Un des événements majeurs de cet été fut indubitablement « Qui a fait le tour de quoi ? 20 mn avec Magellan » de Romain Bertrand. Prononcé au désormais incontournable Banquet d’été de Lagrasse, sur les coups de 19h19, dans la chaleur vespérale des Corbières, ce remarquable feuilleton historique, beau comme du Conrad, a fait revivre chaque soir devant un public conquis le premier tour du monde par Magellan.

Russel T. Davies a-t-il capturé l’essence de 2019 pour en faire le matériau d’une série fascinante, violente et d’une effrayante acuité ? A la fois drame familial, série d’anticipation, contre-utopie, après un pilote époustouflant d’intelligence et d’intensité dramatique et avant sa conclusion le 18 juin prochain, Years and Years s’affirme comme le TV drama à même de prétendre au titre de meilleure série de l’année. 

Guy Hermet, historien de la guerre d’Espagne (18 juillet 1936-1er avril 1939), écrit, à son sujet qu’elle a été « l’un des grands symboles mobilisateurs de notre époque ». 80 ans après la triste victoire de Franco sur les Républicains, victoire d’une armée putschiste soutenue par l’Église et par le fascisme européen, cet événement historique ne disparaît jamais longtemps des catalogues, librairies et bibliothèques que ce soit dans le domaine historique ou dans le domaine littéraire. C’est celui-ci qui nous intéressera ici.

De tous les mois de l’année, le mois de février est mathématiquement celui qui passe le plus vite et selon la maxime, février serait « entre tous les mois, le plus court et le moins courtois ». On aurait donc affaire à un mois pressé d’en finir en plus d’être un peu bourru si l’on en croit la croyance populaire. Mais ne cédons pas au diktat du dicton et hâtons nous d’en parler avant de voir débouler mars.

Le monde de la BD peut s’enorgueillir de compter un nouveau héros : Atom Vercorian, détective privé en devenir, casse-cou, séducteur et tenace. Bref, un enquêteur comme on en faisait plus, depuis Gil Jourdan, Marc Jaguar ou Ric Hochet. Mais bien plus qu’une (re)naissance, Atom Agency est un diamant graphique signé Olivier Schwartz et Yann qui a concocté un scénario finaud et des dialogues lettrés que ne renieraient pas Audiard ou Simonin.

La chute par inattention et toute fraîche réactualise les anciennes dont le souvenir s’est effacé, mais le scanner révèle les cicatrices. Alexander Kluge, cinéaste, juriste, écrivain, conteur, essayiste, animateur et producteur de télévision — impossible de lister complètement ses domaines — a ce don de passer du particulier, voire du biographique au général et inversement.

Le titre du livre de Robert Colonna d’Istria attire notre attention sur deux éléments paradoxaux : la datation, 1200 ans de solitude, allusion évidente au roman de García Márquez, Cent ans de solitude (1967) qui raconte sur plusieurs générations, au long d’un siècle, l’histoire de la famille Buendía depuis la fondation du village de Macondo et le lien avec l’histoire d’une famille corse, et pas n’importe laquelle, puisqu’il s’agit de la famille Colonna d’Istria.

Si August Sander est évidemment un des grands photographes du XXe siècle, c’est aussi par la façon dont ses photographies s’insèrent dans ce siècle, par ce qu’elles en disent et en montrent, par ce qu’elles y font et en font. L’exposition visible actuellement à Paris, au Mémorial de la Shoah, est un concentré du travail de Sander, un ensemble de documents sur le XXe siècle, mais aussi un « discours » sur ce siècle qui produit sur celui-ci un certain effet.

Fabrice Bensimon, enseignant-chercheur à l’université Paris-Sorbonne, spécialiste de la Grande-Bretagne au XIXè siècle, Research Fellow au London University College, et Sabine Reungoat, maître de conférences en civilisation britannique à l’Université Paris-Est Créteil, ont uni leurs efforts — le premier pour ce qui concerne la recherche, la seconde pour la traduction des textes ainsi trouvés — pour faire découvrir un pan méconnu et commun à l’histoire de la France, du Royaume-Uni et de Paris : le résultat est un ouvrage tout à fait édifiant et inattendu de 136 pages, publié aux éditions de la Sorbonne en novembre 2017.

Atlal (Abdou)

Il faut écouter les lieux, entendre ce que les ruines d’un passé, un terrain vague, des souches d’arbres, auraient à dire. C’est par de longs plans contemplatifs et silencieux qu’Atlal invite à la découverte du village algérien d’Oulled Allal, meurtri dans les années 90 par la décennie noire, avant d’aller à la rencontre des témoignages de ses habitants. Une démarche que son réalisateur articule avec celle d’une pratique poétique dont son film porte le nom, consistant à « se tenir face aux ruines et à faire resurgir sa mémoire, ses souvenirs du visible vers l’invisible ». Rencontre et entretien avec Djamel Kerkar.