Il ne fait guère de doute qu’en proposant un recueil des nouvelles de Ken Liu, Ellen Herzfeld et Dominique Martel, les bibliographes du site Quarante-Deux, savaient qu’ils allaient rééditer le triplé gagnant des recueils de Greg Egan Axiomatique (2006), Radieux (2007) et Océanique (2009), chez le même éditeur. De fait, l’auteur sino-américain est l’un des nouvellistes les plus récompensés de ces dernières années, pour des nouvelles aussi originales que réussies, alliant la force des idées à la beauté de l’écriture. Avec ses dix-neuf textes, La Ménagerie de papier permet donc de découvrir toutes les facettes du talent de Ken Liu, et le recueil est désormais disponible en poche, chez Folio. Par Samuel Minne

Qu’est-ce qu’un bon film, se demande l’un des personnages des Prépondérants, sinon « deux heures d’illusions pour ne laisser d’illusions à personne ? ». Ce pourrait être aussi la définition de cette ample et décapante fresque historique signée Hédi Kaddour (qui paraît en poche chez Folio) dans laquelle une bande de colons vit suspendue aux années 1920, moment de tensions géo-politiques et socio-culturelles.

« Chaque écrivain qui naît ouvre en lui le procès de la Littérature » lançait naguère Roland Barthes, désignant dans Le Degré zéro de l’écriture d’un geste épris d’intransigeante modernité, cet instant inouï où tout livre débute, à chaque fois, pour définitivement recommencer en soi la Littérature. De telles considérations qui entendent donner, dès son orée, l’écriture comme l’indépassable sursis d’une Littérature perpétuellement redébutée et en redessiner l’impossible histoire depuis son intime faillite toujours reculée résonnent comme le parfait liminaire à la lecture de l’incisive Histoire de la littérature récente, tome I, brûlante d’énergie qu’Olivier Cadiot qui paraît en poche aujourd’hui, chez Folio.

Après Les Bonnes gens, Laird Hunt poursuit sa grande fresque romanesque de l’Histoire américaine avec Neverhome, qui vient de paraître dans la collection de poche, Babel, d’Actes Sud. Ce n’est pas l’Histoire telle qu’un imaginaire collectif aime à la construire et la raconter, ample fresque mythologique, épopée grandiloquente, mais une histoire par des vies minuscules, marginales, étouffées qui, mises en lumière par l’écrivain, sont comme des vues anamorphiques : elles changent la perspective, déséquilibrent ce que l’on pensait savoir, permettent de voir et comprendre autrement.

Depuis quelques livres, Paul Auster infléchit son œuvre vers une dimension (auto)réflexive : on se souvient de son diptyque autobiographique, en 2013 et 2014, Chronique d’hiver, suivi d’Excursions dans la zone intérieure, pendant mental de ce miroir d’encre, non plus le sexe, les cicatrices, la chair pour tenir la chronique d’une vie mais ce qui, dans son enfance, l’a conduit à devenir lui-même, les expériences fondatrices. L’année dernière paraissait La Pipe d’Oppen, désormais disponible en poche chez Babel, un recueil d’essais, discours, préfaces et entretiens, quatorze textes qui forment un nouveau portrait oblique, en éventail, pour définir son propre art poétique à travers l’analyse de Perec (dans son rapport à Truffaut), André du Bouchet, Nathaniel Hawthorne, Jim Jarmusch et d’autres.

Le 17 juillet 1976, aux J.O. de Montréal, un elfe roumain entre dans l’imaginaire mondial. Son défi à l’équilibre, à la perfection et à l’espace suspend le temps et dérègle les ordinateurs qui ne peuvent enregistrer sa note : 10. Elle a quatorze ans, mesure 1,47 m et chacun retient son nom, Nadia Comaneci.

Et si l’avenir de la littérature était la téléréalité ?
Telle est la question centrale du roman de Pia Petersen, Un écrivain, un vrai, qui sort en poche chez Babel (Actes Sud). Gary Montaigu, écrivain américain d’origine française, est une figure de la scène littéraire internationale, il vient d’être couronné par l’International Book Prize à New York. Adoubé par le gotha des lettres, suivi par un très large cercle de lecteurs, l’écrivain est au bord de succomber aux sirènes de la télévision et il finira par accepter de participer à une nouvelle émission, Un écrivain, un vrai, qui suivra à son domicile l’avancée de son prochain roman.

Hanif Kureishi est un romancier des corps, de la sexualité, un anatomiste du couple et des relations amoureuses, du désir — « l’anarchiste originel, le premier agent secret » (Intimité) — son dernier roman L’Air de rien (The Nothing), à paraître le 28 septembre prochain aux éditions Bourgois, le prouve une nouvelle fois.

Tout, dans la vie de Marilyn Monroe attire le récit : les paradoxes d’une femme caméléon, de Norma Jean à la star hollywoodienne ; ses amours avec d’autres icônes, du sport (Joe DiMaggio) ou des lettres (Arthur Miller), du cinéma, de la politique ; la faille de son être, entre clarté et obscurité, jusque dans son nom ou l’image que l’on veut avoir d’elle et contre laquelle elle luttera en vain ; une vie qui commence dans la misère et l’abandon (mère schizophrène et internée), qui prend son essor sous le signe du conte de fées (au point que Marilyn se rêvera princesse sur le rocher monégasque) et s’achève en tragédie. Marilyn, soit un aimant et des failles qu’explore Joyce Carol Oates dans l’un de ses plus grands livres : Blonde.

Le 18 février 2008, Joyce Carol Oates entre dans « cette phase nouvelle posthume de sa vie » : Ray, son mari depuis « 47 ans et 25 jours », vient de s’éteindre. La voilà veuve, tentant d’apprivoiser ce mot, nouveau, incompréhensible, véritable litanie de J’ai réussi à rester en vie. « Car il est évident que l’identité de veuve l’emporte sur toute autre, celle d’individu rationnel comprise. »