Adapter une œuvre n’est jamais une mince affaire, qui plus est quand il s’agit de concentrer quarante années d’aventures de papier en en deux heures dix-huit de pellicule, fût-elle numérique : en portant Valérian de Christin et Mézières à l’écran, Luc Besson a réussi à son corps défendant à faire voyager son film aux confins du Grand rien. Décryptage et critique aux frontières de la bande dessinée, du cinéma et de la mauvaise foi.

Christophe Honoré (DR)

Après presque douze ans d’absence de la scène littéraire, Christophe Honoré revient en cette rentrée de septembre avec sans doute l’un de ses plus beaux livres : l’inquiet et mélancolique Ton père qui paraît dans « Traits et portraits », la collection de Colette Fellous au Mercure de France. S’ouvrant sur la découverte par sa fille un matin d’un mot malveillant l’accusant d’être un mauvais père, Ton père dévoile un récit des filiations démultipliées où, à la narration policière qui entend bientôt trouver le calomniateur répond la splendide autobiographie en pièces détachées d’une jeunesse bretonne.
Diacritik a rencontré Christophe Honoré le temps d’un grand entretien afin d’évoquer avec lui ce livre qui s’affirme comme l’un des plus remarquables de l’année.

 

Les contraires satyres : avec Extases (qui paraît le 6 septembre chez Casterman) Jean-Louis Tripp explore et expose sa part plus qu’intime, dans un récit autobiographique qui le dispute à l’autofiction et met en scène et en images la sexualité et la construction de soi, l’apprentissage et les fantasmes, le réel et l’imaginaire d’un auteur, narrateur et personnage principal.

Là où l’histoire se termine, le quatrième roman d’Alessandro Piperno, est une interrogation aiguë de la filiation et des soubresauts de l’histoire contemporaine, quand tout se fragmente et implose. Mêlant récit intimiste et peinture sociale pour composer une comédie drôle, féroce et parfois mélancolique, le romancier italien sonde l’histoire récente (le terrorisme européen) et révèle les dessous de la haute société romaine, une « bonne société qui n’avait plus de nom à présent, ni de prestige, ni de distinction, rien, que des stocks options, des notifications d’ouverture d’enquêtes judiciaires, quelques mauvais pressentiments de caste » . Quelque chose se termine, en effet.
En mars dernier, Alessandro Piperno a accordé un long entretien à Simona Crippa et Christine Marcandier, pour Diacritik.

Lola Lafon © Diacritik

Trois femmes puissantes : le titre du roman de Marie NDiaye pourrait servir de fil rouge à quelques livres de cette rentrée littéraire, dont Mercy Mary Patty de Lola Lafon. Son titre décline trois prénoms féminins en colonnes. Patty pour Patricia Hearst, centre opaque d’un fait divers qui a déchaîné l’Amérique des années 70, devenue Tania lorsqu’elle a rejoint le combat politique des membres du SLA, groupe terroriste qui l’avait enlevée. Patty, peut-être aussi pour Patti Smith dont une chanson traverse fugitivement le livre ; mais aussi Mercy Short, Mary Jemison, et d’autres dont le titre garde en creux l’identité, toutes ces femmes qui, de siècle en siècle, désertent le chemin balisé pour les traverses, « fuiront la route pour la rocaille ». C’est à elles qu’est consacré Mercy Mary Patty, elles qui comme ce livre et son auteure ont pour volonté d’« être hors territoire » pour reprendre une phrase de Lola Lafon dans le grand entretien qu’elle a accordé à Diacritik.

Nadia Comaneci

Le 17 juillet 1976, aux J.O. de Montréal, un elfe roumain entre dans l’imaginaire mondial. Son défi à l’équilibre, à la perfection et à l’espace suspend le temps et dérègle les ordinateurs qui ne peuvent enregistrer sa note : 10. Elle a quatorze ans, mesure 1,47 m et chacun retient son nom, Nadia Comaneci.
C’est cette figure que Lola Lafon place, en 2014, au centre d’un roman proche d’une vie potentielle, La petite Communiste qui ne souriait jamais (Babel) : l’exactitude ne sera pas sa règle, charge à la fiction de remplir les silences du récit officiel, à la littérature de dire ce qui échappe, de recomposer cette icône et « idole pop » pour faire sailli ce qu’elle incarne et représente. « Ce que la petite a effectué à l’instant dézingue le déroulement des chiffres, des mots et des images. Il ne s’agit plus de ce que l’on comprend. On ne saurait noter ce qui vient d’advenir. »

La Ballade de Rikers Island de Régis Jauffret est l’histoire de « l’archevêque de la finance mondiale » accusé de viol par une femme de chambre d’origine africaine. Le personnage principal n’est jamais nommé. Il est « il », son épouse est « elle ». En revanche la victime porte son nom réel, Nafissatou Diallo, « Nafissatou la Peule, l’analphabète, tombée dans l’encre des journaux, devenue un petit tas de lettres ». Tout renvoie aux principaux épisodes d’une affaire médiatisée à outrance et tout est pourtant roman, selon le credo inscrit en exergue du livre, « le roman, c’est la réalité augmentée ».