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Vendredi 22 janvier 2016, 7h34, je me lève et j’écris, une nouvelle page de journal comme je faisais le Passeport, il y a longtemps, pendant les vacances, quand j’étais petit. Bonheur d’écrire pour écrire, de me donner des nouvelles, écriture courante, drôle sentiment de plénitude en ce moment. Ça va faire plus d’un mois que je suis dans ces Hautes-Pyrénées natales, Tarbes, au début je ne devais y rester que quatre jours. Ça se prolonge, je n’ai rien décidé, impression d’être là où je dois être, je reste. Passer et flotter dans la vie comme un bouchon de liège sur un fleuve.

Je veux faire depuis plusieurs jours un papier sur le magnifique nouveau roman de Camille Laurens, Celle que vous croyez. Je n’y arrive pas. D’abord je ne suis pas un critique littéraire et puis Camille est une amie dans la vie, c’est troublant de lire une amie. On reconnaît la voix, les inflexions de la pensée et en même temps c’est une tout autre personne, qu’on ne connaît pas ou mal, qui impressionne un peu, l’auteur.

Jeudi 31 décembre 2015

Vous savez, je ne parle pas de moi parce que je m’intéresse, je parle de moi pour dire le moins de conneries possibles. Moi, la matière moi, ça ne m’intéresse pas, plus, vraiment, si peu. Ce qui m’intéresse encore c’est tout ce qui me traverse et me modifie, tout ce que je ressens, comprends et comprends pas, qui vient de l’extérieur, outside disait MD, les autres, l’altérité. Les autres, l’adversité. Je parle de moi car c’est vous qui m’intéressez.

Christine la sœur de cœur me propose un abécédaire, mon abécédaire, portrait chinois, questionnaire de Proust ou tout ce que je voudrais, genre. Je commence l’abécédaire, tel jour, ça me fait plaisir, j’y vais bon train, de A comme amie à Z comme zut. Le lendemain je regarde je relis, je débande, je vois que tout est menti. Ce seraient d’autres mots, d’autres lettres, des écailles sortent tombent de mes yeux chaque jour et chaque jour elles sont différentes, écailles oui, ou follicules non rompus, chutes. A donc, lettre A mais bébébébé, B, ça s’entête, ça bute, ça ne sort pas, papapapapapa.

Je n’aime pas citer Céline, pas besoin de vous faire un dessin, mais Céline c’est aussi le Voyage, merde, c’est le Voyage quand même, et c’est c’est aussi cette phrase : « Dieu qu’ils étaient lourds » !

Je ne sais pas vous mais je crève de lourdeur, à feu petit, en ce moment, quelle pesanteur quand même, ou est la touche reset pour effacer l’année 2015 ?

Hier je n’avais pas le moral, mais pas du tout, j’étais comme ces chiens qui sentent la mort. Savez-vous que l’odorat d’un chien, son flair, est 10 000 fois plus puissant que celui d’un homme ? Certains peuvent même sentir le cancer.

Hier dimanche la mort était populaire, dans les urnes, populaire, dans toutes les urnes. Quand une vague a grossi elle ne peut que déferler, dévaster, retomber de tout son poids, ce n’est qu’une question de gravité, c’est ainsi. On n’y peut rien, j’y peux rien, de toute façon je suis une des personnes les plus impuissantes du monde. Et je suis fatigué, fatigué. Tellement fatigué. C’est presque comique, je tiens le journal dans le journal mais je me demande si ce n’est pas celui-ci, le journal, qui me tient, finalement. Ou les mots, naïve croyance? Qui lit ? Vous en connaissez, vous, des gens qui lisent vraiment ? Qui sont lecteurs d’eux-mêmes pendant qu’ils lisent ? Deux ou trois peut-être, des dinosaures, une espèce en voie de disparition.

Une petite histoire vraie, j’ai envie de balancer en ce moment, en état d’urgence, comme s’il n’y avait plus de temps à perdre. Une petite histoire vraie, une histoire d’argent. Il y eut une époque dans ma vie où j’ai vécu dans un film, exactement à l’intérieur d’un film. Et c’était génial, le montage était top, jamais de fatigue, pas de temps morts, l’image et la lumière très belles, dialogues réussis, forts, un bon film avec du suspense, des choses économiques, sociales, de beaux décors, du cul et du destin. C’était il y a longtemps, j’étais très jeune, très pauvre et très con.