Le titre du livre de Robert Colonna d’Istria attire notre attention sur deux éléments paradoxaux : la datation, 1200 ans de solitude, allusion évidente au roman de García Márquez, Cent ans de solitude (1967) qui raconte sur plusieurs générations, au long d’un siècle, l’histoire de la famille Buendía depuis la fondation du village de Macondo et le lien avec l’histoire d’une famille corse, et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la famille Colonna d’Istria.

Si August Sander est évidemment un des grands photographes du XXe siècle, c’est aussi par la façon dont ses photographies s’insèrent dans ce siècle, par ce qu’elles en disent et en montrent, par ce qu’elles y font et en font. L’exposition visible actuellement à Paris, au Mémorial de la Shoah, est un concentré du travail de Sander, un ensemble de documents sur le XXe siècle, mais aussi un « discours » sur ce siècle qui produit sur celui-ci un certain effet.

Fabrice Bensimon, enseignant-chercheur à l’université Paris-Sorbonne, spécialiste de la Grande-Bretagne au XIXè siècle, Research Fellow au London University College, et Sabine Reungoat, maître de conférences en civilisation britannique à l’Université Paris-Est Créteil, ont uni leurs efforts — le premier pour ce qui concerne la recherche, la seconde pour la traduction des textes ainsi trouvés — pour faire découvrir un pan méconnu et commun à l’histoire de la France, du Royaume-Uni et de Paris : le résultat est un ouvrage tout à fait édifiant et inattendu de 136 pages, publié aux éditions de la Sorbonne en novembre 2017.

Atlal (Abdou)

Il faut écouter les lieux, entendre ce que les ruines d’un passé, un terrain vague, des souches d’arbres, auraient à dire. C’est par de longs plans contemplatifs et silencieux qu’Atlal invite à la découverte du village algérien d’Oulled Allal, meurtri dans les années 90 par la décennie noire, avant d’aller à la rencontre des témoignages de ses habitants. Une démarche que son réalisateur articule avec celle d’une pratique poétique dont son film porte le nom, consistant à « se tenir face aux ruines et à faire resurgir sa mémoire, ses souvenirs du visible vers l’invisible ». Rencontre et entretien avec Djamel Kerkar.

Caresser l’errance d’un pas oublié © Naji Kamouche

La question abordée aujourd’hui est toujours délicate à traiter. Car l’actualité raidit les positionnements et la tentative de revenir à des lectures sur la longueur historique semble vouloir diluer l’urgence de réponses immédiates et noyer le poisson en quelque sorte… On sait pourtant que des rétrospectives relativement sereines et les plus objectives possibles permettent de regarder le présent autrement et de se garder des amalgames. En tout état de cause, on peut essayer de faire ce pari de l’échange, échange de savoirs, de connaissances et d’histoires. Dans la multitude des publications, ce sont deux parcours sur lesquels je voudrais m’arrêter parce qu’ils sont porteurs d’éclaircissements pour un large public. Je signalerai, en fin d’article, deux autres ouvrages plus spécialisés qui aident à aller dans la même direction, celle des croisements d’informations.

Mathieu Riboulet © Sophie Bassouls

Que dire lorsqu’un écrivain meurt ? L’écrivain est ses livres et les livres ne meurent pas. Ils peuvent être oubliés, ne plus être lus, mais ils ne meurent pas. Que dire sinon, peut-être, le silence, se taire ? Et lire les livres.

Mathieu Riboulet vient de décéder, lisons ses livres.

En hommage, nous republions un article écrit lors de la parution des Œuvres de miséricorde, en 2012.

Mélanie Thierry, Marguerite Duras

« Ce n’est pas dans une île de la Sonde,
ni dans une contrée du Pacifique que ces événements ont eu lieu,
c’est sur notre terre, celle de l’Europe » Marguerite Duras

Des mots de Duras, de sa douleur à attendre Robert Antelme, envahissent, dès le commencement, le film d’Emmanuel Finkiel. On est au plus près du souffle de la jeune Marguerite filmée en gros plan et portée à l’écran par une Mélanie Thierry très inspirée et dont on croit pouvoir toucher le grain de peau si fin, de peau de rose. C’est tout de suite comme ça La Douleur au cinéma, une œuvre qui ausculte, qui palpe, une œuvre qui souffre de voir souffrir, une œuvre où les visages et les corps sont montrés ressentir au plus profond la gravité de la Shoah et ne peuvent s’accorder ne serait-ce qu’un sourire. Une œuvre qui, comme le texte de Duras, essaie de retrouver ce fossé noir dans lequel l’écrivain s’imagine, obsédée, voir Antelme allongé, en fin de vie. Le réalisateur dit avoir été bouleversé par la lecture du texte de Duras lorsqu’il était âgé de 19 ans. Son père avait perdu ses parents et son frère à Auschwitz, partant, il connaît cette douleur pour l’avoir perçue de très près. Et il veut sans doute qu’avec son film, le spectateur saisisse cette immense blessure infligée à l’humanité : la déportation, les camps. Une blessure qui ne regarde pas seulement les déportés mais tous ceux qui sont restés chez eux dans l’espoir angoissant d’un, le plus souvent, improbable retour.

Nadine Agostini (photo : Lilas-Apollonia Fournier)

Le titre du livre de Nadine Agostini, Histoire d’Io, de Pasiphaé, par conséquent du Minotaure, peut résonner avec Histoire d’O de Pauline Réage/Dominique Aury, comme il peut être phonétiquement entendu comme « histoire d’Yo », « histoire de Je » (Yo en espagnol). D’Histoire d’O, on pourrait retrouver le personnage féminin, soumise à un désir masculin hétérosexuel et désireuse de ce désir, autant esclave que jouissant. Ainsi Io, objet sexuel de Zeus, trouve son double chez Pasiphaé affirmant un désir brut, non médiatisé par les convenances, la morale, l’humain – désir pour un taureau dont elle veut le sexe en elle pour jouir.