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« Le pire, c’est l’hiver », écrivait Marcel Theroux de ces terres Au Nord du monde (2009), quand on laisse derrière soi « les restes de la prétendue civilisation » ; quand, comme l’énonce Cormac McCarthy dans La Route (2007), adviennent « les nuits obscures au-delà de l’obscur et les jours plus gris que celui d’avant. Comme l’assaut d’on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie ». C’est cet espace qu’explore à son tour William Giraldi, une terre glacée où « résonnait l’écho obscur de l’esprit du froid », en lisière de toute civilisation, là où se trouve une vérité enfouie, dérangeante, de l’humanité. Un grand Nord dans lequel vacillent repères et certitudes, ouvrant à l’inconnu, à l’infini de la fable.

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Tout fait divers est un roman potentiel. Capote ou Norman Mailer, pour en rester au domaine américain, en ont donné les codes, que l’on pense à De Sang froid ou au Chant du bourreau, interrogeant les notions de justice ou de crime, et leurs frontières, et renouvelant le genre de l’enquête. Walter Kirn s’inscrit dans leur lignée, sa route ayant, bien malgré lui, croisé celle d’un héros de fait divers, un mystificateur en série, Clark Rockefeller, l’un des plus grands imposteurs de notre époque, Christian Gerhartsreiter, qui se fit passer pour un Rockefeller. Le point de départ du livre est donc biographique : comment peut-on se laisser abuser par un tel personnage quand on est rompu à la fiction, à ses mystifications ?
Puis, lorsque l’intime a été profondément mis à mal, comment redevenir écrivain et du « rebut inorganisé » (Barthes) faire un récit organisé qui permette de dominer ce que l’on ne maîtrise et n’entend pas ? Walter Kirn, d’abord abusé, fait de la fiction dont Rockefeller se pensait le maître, l’instrument d’un retournement et Mauvais sang ne saurait mentir s’inscrit dans les classiques du genre du roman de faits divers, récit glaçant, au scalpel, d’une aventure du sens. Si, comme l’écrivait Barthes, toujours, dans ses Essais critiques, «  il n’y a pas de fait divers sans étonnement »

Ce pourrait être un conte de Noël, avec pingouins, lapins, « armée de chats », un rat sauvé de l’institut Curie, Flush l’épagneul auquel Virginia Woolf consacra un livre et même une « poule qui marchait à reculons ». Un roman, une fable, de ces textes magiques qui échappent aux catégories. Il est signé Geneviève Brisac qui attend de voir passer un pingouin, image pour dire « la lutte épuisante contre l’effacement de tout ». Invitation à une double rencontre : un livre, son auteur.

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Prenez trois personnages, Moshe, Nana et Anjali. Un garçon, deux filles, trois possibilités. Celle du « ménage à trois » en particulier. C’est la trame, éculée (volontairement, essentiellement éculée), de Politique, le premier roman d’Adam Thirlwell, écrivain anglais, né à Londres en 1978, classé dans la liste des vingt meilleurs jeunes romanciers britanniques par la prestigieuse revue Granta, en 2003, pour ce livre.

Julie Otsuka
Julie Otsuka

« Sur le bateau nous étions presque toutes vierges » : « nous », ces femmes japonaises — « certaines n’avaient que quatorze ans et c’étaient encore des petites filles » — qui traversent le Pacifique vers la Californie où les attendent leurs « fiancés », des hommes qu’elles n’ont jamais rencontrés. On est au tout début du XXe siècle. Masayo, Mitsuyo, Nobuye, Kiyono (et tant d’autres rassemblées dans ce « nous ») rêvent de vies nouvelles, d’amour, les photos envoyées au Japon ont fait naître l’espoir. Julie Otsuka trame leurs voix, les mêle en un « nous » incantatoire. Elle suit ces femmes, dit des vies, en de courts chapitres qui construisent, peu à peu, un roman choral aussi puissant qu’il est court et sobre.

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« Ce n’est pas une histoire sur le mariage mais sur la séparation, sur la tentative de briser la forme du mariage pour s’en libérer ».

Les lecteurs français connaissent Rachel Cusk pour ses romans, tous traduits aux éditions de l’Olivier — Arlington Park (2007), Egypt Farm (2008) et Les Variations Bradshaw (2010) et disponibles en poche chez Points. Mais la romancière est aussi une essayiste engagée : en 2001, elle publie A Life’s Work, on becoming a mother, montrant comment grossesse et maternité tiennent socialement lieu d’identité féminine. Un sujet qu’elle aborde également dans Contrecoup (2013) évoquant cette femme soudain devenue mère, découvrant une part « inconnue » en elle à la naissance de ses enfants, une « jumelle », quand l’autre part d’elle-même refuse le diktat social, demandant « juste une certaine marge de liberté, une dispense temporaire du protocole strict de l’identité ». Elle n’est pas « une femme générique » — « la personnalité n’est pas générique ».

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Dans le jargon journalistique, l’ours désigne la liste des collaborateurs d’un journal. Dans l’argot de l’imprimerie, le compagnon typographe — et c’est d’ailleurs le surnom donné au père Séchard dans Illusions perdues. Désormais, grâce à William Kotzwinkle et son Bear Went Over the Mountain publié dans une traduction « au poil » de Nathalie Bru, on associera ce nom à un écrivain (pas comme les autres). William Kotzwinkle : Exercez-vous à prononcer son nom : comme le dit son ours, « souviens-toi de ce que t’as dit Bettina, tant qu’ils ne peuvent pas épeler ton nom à Karachi, tu n’es pas une star ».

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En 1992, Philippe Sollers, éditeur de Paysage avec palmiers chez Gallimard (« L’Infini ») écrit en quatrième de couverture : « Beyrouth n’était qu’une simple préparation à une sauvagerie désormais ouverte et universelle. L’histoire, comme le désir de mort, n’a pas de fin ». Le livre de Bernard Wallet paraît le 7 janvier dans la collection de poche « Souple » des éditions Tristram. Ces « choses vues » au Liban disent l’horreur de la guerre, l’horreur qui s’exerce sur celui qui en est le témoin mais aussi une réalité qui ne peut s’approcher que par fragments et éclats. Et la permanence du conflit.

Comme l’écrit Edna O’Brien — phrase que Philip Roth cite en exergue de La Bête qui meurt (2003) —, « l’histoire d’une vie s’inscrit dans le corps tout autant que dans le cerveau » : là est le sujet même de Chronique d’hiver selon Paul Auster, le récit du rapport qu’entretient un homme avec son corps, comme d’Excursions dans la zone intérieure (publié l’année suivante), chronique d’un cerveau et d’une pensée, de l’éveil au monde d’une conscience.

poppy tara

Écrivain américain vivante, née Mélissa Ann Brite à La Nouvelle Orléans en 1967.
12 romans, 6 recueils de nouvelles, 2 essais et une flopée de nouvelles.

Si vous ne voulez pas fâcher Poppy, appelez-le Billy Martin et parlez de lui au masculin car la papesse en noir est désormais un gros monsieur qui a pris sa retraite. Homme gay dans un corps de femme, écrivain torturé au style gothiquement décadent, Poppy Z Brite est l’une des plumes dark les plus importantes de la littérature underground contemporaine. Que ceux qui pensent aux gothiques de South Park aillent pourrir en enfer, nous enfants de la nuit pleurerons leur ignorance par des larmes de sang en écoutant Bauhaus.