est peut-être toujours à la rumeur de la matière, à l’incandescence des choses tues que Célia Houdart confie depuis bientôt une dizaine d’années chacun de ses romans. Tout un monde lointain qui paraît cette rentrée chez P.O.L. ne fait pas exception à la règle et installe sans détour possible son auteure comme l’une de nos romancières capitales.
La revue Muscle est un étrange objet : une feuille pliée en quatre, imprimée recto/verso, deux textes d’auteurs différents par numéro.
J’aurais voulu parler de Ce texte et autres textes paru en 2015, car celui-ci plane autour de L’ la phrase. L’ avec des beautés d’orage. Mais ma langue s’est nouée à la lecture de l’article que Claro lui a consacré.
Le 18 février 2008, Joyce Carol Oates entre dans « cette phase nouvelle – posthume – de sa vie » : Ray, son mari depuis « 47 ans et 25 jours », vient de s’éteindre. La voilà veuve, tentant d’apprivoiser ce mot, nouveau, incompréhensible, véritable litanie de J’ai réussi à rester en vie. « Car il est évident que l’identité de veuve l’emporte sur toute autre, celle d’individu rationnel comprise. »

On a tort de mettre en doute l’existence des fantômes. Nous devons ce scepticisme à deux causes convergentes : le scientisme positiviste hérité du XIXe siècle et l’empire intellectuel du capitalisme marchand. Au contraire des marchandises dont la seule réalité est une « valeur d’échange » et qui existent d’autant plus que leur commerce est plus intense, les fantômes qui nous visitent et dans l’intimité desquels nous vivons nos heures les plus vraies, vis-à-vis décisifs et sombres au miroir de notre sang, jouissent d’une pure « valeur de jouissance ».
« Cher Gustave Flaubert, qui a tué Emma Bovary ? »
La notion de « genre » telle qu’elle est travaillée par les études de genre a mauvaise presse en France. Si celles-ci demeurent marginales dans l’université française, elles souffrent de plus d’une opposition acharnée et bête de la part de groupes politiques ou de « personnalités » médiatiques qui, de manière évidente, en ignorent à peu près tout.
Dans sa forme même, Prends garde matérialise la double face de tout fait divers écrit, entre histoire et roman : au recto du livre, couverture sur fond rouge, le récit romancé de Milena Agus ; au verso du livre, couverture sur fond gris, les faits relatés par Luciana Castellina. Le lecteur décidera par où commencer, le sens de lecture influant évidemment sur la perception du même fait.
On pourrait dire de Joyce Carol Oates qu’elle écrit comme elle respire, mais sans doute respire-t-elle parce qu’elle écrit. Elle poursuit depuis des décennies une œuvre prométhéenne, dans sa volonté de dire l’Amérique d’aujourd’hui et d’hier, à l’image d’un Balzac pour la France, dans les années 1830-1840. Des traits de caractère que l’on retrouve dans son dernier roman, Mudwoman, paru dans une traduction de Claude Seban en 2013 chez Philippe Rey et désormais disponible en poche chez Points.
C’est en diptyque que David Vann analyse le rapport névrotique des États-Unis aux armes : Goat Mountain qui « consume les derniers éléments qui, à l’origine m’ont poussé à écrire : les récits sur ma famille et sa violence » et Dernier jour sur terre qui revient sur une tuerie dans une université américaine, le 14 février 2008. Les deux livres ont la violence en partage, une analyse de sang froid des racines du mal, puisant dans la biographie de l’écrivain, le rapport de sa famille au sang, à la chasse, aux armes.
Il est des livres qui emportent par l’histoire qu’ils proposent, puissante, véritable lame de fond qui masque le tour de force littéraire qu’une telle puissance suppose : Vera est de ceux-là. Ce pourrait être une histoire d’amour (impossible, dévastatrice), un roman d’apprentissage, un roman social. Tous ces types de récits sont là et pourtant ailleurs, comme un horizon, un idéal et peut-être une béance.
Le 31 août prochain paraîtra aux éditions Liana Levi, dans une traduction de Fanchita Gonzalez-Batlle, Là où l’histoire se termine, roman d’Alessandro Piperno sur la filiation et les soubresauts de l’histoire contemporaine, quand tout se fragmente et implose.