Pilotes en séries (19) : assigné à résilience (A Gentleman in Moscow)

A Gentleman in Moscow © Paramount+

Peut-on être témoin de l’histoire en marche en vivant reclus, tenu à l’écart du monde ? Telle est en filigrane, la question posée par A Gentleman in Moscow, série britannique en huit épisodes créée par Ben Vanstone et diffusée depuis le 30 mai sur Canal Plus.

1921. Moscou. Le Comte Rostov, entre flegme, impatience et appréhension, attend d’être présenté devant ses juges. Portant moustaches soignées et habits sur mesure, le gentleman se fait ironique et badin devant ses accusateurs. Face à la vindicte, Alexander Ilitch Rostov ne se départit pas de ses belles manières ni de son insouciance atavique à l’heure de la révolution bolchévique et de l’éradication de l’aristocratie tsariste.

A Gentleman in Moscow © Paramount+

1921. Le régime impérial a été renversé, remplacé par une utopie, un nouvel ordre, la terreur tsariste blanche a laissé place au dirigisme rouge. Au nombre des ennemis du peuple, le Comte Rostov est bien plus qu’un symbole : il est l’image même de ce que le communisme rejette et veut voir disparaître à jamais. Dans son malheur – ses biens ont été confisqués, sa maison de famille brûlée –, le Comte reçoit des soutiens inattendus qui lui permettront d’échapper à une mort programmée. Déclaré ennemi du peuple, il est condamné à vivre à l’hôtel Metropol avec l’obligation de ne jamais en sortir au risque de se voir exécuté sur le champ.

A Gentleman in Moscow © Paramount+

Adaptée du roman d’Amor Towles (Viking, 2016, Fayard 2018), A Gentleman in Moscow oscille entre drame politique et fable onirique dans laquelle poésie et mystère côtoient réalisme historique et suspense kafkaïen. L’enfermement forcé du Comte Rostov et sa vie de reclus sous les toits de l’hôtel Metropol – qui permet de soustraire au regard des hommes les ennemis du pouvoir –, sont mis en scène avec grâce et précision.

Ewan Mc Gregor est saisissant de légèreté et de mélancolie, jouant tour à tour le registre du gentleman hors du monde subissant l’iniquité et celui de l’amoureux de son pays comprenant des enjeux qui le dépassent. Dans le rôle de ce privilégié qui n’a jamais eu à se soucier de travailler, ne faisant que reproduire un mode de vie reçu en héritage, l’acteur britannique offre un visage tantôt confondant de naïveté non-feinte, de fatalisme et de désinvolture. Parce qu’il vit désormais au cœur d’un palace où les allers et venues des clients ne lui donnent qu’une idée lointaine de ce qui se trame hors de ces murs, parce qu’il est, à l’instar des femmes de chambres, serveurs, maîtres d’hôtel, le résident obligé d’une vitrine étatique, le Comte Rostov se doit de s’inventer une nouvelle vie, d’affronter l’enfermement comme ses démons et ses souvenirs.

A Gentleman in Moscow © Paramount+

Débutant au sortir de la Révolution d’Octobre, A Gentleman in Moscow promet d’avancer dans le temps et de suivre autant l’évolution (personnelle et spirituelle) du Comte Rostov que celle de la Russie qui s’écrit hors et derrière les murs de la « seconde maison, des Soviets ». Le gentleman est ici la figuration d’une âme russe impénétrable et sensible ; l’hôtel Metropol, moyen de surveillance et outil politique, est le symbole et le prolongement d’une justice expéditive et d’une bureaucratie immanente, cachant aux yeux extérieurs ce qu’il s’y passe et masquant le reste du monde à ceux qui sont enfermés ici.

A Gentleman in Moscow, de Ben Vanstone, avec Ewan McGregor, Johnny Harris, Leah Harvey, Mary Elizabeth Winstead, John Heffernan. Paramount+, huit épisodes. Diffusé depuis le 30 mai sur Canal+.

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