Les cent meilleurs romans de langue anglaise selon The Guardian (1/4)

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A
u mois d’août 2015, le quotidien britannique The Guardian a publié un classement intéressant, pittoresque et forcément subjectif de ce qu’il considère être les cents meilleurs romans de tous les temps. La particularité est, en l’occurrence, qu’il s’agit évidemment et exclusivement de publications d’auteurs de langue anglaise, quelle que soit leur nationalité ou leur origine et quelle que soit l’époque. Cette classification, plutôt chronologique que thématique, fait donc la part belle à ce que l’on nomme les classiques de la littérature. Le classement commence avec le XVIIè et le XVIIIè siècles. Par Jean-Louis Legalery.

1- The Pilgrim’s Progress (1678) John Bunyan

2- Robinson Crusoe (1719) Daniel Defoe

3- Gulliver’s Travels (1726) Jonathan Swift

4- Clarissa (1748) Samuel Richardson.

5- Tom Jones (1749) Henry Fielding.

6- The Life and Opinions of Tristam Shandy, Gentleman 1759) Laurence Sterne.

Ouvrage majeur de Bunyan, The Pilgrim’s Progress (1678) fut écrit pendant sa période d’emprisonnement, car l’auteur s’était engagé aux côtés du roi Charles II, pendant la Civil War, pour restaurer la monarchie et lutter contre la censure et la dictature imposées par Oliver Cromwell (qui voulait instaurer une république mais n’installa que la peur et la répression) dont il fut victime. Entre allégories parfois pesantes et métaphores le narrateur, accompagné par ses fidèles compagnons Faithful et Hopeful, entraîne le lecteur vers la résistance à l’oppression. Que le Guardian lui ait donné la tête de liste, outre la volonté chronologique, en dit long sur le rejet total qu’inspire Cromwell dans l’histoire du royaume. Néanmoins c’est une authentique fiction.

Le roman de Daniel Defoe (2) a une aura internationale beaucoup plus importante. A la fin du XIXè siècle c’était déjà l’ouvrage le plus lu et le plus traduit. Les aventures de Crusoe et de son fidèle Man Friday sur son île déserte sont connues dans le monde entier et ont inspiré de nombreux réalisateurs de cinéma et plusieurs auteurs de BD.

Jonathan Swift (à ne pas confondre avec le très contemporain et talentueux Graham) ouvre, avec Gulliver’s Travels, les chemins de la satire et de la fable, dont George Orwell sera un des héritiers avec Animal Farm. Le naufrage de Gulliver l’entraîne vers l’île de Lilliput, où les humains ne sont pas plus grands que des insectes, puis vers Brodbingnag, où les mêmes humains sont des géants, et enfin chez les Houyhnhnms, terre où les chevaux sont dotés de raison, mais pas les humains. Swift fut un précurseur dans l’art de décrire la bassesse humaine.

Si les trois romans suivants ont en commun de mettre en scène la totale dépendance, souvent brutale, des femmes dans la société britannique du XVIIIè siècle, Clarissa est un roman épistolaire, que l’on pourrait qualifier de noir, qui décrit les affres du personnage principal, Clarissa Harlowe, qui refuse le mariage de classe arrangé pour elle et qui sera violée par Lovelace, le courtisan de sa sœur aînée Arabella, et mourra peu après. Avec Tom Jones, son personnage principal abandonné à sa naissance, Henry Fielding entraîne le lecteur vers l’enchaînement d’aventures picaresques qui vont finalement permettre à son héros de retrouver ses racines et son rang. Quant à l’ouvrage de Sterne, il s’agit d’une suite d’aventures rocambolesques, plus imaginées que réelles, de Shandy (qui, en patois du Yorkshire, signifie crackbrained, en bon français contemporain « fêlé du casque ») que le célèbre contemporain de Sterne, Samuel Johnson, a qualifié de eccentric and shallow (excentrique et creux).

Vient ensuite le XIXè siècle avec son cortège romantique, puis la veine pessimiste et enfin l’ouverture sur le Nouveau Monde. Bon nombre de ces ouvrages sont aujourd’hui plus connus par les adaptations cinématographiques ou télévisées qui en ont été faites que par la lecture assidue des jeunes du Royaume-Uni et du reste du monde.

7- Emma (1816) Jane Austen.

8- Frankenstein (1818) Mary Shelley.

9- Nightmare Abbey (1818) Thomas Love Peacock.

10- The Narrative of Arthur Gordon Pym of Nantucket (1838) Edgar Allan Poe.

11- Sybil (1845) Benjamin Disraeli.

12- Jane Eyre (1847) Charlotte Brontë.

13- Wuthering Heights (1848) Emily Brontë.

14- Vanity Fair (1848) William Thackeray.

15- David Copperfield (1850) Charles Dickens.

16- The Scarlet Letter (1850) Nathaniel Hawthorne.

17- Moby Dick (1851) Hermann Melville.

18- Alice’s Adventures in Wonderland (1865) Lewis Caroll.

19- The Moonstone (1868) Wilkie Collins.

20- Little Women (1869) Louisa May Alcott.

21- Middlemarch (1871) George Eliot.

22- The Way We Live Now (1875) Anthony Trollope.

23- The Adventures of Huckleberry Finn (1884) Mark Twain.

24- Kidnapped (1885) Robert Louis Stevenson.

25- Three Men in a Boat (1889) Jerome K. Jerome.

Emma (7) décrit avec une certaine ironie une riche jeune fille de bonne famille, Emma Woodhouse qui, selon l’expression consacrée, a la fâcheuse habitude de vouloir faire le bien autour d’elle et même contre la volonté des gens. Ce sera le cas d’Harriet Smith, la jeune orpheline, qui est littéralement placée sur une rampe de lancement social pour « faire un bon mariage ». Son aveuglement la conduit à la naïveté, puisqu’elle sera dupée par le charme de Frank Churchill, qui tente de la séduire alors qu’il est déjà fiancé à une autre. L’histoire est édifiante sur, une fois encore, le sort réservé aux femmes, et la peinture sociale au vitriol est très intéressante. Néanmoins on pourra s’étonner que le Guardian ait oublié Pride and Prejudice, dans cette première partie. Sybil, The Tale of Two Nations (11), l’ouvrage du premier ministre conservateur (1874-1880) Lord Benjamin Disraeli est du même bois. Sur fond de romance, il montre ces deux nations, the rich and the poor, non pas dans leurs affrontements mais dans la difficulté d’exister pour la seconde nation, pour qui le premier ministre ne question n’a rien fait pour alléger son fardeau.

En revanche on sera reconnaissant au Guardian d’avoir fait entrer dans ces vingt-cinq premiers ouvrages trois des incontournables, trois « monstres » de la littérature américaine, Nathaniel Hawthorne, The Scarlet Letter (16), Herman Melville, Moby Dick (17) et Mark Twain, The Adventures of Huckle berry Finn (23). En revanche l’intrusion de Wilkie Collins (19), qui s’est surtout rendue célèbre par des pièces de boulevard peu engagées et de Jerome K Jerome (25) ne manquera pas de surprendre les spécialistes de la littérature britannique, car les élucubrations de ces trois fonctionnaires de la ville de Londres dans Three Men In a Boat ressemble davantage à un guide touristique au fil de la Tamise qu’à un véritable roman.

(to be continued)…