La revue Chimères a été fondée par Félix Guattari et Gilles Deleuze en 1987. A partir des propositions théoriques et pratiques de ses deux fondateurs, elle se veut depuis presque 30 ans un lieu de développement et d’expérimentation de rapports inédits entre psychanalyse, philosophie, art et politique. Cet entretien avec Jean-Claude Polack, Anne Querrien et Valentin Schaepelynck est aussi l’occasion de revenir sur le parcours et la démarche foisonnante de Félix Guattari.

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Comme l’air, l’espace, l’azote et le dioxyde d’azote, l’ineffable nous entoure tout le temps : c’est tel rayon de soleil à travers la branche qui bourgeonne dans le square, c’est tel regard dans le métro, le cri d’une mouette au-dessus de Paris, le bruit de la neige poudreuse sous les pas, celui des feuilles mortes au bord du grand canal à Versailles, une odeur de vin chaud, de cannelle, tel regard d’enfant qui s’appuie gravement sur vous, dans la file d’attente d’un magasin, vous ne savez pas pourquoi, vous ignorez ce que ça veut dire mais ça s’imprime en vous à jamais, c’est aussi la façon dont cette vieille dame monte dans le bus, telle pensée fugace qui vous fait rater votre station de métro, c’est enfin ce chaos dans la tête au moment de s’endormir, toute la tristesse et la fatigue du monde. C’est cela et tout le reste, c’est surtout tout ce qui échappe à la moindre définition, toute la musique aussi bien. Le silence avant et après la musique.

Commencez une phrase par l’ineffable c’est, et vous êtes sûr de rater votre cible.

Capture d’écran 2016-02-22 à 09.29.56« Nous n’avions notre place nulle part, lui disait-il, aucun endroit sur terre ne voulait de nous » : cette phrase d’un Dernier refuge avant la nuit de Gwen Edelman (2002 dans sa traduction française) pourrait presque dire son second roman, Le train pour Varsovie qui vient de paraître chez Belfond : quarante ans après, deux survivants du ghetto de Varsovie reviennent sur les lieux qui ont vu leur vie basculer. Jascha et Lilka vivent désormais à Londres, lui est un écrivain célèbre, il a été invité à faire une lecture à Varsovie et Lilka a fini par le convaincre de s’y rendre, dans l’espoir qu’il leur soit possible de revenir en arrière et de mettre fin à une vie d’exil tout autant intérieur que géographique.

Toute la semaine dernière, Diacritik a publié une série d’articles centrés sur littérature et art, dans ces croisements qui furent à l’origine même de notre journal : art contemporain, roman, essai, photographie, série télé, bande dessinée, cinéma et leurs échos infinis, comme une toile et un récit pour dire et penser le contemporain.

Umberto Eco (1932-2016) est mort vendredi soir, il avait 84 ans. Le monde des lettres perd un immense théoricien des signes et du langage, dont les travaux sur le lecteur, la réception, les médias, l’esthétique, l’art de la fiction demeurent parmi les plus importants de ces dernières décennies. Il était venu tardivement au roman, avec Le Nom de la Rose, en 1980, enquête policière médiévale (et borgesienne), « livre fait de livres » et empire des signes, dont la traduction en plus de 40 langues et l’adaptation cinématographique lui valurent une renommée internationale.

Performance de l’Encyclopédie de la parole
Performance de l’Encyclopédie de la parole

Première station : Une chorale s’installe sur scène et la parole commence à jouer. Modulée par la gestuelle d’un chef d’orchestre installé parmi le public, la parole fait entendre sa pulsation. Les voix se croisent, se superposent, se multiplient. Indistinctes, elles offrent les possibilités du dire de plusieurs singularités qui prennent un sens dans le collectif, comme à vouloir souligner la force de ce souffle, sa mobilité, sa diversité, sa vivacité et en même temps la précarité de l’un face au multiple. Ce mouvement se propage dans La Maison de la Poésie, s’élève, retentit dans le public, devient murmure, se tait.

La revue La Femelle du Requin, créée à l’automne 1995 et toujours plus vivante, entretient un rapport exigeant avec la littérature contemporaine, entre lenteur et vertiges. Pour les vingt ans du Requin, « l’âge de tous les possibles », un livre, paru au Tripode, rassemble vingt entretiens dans un volume qui est moins un anniversaire ou une anthologie que le feuilleté, vivant et passionnant, d’un temps et un espace : la littérature.

Lorsque des chanteurs sont en duo, ou dans le cas d’une chorale, il arrive qu’il y ait création d’une ligne vocale qui n’existerait pas sans chacun, mais qui en même temps n’est chantée par aucun d’eux, un chant autonome bien qu’inséparable des chanteurs, lié aux individus et au-delà d’eux. La musique, le chant créent alors une entité nouvelle, tiers flottant et anonyme.

Lionel Ruffel
Lionel Ruffel

« Tout problème en un certain sens en est un d’emploi du temps » affirmait, depuis sa coutumière intransigeance, Georges Bataille au seuil résolu de sa méthode de méditation qui désirait lui faire apercevoir, au-delà des sombres voiles d’un temps toujours à soi dérobé, l’instant souverain d’une expérience qui dirait la matière du présent, lui trouverait son nom enfin réel dans le langage et n’abandonnerait pas le contemporain à la part maudite de toute pensée. Nul doute qu’une telle conception qui dessine le temps comme une savante et multiple architecture dont le présent se tiendrait comme l’indépassable et permanente clef de voûte trouve un fracassant écho dans Brouhaha de Lionel Ruffel, puissant essai sur le sens du contemporain et de ses mondes qui vient tout juste de paraître chez Verdier.

Vittorio Gassman, Sophia Loren, Fantômes à l'italienne

Cas d’espèce, cas isolé ou cas pendable ? Avant toute chose, Le Cas Annunziato premier roman de Yan Gauchard, est un objet littéraire aussi plaisant qu’intelligent, qui interroge en outre discrètement notre mode de vie moderne, intempestif, surconnecté…
L’occasion aussi de se replonger dans une atmosphère florentine dans l’ombre comme dans la lumière.