Un terrain vague, au centre d’un ensemble de maisons réservées à des militaires algériens : des enfants en ont fait leur terrain de foot et l’espace de leurs rêves de grandeur. On les nommera bientôt Les petits de Décembre, dès lors qu’ils organisent une résistance au projet de construction de deux villas sur leur espace de jeux. Alors que l’Algérie se lève contre les vieilles oligarchies militaires, il est bon de relire le dernier roman de Kaouther Adimi, allégorie d’une jeunesse qui refuse ce dont elle devrait mais ne veut plus hériter.
Category Archive: Livres
L’actualité des publications françaises et étrangères ; fiction et non fiction. Sans exhaustivité, parce qu’elle est impossible et sans contrefaçon (mais pas que par des garçons). Des choix, des passions, de grosses colères aussi. La lecture des têtes de gondole que nous mettrons parfois au carré. Des portraits des acteurs du monde du livre. De longs entretiens parce qu’un livre ou une collection, ce ne sont pas deux ou trois phrases choc. Et parce que l’actu est trop souvent un diktat (et une course contre la montre perdue d’avance), de grands livres publiés dans les mois ou les années, voire les décennies et même siècles qui précèdent, parce que les grands livres n’ont pas de date de péremption.
Toutes mes tentatives d’écriture, sans exception, se sont concentrées sur cette hypothèse et sur la question suivante : qu’y a-t-il de valeur, dans la culture noire, que l’on peut perdre, et comment peut-on le préserver et le rendre utile ? (…)
Je veux dire : la civilisation noire qui fonctionne à l’intérieur de la blanche. (p. 282).
Traduit de son ouvrage original, The Source of Self-Regard, par Christine Laferrière, La Source de l’amour-propre paraît chez Christian Bougois éditeur en octobre 2019, à titre posthume puisque l’écrivaine est décédée le 7 août 2019.
« Le temps ne fait rien à l’affaire. Ce m’est toujours une surprise que mes contemporains, qui croient avoir conquis et transformé l’espace, ignorent qu’on peut rétrécir à son gré la distance des siècles. », Marguerite Yourcenar, Carnets de notes de Mémoires d’Hadrien
Saint Syméon stylite a existé. Chacun a, au moins une fois, rencontré son nom. Théodoret, évêque de Cyr, a existé lui aussi, même si on le sait moins. Ils ont tous deux vécu en Syrie au Ve siècle après J.C. Le second, surtout, a été le biographe du premier.
Dans un Paris jaune éclatant, Étienne Dardel couvre manifestations et soulèvements, il documente l’urgence et les dérapages policiers. Sous cette identité fictionnelle, on reconnaîtra facilement David Dufresne, auteur du roman — c’est le terme revendiqué en couverture — le plus furieusement politique de ces derniers mois, Dernière sommation, sous couverture jaune paille, un récit qui articule les événements brûlants d’un quinquennat qui ne cesse de déraper.
Après plus de deux heures de torture visionnage de 6 Underground de Michael Bay sur Netflix, on est en droit de se demander s’il ne faudrait pas amender les Conditions Générales de Vente que l’on accepte en s’abonnant à la plateforme créée par Reed Hastings et Marc Randolph : pour ajouter que l’engagement librement consenti se fera pour le meilleur de la quantité et souvent pour le pire de la qualité.
Si une mise à jour de l’Anthologie de l’humour noir d’André Breton devait se publier, une chose est sûre, A l’ennemi qui ne m’a pas laissé le temps de le tuer, que l’on doit aux Éditions Moires, y figurerait en tête.
Au cœur d’Une écologie décoloniale, récemment publié au Seuil dans la collection « Anthropocène » et lauréat 2019 du prix de la FEP (Fondation de l’Écologie Politique), un problème dont Malcom Ferdinand emprunte la formule à Hannah Arendt : comment “faire monde”.
Le premier roman d’Evelyne Trouillot, Rosalie l’infâme (2003), vient d’être réédité par les éditions Le Temps des Cerises. On ne peut que s’en féliciter pour plusieurs raisons.
À l’envers la mer dans le dernier roman de Marie Darrieussecq, à l’envers ceux qui tentent d’y (sur)vivre, à l’envers nos espoirs et nos repères. Qui serait un héros aujourd’hui ? « We can be heroes, just for one day », chantait David Bowie, en exergue du livre, une chanson qui revient au cœur du roman, Bowie qu’on écoutait sans savoir « ce que ça voulait dire ». On avait beau « traduire mot à mot, non », on ne savait pas alors. « Le plafond tournait », comme la planète. Mais rond, vraiment ?
Pierre Lecœur, critique, poète et essayiste, fait paraître, avec Le blason de lichen, son premier ouvrage de prose narrative, aux éditions Fata Morgana. C’est un beau livre-texte et objet.
« On ne t’a jamais dit que la littérature ne parle jamais de choses gentillettes, même quand ça se passe sur une île ? », écrivait Juli Zeh dans Décompression (2O13) qui se déroulait déjà sur l’île de Lanzarote ; phrase qui apparaît désormais comme le programme de son nouveau roman puisque, dans Nouvel an (2019), Henning passe lui aussi ses vacances de Noël en famille sur cette île des Canaries.
On sait la romancière allemande Juli Zeh experte en thrillers psychologiques, tendus et denses. Décompression, qui vient de sortir en poche chez Babel, dès son titre qui renvoie d’abord à la plongée sous-marine au centre du récit, ne déroge pas à la règle.
1919. L’Inde est toujours britannique et subit la loi de l’Empire via le Rowlatt Act qui donne tout pouvoir au gouvernement anglais pour enfermer les agitateurs politiques. A Calcutta, un jeune capitaine de la police de Sa Majesté enquête sur le meurtre sauvage d’un Sahib. Avec L’attaque du Calcutta-Darjeeling, Abir Mukherjee signe un premier roman policier dense et maîtrisé, sur fond d’aspiration des peuples à disposer d’eux-mêmes et de fin de l’ancien monde.
La collection « La librairie de Guy Debord » des éditions de l’Échappée s’agrandit. Après Stratégie en 2018, voici la parution de Poésie etc., deuxième tome des fiches de lecture de l’immense penseur disparu il y a 25 ans, le 30 novembre 1994. Une plongée inouïe juste au dessus de l’épaule d’un classique plus extraordinairement juste que jamais.