D comme Deleuze ou le Théâtre des organes miraculés

C’est au Théâtre l’Echangeur à Bagnolet (métro Gallieni ligne 3) jusqu’au 9 novembre. La pièce s’appelle D comme Deleuze et c’est mis en scène par Cédric Orain. Le sous-titre est Conférence un peu mouvementée autour de l’œuvre de Gilles Deleuze. Les acteurs parlants actants sont au nombre de trois : Olav Benestved, adorable et ultra doué extra-terrestre venu de Norvège, Guillaume Clayssen dans le rôle du prof plein de bonne volonté, du passeur généreux, le philosophe des trois à la vie comme à la scène, et enfin Erwan Hakyoon Larcher, qu’on a pu voir dans Les métamorphoses d’Ovide de Christophe Honoré, circassien génial venu de Corée du Sud, c’est peut-être celui a a plus le plus accompli son devenir animal.

Je vais faire simple et rapide, y’a une différence de potentiel dans ma tête depuis que j’ai vu cette pièce, ça fourmille et ça ramifie, ça prolifère, paf, un éclair ! Paf, un zigzag ! Si l’on aime le théâtre il faut se précipiter à L’Echangeur, si on aime la philo aussi, si on aime Deleuze force aimant et si on ne l’aime pas, encore plus ! C »est tout ce que j’ai à dire, au fond, me voilà au degré maximal de ma critique.

Mais quand même, ne serait-ce que pour le plaisir j’en dis un peu plus et voilà qu’au début… vous savez quoi ? ça commence ! Chose évidente ? Pas tant que ça en réalité si on réfléchit bien, si on s’attarde sur le concept. Le début du commencement ne serait pas aussi tangible qu’il n’y paraît, to be continued.

Et en effet, ça continue, aussi, la pièce et la vie. A comme Animal et voilà, nous sommes partis, envolés dans la Montgolfière au-dessus des Mille Plateaux. B. comme boisson (à la tienne espèce de pénultième), C comme Culture (qui n’existe pas comme chacun le sait sauf la rue de Valois, ceci nous sera démontré de façon éclatante), ou bien, tiens, tiens – poke Antonin Artaud – C comme Corps sans organe. Qu’est-ce qu’un corps sans organe ? Ah ah ! Venez et vous verrez. Et puis Q comme Question, et puis O comme Origine, et puis l’intelligence joyeuse d’être, une forme de légèreté si sérieuse, B comme Bonheur d’être ensemble, d’écouter dans la voie(x) de Deleuze. Je suis sûr que les après-midis à l’ombre auprès de Socrate étaient tout aussi sympathiques. Ma main à couper.

Sinon, quoi ? J’en étais où ?

Ah, oui ! O merveille, on y apprend que l’écrivain est comme l’animal, un être à l’affût. Juste un être à l’affût ? O merveilleux raccourci qui rallonge tellement !

Il y a aussi que la psychanalyse s’en prend plein la gueule et c’est rigolo, l’autofiction pas mieux : moi qui aime les deux me suis un peu rapetissé sur mon fauteuil… j’ai pris comme il se doit la fessée du Gilles mais rien n’est jamais méchant chez lui, c’est même salutaire… et puis il a raison ! tellement raison que ce soit sur la tique, le cinéma, le tennis, la nature frotteuse du chat ou le pli en général et en particulier.

Ce spectacle est un bonheur je vous dis ! et ça ne dure qu’une heure 10, même dans la durée c’est élégant. Une autre théorie de l’univers élégant ? Why not ?

Il a fait le saut de l’ange un 4 novembre 1995 le Gilles, il revient en forces et en lignes de fuite, il saute encore à Bagnolet, venez !

« Il n’y a pas d’œuvre d’art qui ne fasse appel à un peuple qui n’existe pas encore. » Gilles Deleuze

Je la refais tellement c’est génial et beau.

Il n’y a pas d’œuvre d’art
qui ne fasse appel
à un peuple
qui n’existe pas encore.

ok ?
vu, entendu ?
capito ? entiendes ?
remplacez œuvre d’art par théâtre….. ou ce que vous voulez….. frisson… vertige….

ps : Savez-vous ce que veut dire Deleuze en norvégien ? C’est proprement génial. La réponse est dans la pièce et je vous promets que ça va augmenter votre puissance d’exister.