Militant gauchiste à l’origine (c’était à la Gauche prolétarienne), Olivier Rolin est devenu par la suite et chemin faisant un véritable globe-trotter dont les récits se nourrissent de maints voyages, rencontres et expériences lointaines, tous plus ou moins littéraires. Pourtant, il a passé une bonne moitié de sa vie dans une seule et même rue de Paris au cœur même de Saint-Germain-des-Prés. Ce fut, en effet, dans un appartement un peu bas de plafond de la rue de l’Odéon qu’il écrivit ses livres, appartement dans lequel il a accumulé quantité d’articles, d’objets, de souvenirs. Or, voilà que son propriétaire lui enjoint de « vider les lieux », parce qu’il aura bientôt l’usage de ces derniers.

Si Perec, dans La Vie mode d’emploi, occupait un immeuble, il s’agit pour Olivier Rolin, avec Vider les lieux, de le quitter. Sommation lui a été faite de déménager d’un appartement dans lequel il vivait depuis 37 ans, rue de l’Odéon. Au-delà des milliers de livres à emporter, c’est bien la moitié d’une vie qui s’achève avec ce départ, moins « une fin du monde au petit pied », pour reprendre la définition du déménagement par Michel Leiris, qu’un état des lieux, le déploiement d’un « atlas intime », puisque chaque livre, chaque objet raconte une histoire et que ces récits se bousculent en soi. Entre Biffures et (ré)Invention du monde, Olivier Rolin écrit pour reprendre pied.

« Un homme se fixe la tâche de dessiner le monde », écrivait Borges : année après année, il multiplie les images, avant de découvrir, au seuil de sa mort, que « ce patient labyrinthe de lignes » a fini par dessiner son visage. Cet homme qu’imagine Borges dans El Hacedor, c’est Olivier Rolin écrivant Extérieur monde, depuis cette citation en épigraphe, composant son autoportrait via un arpentage de espaces autant géographiques qu’intérieurs, un désir du monde et de ses lieux, « un voyage à travers mes voyages », « un atlas subjectif ».

« Un homme se fixe la tâche de dessiner le monde », écrivait Borges : année après année, il multiplie les images, avant de découvrir, au seuil de sa mort, que « ce patient labyrinthe de lignes » a fini par dessiner son visage. Cet homme qu’imagine Borges dans El Hacedor, c’est Olivier Rolin écrivant Extérieur monde, depuis cette citation en épigraphe, composant son autoportrait via un arpentage de espaces autant géographiques qu’intérieurs, un désir du monde et de ses lieux, « un voyage à travers mes voyages », écrit Rolin en quatrième de couverture, « un atlas subjectif ».

« Lorsqu’un livre se déploie, par les articles qui le composent, sur une quinzaine d’années, c’est d’abord l’intimité intellectuelle qui s’y dévoile » : Maurice Olender écrit cette phrase dans « Mémoires du judaïsme » à propos de Pierre Vidal-Naquet, dans Race sans histoire, et elle pourrait définir la manière d’Un fantôme dans la bibliothèque qui vient de paraître : ce livre, déployant textes, articles et récits, jouant de strates temporelles à la manière des Essais de Montaigne, est avant tout le dévoilement d’une intimité intellectuelle, une forme d’« exposition », comme le dit Maurice Olender dans le long et bel entretien qu’il a accordé à Diacritik.

Un fantôme dans la bibliothèque qui vient de paraître est avant tout le dévoilement d’une intimité intellectuelle, une forme d’« exposition », comme le dit Maurice Olender dans le long et bel entretien vidéo qu’il a accordé à Diacritik. dont on trouvera ici la transcription.

L’artiste est celui, sans doute, qui peut chausser n’importe quelle lunette, varier les lentilles, user du péri– comme du micro-scope, voir grand, préférer le petit, être tour à tour lilliputien ou brobdingnagien, l’espace de l’art se jouant de tous les échiquiers, ivre de dimensions, horizons, lignes de fuite et autres perspectives (voire mirages).