Le 21 mai dernier, à l’occasion de la publication du livre Poésies critiques, consacré aux œuvres de Liliane Giraudon, de Frank Smith, de Jean-Michel Espitallier, était organisée à la librairie EXC une rencontre dirigée par Rodolphe Perez et réunissant Jean-Philippe Cazier, Frank Smith et Jean-Michel Espitallier. L’entretien ci-après est la transcription de cette rencontre.

Le recueil Vigilance, de Benjamin Hollander, se compose de deux parties : « Onome » et « Levinas et la Police ». Les deux parties se font écho l’une l’autre, chacune se présentant comme une sorte de dialogue ou d’interrogatoire entre des voix multiples et la figure d’un lieutenant de police (cette dernière renvoyant elle-même, peut-être ou sans doute, à divers « personnages »). Le texte, poétique, évoque le contexte policier d’une enquête, d’un crime, d’un méfait que la police cherche à résoudre. Le langage devrait ainsi énoncer ce qui s’est passé, la vérité.

« Nous avons connu nous aussi notre printemps silencieux. Le ciel était sans avions, la mer était sans bateaux. Les centre-villes étaient déserts comme les forêts de France. La peur terrait l’homme chez lui, l’obligeant à vivre la vie qu’il impose aux animaux. Il ne sortait qu’en tremblant, le regard fuyant, pour de brèves courses. Comme les bêtes au fond des bois ou les rats dans les égouts, il apprenait la discrétion. Quelque chose respirait. Les choses reprenaient leur cours. — La Terre dut croire que son cancer entrait en phase de rémission.

J’ai proposé à 52 personnes de filmer avec un smartphone pendant une minute, chacune depuis la fenêtre de son lieu de confinement, dimanche 29 mars, sur la tranche 12:00-12:53.
En résulte LE FILM DES INSTANTS : un film choral qui dit ce que chaque maillon de cette chaîne collaborative voit, à midi, à sa fenêtre. 

A l’occasion de la publication d’Europe Odyssée, entretien avec Jean-Philippe Cazier où, entre autres, il est question de l’écriture politique, de la poésie et du débordement de la langue, de la violence de l’Histoire et de ceux et celles – migrants, réfugiés, déportés, exilés – qui la subissent et la contestent, de la possibilité d’une épopée contemporaine, d’une cosmopolitique comme résistance à l’ordre policier du monde.