Il y a une scène particulière dans la série Penny Dreadful (créée par John Logan en 2014, et qui rassemble des personnages emblématiques de la littérature fantastique de l’Angleterre Victorienne, de Dracula à Frankenstein) que tout amateur de cette intrigue en trois actes ne peut avoir oubliée : Vanessa Ives (son héroïne tourmentée, incarnée par Eva Green) raconte à Ethan Chandler (Josh Hartnett, son acolyte lycanthrope) sa rencontre avec la sorcière qui l’a initiée.

Après la sortie en DVD &/ou Blu-Ray chez Potemkine de deux films de Jacques Rivette en copies restaurées (Céline et Julie vont en bateau et Le pont du Nord), assez rapidement suivie par celle de La Religieuse chez StudioCanal, et en attendant la publication en tir groupé de Duelle, Noroît et Merry-Go-round annoncée chez Carlotta, ce sont les Textes critiques du cinéaste qui nous sont aujourd’hui proposés chez post-éditions.

Sans doute lit-on peu de ces livres-césures qui, de l’époque et du passé, entendent faire place neuve ou tout du moins en dessiner un destin neuf, au prix de la mort d’une idée et des auteurs. Et sans doute Poéticide de Hans Limon qui vient de paraître aux éditions Quidam appartient-il à cette énergie sans faille. Roman, poème, poème du roman, roman contre la poésie, assassinat de poètes : carrefour et compression génériques, Poéticide ouvre de nombreuses questions sur lesquelles Diacritik est revenu avec son auteur le temps d’un grand entretien.

Anna Tsing l’écrit dans Le Champignon de la fin du monde, sans doute le capitalisme est-t-il, d’abord et essentiellement, le règne de la précarité. Tout lui est ressource et matière première, qu’il s’agisse des vivants (humains et non-humains) ou de la nature : « La précarité est la condition de notre temps », ce que montrait, en 2009, l’enquête de Florence Aubenas sur Le Quai de Ouistreham, récit de crise, dans toutes les acceptions de ce terme.

En 2018 la question des médias est centrale. Mais comment réfléchir à cette partie majeure de notre système social ? Télés allumées en permanence dans les foyers, radios dans les autos, presse écrite qui se dresse en autorité intellectuelle, et des réseaux dits sociaux… Ils sont sociaux, certes, mais ils sont surtout mentaux.Car c’est bien du mental qu’il s’agit. Alors cette matière, ces médias, est-ce qu’ils représentent une hyper information ou de l’hyper mensonge ? Au sein de notre corps, que se passe-t-il lorsque cette information, ce substrat de vérité, se répercute sur nos comportements ?

Il s’agit de mouvements : crever, percer, déplacer, déplacements. Les mouvements sont subis ou agis, collectifs ou singuliers – le singulier et le collectif, ici, ne se distinguant pas vraiment. Il s’agit d’action et de passion, d’affects et de politique, et de soi comme des autres. Il s’agit d’un mouvement général : effacer les frontières, les percer, les déplacer, les déborder.

« Chaque mot a son odeur : il y a une harmonie et une dissonance des parfums, donc aussi des mots » avançait vigoureusement Nietzsche dans Humain, trop humain pour révéler, en une alliance sans égale, combien le savoir ne pouvait procéder que de la saveur : du goût du monde laissé dans la parole ou ce qui en tient lieu.

Gustave Lanson pubilait son Histoire de la littérature française en 1894. Elle restera la grande référence historico-littéraire pendant près d’un siècle. Dans le même mouvement, elle assurera le succès de tout un positivisme ambiant. C’est un sociologue qui, un siècle plus tard, va nous sortir de cette lourdeur positiviste un peu bornée. Et avec ses Règles de l’art de 1992, Pierre Bourdieu nous proposera de voir la même histoire des lettres de façon radicalement autre, la transformant en histoire sociale perçue dans la perspective d’un relativisme structurel.

Ce qui t’appartient, premier roman de Garth Greenwell est de ces textes qui résistent à la critique tant ils reposent sur une atmosphère davantage que sur une histoire, tant ils séduisent par l’univers singulier qu’ils construisent. Il y a pourtant une histoire, celle d’un professeur américain qui réside à Sofia pour enseigner à l’American College, d’un homme en exil de son pays mais pas de lui-même, entravé dans son désir, ses angoisses, sa peur. « Nous désirons toujours trop ou pas assez, et le reste n’est que compensation ».

La connerie est-elle innée, inévitable, inhérente à chacun, affichée ou sournoisement tapie sous les atours d’une intelligence moyenne ou la simple expression d’une bêtise évidente ? Une question complexe (et  des réponses qui le sont tout autant) que propose d’embrasser l’ouvrage collectif Psychologie de la connerie, paru aux éditions Sciences Humaines.

« Pas une image juste. Juste une image » dit Godard. Mais mon chagrin voulait une image juste, une image qui fût à la fois justice et justesse : juste une image mais une image juste. (Roland Barthes, La Chambre claire)

Trois livres : L’Exposition, Supplément à la vie de Barbara Loden, La Robe blanche.
Trois femmes : La Castiglione, Barbara Loden, Pippa Bacca.
Trois moments : la fin du XIXe siècle, les années cinquante, la première décennie du XXIe siècle.
Trois domaines où intervient l’image (photographie, cinéma, performance) convoqués chacun au moment de leur pleine affirmation artistique.