Le 20 octobre prochain sortira Livity, le nouvel album de Zombie Zombie. Entre musique électronique et jazz, Krautrock et dance, les sept morceaux qui le composent prolongent de manière particulièrement réussie les expérimentations que le groupe poursuit depuis ses débuts.
Année: 2017
Je relis Philippe de Camille Laurens. Philippe est un livre que j’offre aux amis qui ne croient plus en la littérature, les amis qui me disent par exemple que de nos jours ça se passe au niveau des séries ou du cinéma. Je comprends ce qu’ils veulent dire, et souvent je suis d’accord, mais Philippe, quand même…
Je l’ai en version de poche folio, sur la couverture deux bandes verticales, on devine un morceau d’appartement, une pièce qui a l’air vide, et au milieu, dans l’embrasure d’une porte, baigné d’une lumière blanche et crue, un petit cheval à bascule, vide, immobilisé.
Qu’est-ce qu’un bon film, se demande l’un des personnages des Prépondérants, sinon « deux heures d’illusions pour ne laisser d’illusions à personne ? ». Ce pourrait être aussi la définition de cette ample et décapante fresque historique signée Hédi Kaddour (qui paraît en poche chez Folio) dans laquelle une bande de colons vit suspendue aux années 1920, moment de tensions géo-politiques et socio-culturelles.
Les salariés, à qui on avait déjà promis une vie d’asservissement heureux en leur faisant craindre la misère, se sont réveillés l’an dernier pour découvrir que c’est finalement la misère asservie qu’on leur impose : toujours plus d’efforts, une rétribution toujours moindre et une dignité introuvable. La « loi travail » de l’an passé a démontré qu’un conflit social de haute intensité, qui déjà ne menaçait plus l’ordre social, n’est même plus apte à faire échouer une loi, si scélérate soit-elle. Pour le comprendre, peut-être faut-il rappeler que le « mouvement social » dans sa forme, ses rituels, ses incantations, est finalement lui aussi un produit du travail, une variable stratégique sur laquelle patrons et gouvernants spéculent allègrement, en accord avec les centrales syndicales qui leur sont vendues.
« Quelque chose rôde dans notre Histoire : la Mort de la littérature ; cela erre autour de nous ; il faut regarder ce fantôme en face » s’inquiétait vivement, à l’orée des années 1980, Roland Barthes au moment où, préparant son roman, il entrevoyait combien la littérature allait mourir, combien cette mort, autrefois tenue comme mythe et rhétorique spéculative, allait effectivement advenir à chacun et combien, désormais méduse folle, il fallait la prendre en charge pour la reculer en soi et peut-être parvenir à la nier. Nul doute qu’une telle considération qui promeut la mort de la littérature comme le postulat infranchissable de notre temps pourrait servir d’exergue idéal au deuxième tome de l’Histoire de la littérature récente qu’Olivier Cadiot vient de faire paraître chez P.O.L. tant il s’agit pour le poète non seulement de regarder cette mort en face mais d’en être la méduse renversée : de faire mourir de sa belle mort la mort même de la littérature.
« Chaque écrivain qui naît ouvre en lui le procès de la Littérature » lançait naguère Roland Barthes, désignant dans Le Degré zéro de l’écriture d’un geste épris d’intransigeante modernité, cet instant inouï où tout livre débute, à chaque fois, pour définitivement recommencer en soi la Littérature. De telles considérations qui entendent donner, dès son orée, l’écriture comme l’indépassable sursis d’une Littérature perpétuellement redébutée et en redessiner l’impossible histoire depuis son intime faillite toujours reculée résonnent comme le parfait liminaire à la lecture de l’incisive Histoire de la littérature récente, tome I, brûlante d’énergie qu’Olivier Cadiot qui paraît en poche aujourd’hui, chez Folio.
This summer, France Culture broadcast a set of programs with Daniel Arasse, a travel through the paintings that have been significant for him.
Cet été, France Culture rediffusait une série d’émissions avec Daniel Arasse qui voyage à travers les tableaux qui l’ont marqué. Dans la première, je retiens des bribes de ce qu’il dit sur la peinture. Je l’écoute car j’ai sans doute une sensibilité et une mémoire plus auditive que je n’en ai en le lisant. Je crois en l’incarnation de la pensée, en sa puissance médiatique lorsqu’elle est formulée de vive voix ou en situation. C’est l’espace qui se voit habité, raisonnant et résonnant, et moi balloté sensoriellement dedans. L’aède Arasse est « pénétré par la Peinture ». « Elle se lève, elle vous prend, elle me prend », dit-il. Sa voix aussi ce matin-là me prend alors que je suis encore habité et bouleversé par la projection d’un film que j’ai vu la veille. Les derniers jours d’une ville (Akher ayam el madina) de Tamer El Said.
Sur une proposition d’Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós, aura lieu, le 7 octobre de 19h à 2h, à l’occasion de la Nuit Blanche « Le Procès de la fiction ». Cet évènement prendra la forme d’un procès d’assises, où se jouera le procès de la frontière entre fait et fiction qui se déroulera dans la salle du conseil de Paris, dans l’hôtel de Ville et qui réunira notamment Françoise Lavocat, Laurent de Sutter, Dorian Astor, Camille de Toledo, Eric Chauvier, Maylis de Kerangal, Dominique Viart ou Jacques Rancière encore.
Le cinquième roman de Sherko Fatah, Otages, poursuit le patient travail archéologique de passés croisés d’une biographie comme notre époque les écrit. L’auteur est né en 1964 à « Berlin, capitale de la RDA » (Berlin-Est selon la nomenclature du régime) d’un père kurde et d’une mère allemande. À la recherche de traces que les réminiscences de plusieurs pays et régimes ont déposées en lui, l’auteur scrute à la fois les siennes, mais aussi plus largement celles des déplacés, désorientés dans le sens propre du terme, de ceux qui ont perdu l’orient, sont à la recherche de nouvelles attaches, sans pouvoir oublier les anciennes, problématiques ou refoulées.
Voilà bientôt trente ans que Largo Winch promène sa cool attitude athlétique autour du monde et navigue dans les eaux parfois interlopes de la finance internationale. Si les ingrédients du cocktail sont immuables (une once de thriller technologique et bancaire, un trait de séduction et une bonne dose de Largo contre le reste du monde), L’étoile du matin, 21ème épisode qui sort aujourd’hui en librairie s’inscrit dans une continuité dans le changement qui fera plaisir à plus d’un fan de la série.
Progressivement, après les livres de Christine Daure-Serfaty et Gilles Perrault, la vérité atteint le grand public sur l’existence bien réelle du bagne-mouroir de Tazmamart dont les 28 survivants sur les 58 emmurés sont libérés, le 15 septembre 1991, après un enfermement de dix-huit années. Le Sultan du Maroc meurt en 1999. Dès 2000, des témoignages de survivants s’éditent et dévoilent l’horreur et l’infrahumain de ce bagne. En mars 2017, Mahi Binebine y revient en donnant à lire le portrait de son père, père aussi de son frère aîné, Aziz Binebine qui n’a publié son témoignage qu’en 2009. En cette rentrée, Youssef Fadel porte sa pierre, poétique, surréaliste et dénonciatrice, à l’édifice des mots pour que nul n’oublie les maux de Tazmamart…
Des châteaux qui brûlent, d’Arno Bertina, met en scène l’occupation par les employés d’une usine d’abattage et de conditionnement de volailles. Ce conflit social particulier permet la perception comme à la loupe d’un monde qui est en lui-même conflictuel : le monde actuel du néolibéralisme qui implique l’antagonisme entre les intérêts, le rapport de force, la relation sociale comme guerre, avec ses vainqueurs, ses victimes, ses morts.

