Dans son nouvel ouvrage Les Mille et une nuits aujourd’hui, Christiane Chaulet Achour, spécialiste des littératures francophones et comparées, part sur les traces des réécritures contemporaines du recueil de contes arabes, d’origine persane et indienne, qui ont marqués des générations de lecteurs. Elle en décrypte les « itin-errances » et en interroge les réinventions et les reprises.

Xavier Boissel est le créateur d’un univers littéraire majeur, de Paris est un leurre (2012) à Capsules de temps (2019), en passant par Autopsie des ombres (2013), Rivières de la nuit (2014), Avant l’aube (2017). La sortie en poche d’Autopsie des ombres, dans la collection Barnum des éditions Inculte, est l’occasion de le (re)découvrir. observe un monde qui se désagrège, une Europe véritable terrain vague. Si pour l’ex-casque bleu de retour du conflit yougoslave du livre « il n’y a plus de lieu possible », la fiction est, pour Boissel, cet espace où les fragments trouvent un sens.

Sylvain Prudhomme a embarqué sur le Pandémonium avec un texte inédit, « La mélancolie des paquebots », 60 notations sur un présent opaque, dérivation maritime et littéraire. Eléa Terrode et Nathan Devillard, qui ont suivi ses masterclasses durant deux ans dans le cadre du Master de création d’Aix-Marseille Université, racontent :

« Dis-nous ce que tu sais. Ce dont tu te souviens ». La première phrase de « Dé mem brer », nouvelle d’ouverture du recueil du même nom pourrait en être son art poétique : écrire depuis les strates du souvenir et d’une perception subjective, forcément partielle, des événements, « comme un tableau noir à moitié effacé ». Ce sera le cas dans la quasi-totalité des sept « histoires mystérieuses » composant le recueil de Joyce Carol Oates qui toutes explorent des violences faites aux femmes mais aussi ce que les noms et les lieux disent et font de nous.

Mille deux cents pages de Jean-Patrick Manchette (dont cinq cents déjà rassemblées en volume en 1997 aux éditions Rivages, mais possiblement neuves pour plus d’une lectrice ou d’un lecteur) paraissent en librairie pour le vingt-cinquième anniversaire de la disparition prématurée de l’auteur du Petit Bleu de la côte Ouest :

« Nous sommes nos écrits. Nous sommes définis par les écrits qui nous entourent. Nous sommes également les écrits que nous provoquons. Et les écrits que nous provoquons deviennent, de fait, les portraits de ceux qui les produisent… » : tel était le postulat de Vie d’hommes illustres d’après les écrits d’hommes illustres d’Anne-James Chaton, rappelé en quatrième de couverture (Al Dante, 2011). Et tel pourrait être celui de Vie et mort de l’homme qui tua John F. Kennedy, paru en mars chez P.O.L, ample mise en réseau des discours qu’une tentative de portrait provoque et produit.

Les photographies n’ont que l’ombre et la lumière pour dire, et, à la rigueur, des couleurs. Dans un livre qui hante, Les yeux fermés, les yeux ouverts – avec Francesca Woodman, Virginie Gautier a donné une voix aux énigmatiques portraits de femmes de la photographe américaine Francesca Woodman (1958-1981), redonnant vie aux mouvements que la prise de vue a figés.

Les 22 nouvelles qui composent Incident au fond de la galaxie, qui vient de paraître aux éditions de l’Olivier dans une traduction de Rosie Pinhas-Delpuech, sont la plus formidable entrée qui soit dans l’univers singulier de l’écrivain israélien Etgar Keret pour qui n’aurait jamais lu ses fables tragi-comiques, des récits qui condensent toute l’absurdité, aussi désespérante qu’hilarante de nos destinées contemporaines.

Le fac-similé intrigue d’emblée. Efficace, intranquille. Sous l’aspect d’une page de brouillon fortement surchargée, il occupe la couverture du livre comme pour exposer sans fausse honte la puissance d’un désir mais aussi bien le scrupule à dire autant qu’à montrer ce qu’on découvrira. Et la chose semble se compliquer encore lorsqu’on met en rapport cette image avec le titre du livre, d’une beauté élémentaire, suggestive, équivoque — Faire la vie. L’affaire risque d’être forte, nous voilà prévenus, pour deux raisons au moins : elle nous regarde et ne va pas de soi.

« Hors du monde » et « hors saison » : tel est l’espace évidé depuis lequel Mathieu Larnaudie compose Blockhaus. Retiré dans une villa normande en front de mer pour écrire, le narrateur se laisse emporter par le génie du lieu, les échos lointains de la grande Histoire et les fracas du monde contemporain, comme autant de colères qui grondent.