« Je porte plainte ».
La Ballade de Rikers Island (Seuil, 2014, p. 310)

L’œuvre de Régis Jauffret est un puzzle et une mosaïque, Microfictions et Fragments de la vie des gens explorant les marges pour faire « rentrer toute la vie d’un homme ou d’une femme dans une goutte d’eau » — en référence à son premier livre publié, Les Gouttes (1985) — en d’« horribles voyages » dont lui-même dit ne pas toujours sortir « intact ». Depuis 2010 — si l’on considère que Lacrimosa (2008) peut être lu comme une transition entre la veine « imaginaire pur » et la veine « réel mis en fiction » puisque le roman narrait le suicide d’une personne proche de l’auteur —, et en lien peut-être avec le fait qu’il a été le rédacteur en chef du magazine Dossiers criminels, l’œuvre de Régis Jauffret a connu un tournant : si l’écrivain poursuit son exploration d’une humanité malmenée, il se consacre à des affaires judiciaires qui ont défrayé la chronique médiatique, et trois de ses romans sont inspirés de faits divers : l’affaire Stern, l’affaire Fritzl, l’affaire DSK.

Marielle Macé (DR)

Que peut la littérature ? Où commence-t-elle, depuis son dire, à porter les hommes vers eux-mêmes, à venir être leur parole et à décider de leur agir, même tremblant, même fragile ? Peut-elle être l’éveil, même feutré, des hommes à leur propre humanité, toujours dérobée, toujours comme hors d’elle ? Telles seraient, exorbitantes mais pourtant tenues, les grandes questions qui traversent le bref mais décisif texte de Marielle Macé, Sidérer, considérer paraissant chez Verdier en cette rentrée, énergique réflexion qui s’occupe de mettre en lumière le terrible sort des migrants dans la France de 2017.

Gaël Octavia

La Fin de Mame Baby est le premier roman de Gaël Octavia, jusqu’ici connue pour son œuvre dramatique.
Ce livre, qui paraît aujourd’hui dans la collection « Continents noirs » des éditions Gallimard, est indéniablement l’une des belles découvertes de cette rentrée littéraire (lire ici la critique du livre) et l’occasion d’un grand entretien avec son auteure.

Gaël Octavia

Dans une toute petite ville qui ne sera jamais décrite sinon par sa violence et par les noms de fleurs dont sont affublés ses immeubles, donc dans cette petite ville anonyme parce qu’universelle, que l’on appellera simplement le Quartier, Mariette se balance sur un rocking chair, un verre à la main, les yeux dans le vide. Elle divague. Elle rêve à voix haute, pour vous, Lecteur :

Karl Geary © Diacritik

Sur le bandeau de couverture, une citation du Guardian annonce « une histoire d’amour inoubliable ». Inoubliable, le premier roman de Karl Geary, qui paraît aujourd’hui aux éditions Rivages dans une traduction de Céline Leroy, l’est indéniablement. Vera est de ces livres qui imposent une voix et un univers. Et si ce roman est pour une part une histoire d’amour, ce serait le manquer que de le réduire à cette dimension. Comme le dit Karl Geary, dans notre entretien, Vera est d’abord un récit de désirs, un roman de l’intimité, explorant ces tensions qui tout ensemble nous déchirent et nous font agir.

Frederika Amalia Finkelstein par Maud Maillard

Olivier Steiner : Chère Frederika, tu le sais, je ne suis pas critique littéraire, et ce que je fais ici sur Diacritik est un journal dans le Journal, soit un espace de liberté que je veux totale, autant que possible. J’aimerais bien qu’on se parle en écrivant, sachant que ce sera lu, un tiers est donc « là », faisons ça ici sur Messenger.

Célia Houdart

Après les remarquables et poétiques Carrare et Gil, Célia Houdart revient en cette rentrée 2017 avec sans doute son plus beau roman : le délicat et feutré Tout un monde lointain. Racontant l’histoire presque au bord d’être tue de Greco, décoratrice à la retraite sur la côte d’Azur, qui fait la rencontre dans une villa abandonnée du couple formé par Tessa et Louison, Célia Houdart offre un récit du sensible où chaque personnage entre progressivement au contact du monde, du vivant et de la matière.
Diacritik a renconté Célia Houdart le temps d’un grand entretien pour évoquer avec elle ce roman qui s’impose comme l’un des plus importants de l’année.

Frank Smith (DR)

Chœurs politiques pourrait être du théâtre, le titre lui-même faisant signe vers le théâtre. Il pourrait s’agir d’un livre de poésie. Il s’agirait d’un texte politique autant qu’éthique. Il s’agirait d’un essai sur la poésie en même temps qu’un essai sur un mode de vie et de pensée encore nouveau. Le livre de Frank Smith pourrait être tout cela – et c’est effectivement ce qu’il est tout en étant autre chose. S’il regroupe ou traverse ces genres, il ne peut le faire qu’en les dénaturant, en les subvertissant et transgressant, défaisant leurs frontières, leurs conditions, leurs effets. Chœurs politiques n’est figé dans aucun genre, il les traverse, les trouble – livre trans-genre(s) comme il est sans doute une des tâches de la littérature aujourd’hui d’en penser délibérément et activement les conditions et conséquences, et d’en écrire.

Et si l’avenir de la littérature était la téléréalité ?
Telle est la question centrale du roman de Pia Petersen, Un écrivain, un vrai, qui sort en poche chez Babel (Actes Sud). Gary Montaigu, écrivain américain d’origine française, est une figure de la scène littéraire internationale, il vient d’être couronné par l’International Book Prize à New York. Adoubé par le gotha des lettres, suivi par un très large cercle de lecteurs, l’écrivain est au bord de succomber aux sirènes de la télévision et il finira par accepter de participer à une nouvelle émission, Un écrivain, un vrai, qui suivra à son domicile l’avancée de son prochain roman.

Si un inconnu vous aborde est, à ce jour, l’unique recueil de nouvelles de Laura Kasischke, paru aux USA en 2013. Les éditions lilloises Page à Page, après Mariées rebelles (son premier recueil de poèmes, 2016), publient toute cette part réputée moins commerciale de l’univers d’un écrivain dont le public français, qui l’adore, n’avait qu’une vue partielle, n’ayant accès qu’à ses neuf romans. C’était une hérésie :