Peut-on réfléchir à « l’avancée de l’Afrique », en précisant chaque fois de quel pays on parle, sans la lier étroitement à l’avancée de la France ? Fatou Diome pose, en écrivaine et en militante, les mêmes questions que celles qu’avance Achille Mbembe, dans son récent essai, Politiques de l’inimitié : « Au vu de tout ce qui se passe, l’Autre peut-il encore être tenu pour mon semblable ? Rendus aux extrémités, comme c’est le cas pour nous ici et maintenant, à quoi, précisément, tiennent mon humanité et celle d’autrui ? La charge de l’Autre étant devenue si écrasante, ne vaudrait-il pas mieux que ma vie ne soit plus liée à sa présence, tout autant que la sienne à la mienne ? […] Si, en définitive, l’humanité n’existe que pour autant qu’elle est au monde et est du monde, comment fonder une relation avec les autres basée sur la reconnaissance réciproque de nos communes vulnérabilité et finitude ? »

L’Algérie fut à la une… pour le meilleur et pour le pire… après octobre 1988 et l’arrêt du processus électoral de janvier 1992. Vivant alors une nouvelle rupture tragique, cette ancienne colonie, présente, même dans l’invisibilité, dans la vie et la mémoire de nombre de Français, entamait la traversée d’années noires. C’est justement à ces années que se mesure Tristan Leperlier dans son ouvrage récent, Algérie, les écrivains de la décennie noire, aux éd. du CNRS. Libre échange entre une lecture et un auteur.

Du 26 au 28 septembre dernier se tenait à Orléans le premier Parlement des écrivaines francophones, à l’initiative de l’écrivaine tunisienne Fawzia Zouari. L’événement a rassemblé une centaine d’écrivaines venues du monde entier. Entretien avec Evelyne Trouillot, dont nous publions le texte intégral de son intervention lors de la plénière.

Suite de la série de trois entretiens avec de jeunes chercheuses en littératures francophones. Le premier a été mené avec Donia Boubaker, qui travaille sur Laurent Gaudé. Cette semaine, entretien avec Cécile Vallée, docteure, dont les recherches portent sur les écritures féminines, l’intertextualité et sur les questions des écritures francophones et postcoloniales. Elle a consacré sa thèse au roman féminin mauricien contemporain.

Série de trois entretiens avec de jeunes chercheuses en littératures francophones. Le premier a été mené avec Donia Boubaker, qui travaille sur « Laurent Gaudé, écrivain « cosmopolite ? ». L’ensemble de cette série est placée sous l’égide de Lilyan Kesteloot qui a tant oeuvré pour sortir ces littératures de l’invisibilité.

« D’une mémoire de pierre l’autre, émergent alors une fable et la lèche saline corrodant la coque d’un paquebot de la Compagnie générale transatlantique peut-être dérouté de sa ligne ordinaire pour arracher une meute désemparée à sa terre et aux menaces pesant sur elle. Au milieu de cette foule partagée entre la panique et le désarroi, une femme, les yeux ouverts les lèvres closes ».

Tchicaya U Tam’si

Toute percée d’un écrivain à la fois célèbre et invisible, par l’édition de ses œuvres complètes est véritablement un événement à faire connaître au-delà des aficionados des littératures africaines. C’est le cas du magnifique travail accompli par Boniface Mongo-Mboussa pour l’œuvre de l’écrivain congolais Tchicaya U Tam’si. Cette édition a commencé en 2013 par un Tome 1 regroupant les œuvres poétiques, « J’étais nu pour le premier baiser de ma mère » et, en 2015, pour le Tome II réunissant la trilogie romanesque, Les Cancrelats, Les Méduses, les Pholènes.

Scholastique Mukasonga
Scholastique Mukasonga

Au commencement était une disparition : Kitami, la chanteuse internationale, Kitami, l’étoile rwandaise, Kitami est morte. Son chant ne résonnera plus sur scène, ses disques ne seront plus en tête des ventes du box office. Un an plus tard, le narrateur mène l’enquête. Assassinat, disparition, suicide ? « L’énigme, digne d’un roman policier à l’ancienne, semble surtout attirer des détectives autoproclamés et des romanciers en mal d’inspiration ». Très inspirée pourtant, Scholastique Mukasonga célèbre les femmes, et les esprits qui reviennent hanter les vivants, les tambours, les exilés et les marginaux, les reggaemen et les rastafari, les sorcières et les chanteuses de gospel. Entre le roman noir, la fresque historique, et l’enquête policière, ce très beau roman polyphonique dresse une généalogie fantasmée d’une succession de femmes prophétesses, suscitant la terreur autant que la fascination, dont Kitami est l’héritière.

Djibril Tamsir Niane (DR)

En 1960, Djibril Tamsir Niane fait paraître Soundjata, l’histoire du plus célèbre empereur du Mali, qui vécut au XIIIe siècle. L’historien et dramaturge contribue ainsi à fixer et à faire connaître une épopée auparavant racontée uniquement par des griots, dans des cérémonies au déroulement très strict. La publication offre une très large diffusion à cette histoire de femme-buffle, d’enfant paralysé qui se dresse sur un arc, de sortilèges et de génies, de batailles où le monde se partage, de création d’empires.

Rédigé d’une traite tandis qu’il achève à peine ses études d’histoire à Bordeaux, Soundjata est devenu un véritable classique de la littérature africaine. À l’époque pourtant, les traditions orales n’étaient pas reconnues et Djibril Tamsir Niane a dû mener un combat pour leur donner une légitimité. Ses deux carrières d’historien et d’écrivain ont eu ce même objectif, sa vie durant : fournir une dignité aux récits de la tradition orale. Aujourd’hui à Conakry, Djibril Tamsir Niane revient sur son parcours et sur la genèse de son œuvre.

L’

éditrice Emmanuelle Heurtebize a fait ses armes chez 10/18, avant de rejoindre « La Cosmopolite » des éditions Stock. Aujourd’hui, elle crée, au sein du groupe Delcourt, une collection de littérature, de littératures, devrait-on écrire, tant cette collection, qui publie ses premiers titres en cette rentrée littéraire, va privilégier diversité et pluralité. Entre janvier et mai 2018, 7 romans sont annoncés, signés d’écrivains originaires d’Ukraine, Allemagne, Danemark, Nigeria, Israël, France et États-Unis. Une collection littéraire est aussi une cartographie redessinée, un regard porté sur le monde et la manière dont la fiction le (dé)construit. Autant de défis et enjeux qui sont à l’origine d’un entretien, mené en décembre dernier, avec Emmanuelle Heurtebize qui nous raconte la naissance de cette nouvelle collection.

Progressivement, après les livres de Christine Daure-Serfaty et Gilles Perrault, la vérité atteint le grand public sur l’existence bien réelle du bagne-mouroir de Tazmamart dont les 28 survivants sur les 58 emmurés sont libérés, le 15 septembre 1991, après un enfermement de dix-huit années. Le Sultan du Maroc meurt en 1999. Dès 2000, des témoignages de survivants s’éditent et dévoilent l’horreur et l’infrahumain de ce bagne. En mars 2017, Mahi Binebine y revient en donnant à lire le portrait de son père, père aussi de son frère aîné, Aziz Binebine qui n’a publié son témoignage qu’en 2009. En cette rentrée, Youssef Fadel porte sa pierre, poétique, surréaliste et dénonciatrice, à l’édifice des mots pour que nul n’oublie les maux de Tazmamart…

Tassadit Imache

Tassadit Imache revient à la fin de ce mois d’août 2017, après un long silence, avec un beau récit épuré et bruissant de silences et de traces mémorielles, Des cœurs lents, édité aux éditions Agone à Marseille, dans la collection « Infidèles », présentée ainsi : « Montrer ce qui pourrait être plutôt que ce qui est, mettre à l’épreuve des rêves et non se lamenter des faits, vêtir les vaincus d’étoffes victorieuses et donner à l’imagination l’injustice à ronger : voici quelques-unes des visées de la littérature publiée dans la collection ‘Infidèles’, qui contourne soigneusement utilitarisme partisan, tours d’ivoire dorées, traductions littérales et dogmes sacrés. »
Tout un programme pour éditer des œuvres de qualité, en marge souvent des attentes orientées d’un public de lecteurs.

Gaël Octavia

La Fin de Mame Baby est le premier roman de Gaël Octavia, jusqu’ici connue pour son œuvre dramatique.
Ce livre, qui paraît aujourd’hui dans la collection « Continents noirs » des éditions Gallimard, est indéniablement l’une des belles découvertes de cette rentrée littéraire (lire ici la critique du livre) et l’occasion d’un grand entretien avec son auteure.