Franzobel, Franz Stefan Griebl de son nom civil, auteur autrichien, né en 1967, écrit des romans, de la poésie, du théâtre et des livres pour la jeunesse. Il est peu traduit en français : la plupart de ses écrits sont géographiquement et socialement marqués par son environnement autrichien, d’autant plus qu’il fait partie de ceux qui introduisent dans leur écriture le parler de la rue, populaire et cru difficile à rendre dans une langue étrangère.

Parmi d’autres, trois livres récemment publiés — Heather, par-dessus tout de Matthew Weiner, Requiem pour le rêve américain de Noam Chomsky et Le procès de l’Amérique de Ta-Nehisi Coates — sont trois manières (fictionnelle pour Weiner, plus théorique pour Chomsky et Coates) de porter un même constat : l’Amérique (ou les états désunis) est un territoire éclaté, profondément divisé par de multiples partages liés à la couleur de peau, à la classe sociale, à l’argent.
Ces livres sont donc trois « réquisitoires implacables », pour reprendre les mots de Christiane Taubira en préface à la nouvelle Colère noire de Ta-Nehisi Coates, face à un « système pluriséculaire d’oppression ». Ce sont trois « Plaidoyers pour une réparation » enfin, sous-titre du Procès de l’Amérique, puisque déconstruire cette oppression, exposer les « dix principes de concentration de la richesse et du pouvoir » (Chomsky) ou incarner la scise à travers les personnages romanesques de Weiner, c’est offrir un recul.

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Historienne d’archives et experte en pratiques de lecture, Laure Murat vient de nous donner un beau livre, tendre comme une caresse, mouvant et énergique comme la ville de Los Angeles. Car c’est bien de cette dernière qu’il s’agit dans ce petit ouvrage inspiré par la question de savoir si l’on peut s’éprendre d’une ville avec passion. Pour cette Française qui enseigne à UCLA depuis dix ans, pas d’hésitation : la Parisienne que fut Murat aime éperdument la grande cité californienne si souvent stigmatisée pour sa criminalité comme pour son cinéma starifié à l’extrême. Et, pour elle, L. A. est adorable en ce qu’elle est la négation (l’envers ?) même de Paris mais aussi, en un sens, de la trop rectiligne New York.

William Shakespeare, dessin de Lauren Tamaki
William Shakespeare, dessin de Lauren Tamaki

Samedi 23 avril 2016 a été commémorée le quadricentenaire de la mort, le 23 avril 1616, de William Shakespeare, considéré comme le plus grand dramaturge de langue anglaise de tous les temps, symbole de cette même langue. D’ailleurs quiconque n’a pas entendu mentionner cette commémoration doit vraisemblablement vivre sur une île déserte ou attendre avec impatience la sextape de Marion Maréchal-Le Pen et les idées programmatiques de Mathieu Valbuena, à moins que ce ne soit l’inverse. Bref tout le monde y est allé de sa petite contribution, Shakespeare est devenu l’espace d’une fin de semaine un véritable « marronnier » journalistique, les spécialistes auto-proclamés du grand Will, pas Self, qui est déjà très grand, mais Shakespeare, ont étonnamment surgi un peu partout. Mais dans cet emballement proche de l’overdose médiatique, un ouvrage, d’abord publié en 2004 puis mis à jour et republié le 4 avril 2016, a marqué les esprits, engendré des louanges et s’impose désormais comme une référence. 

Elisabeth Jacquet
Elisabeth Jacquet

D’abord : pourquoi écrire aujourd’hui ?

Pourquoi encore écrire quand tout s’écrit déjà, via sms tweets blogs et réseaux sociaux, quand chacun donc tout le monde écrit et écrivant tout le temps ne trouve plus le temps de lire autre chose que tout ce qui s’écrit dans les écrans, ne trouve plus le temps de faiblir, se laisser porter hors de l’immédiat de notre temps ?

Jim Harrison
Jim Harrison

Jim Harrison, géant des lettres américaines, est mort hier, on vient de l’apprendre. Une crise cardiaque a eu raison du « Gargantua yankee », chez lui, en Arizona. Big Jim laisse derrière lui des romans, des nouvelles et des recueils de poésie. Il était très lu en France, ce qui plaisait à ce grand amoureux de notre pays, de ses tables et de ses vignobles, comme des Péchés capitaux, son dernier livre (Flammarion, 2015). Toute son œuvre aura été Une odyssée américaine, titre de l’un de ses romans, celle de l’Amérique rurale, des grands espaces, des Indiens, d’une forme de contre-culture. En marge, toujours, titre de ses mémoires (Bourgois, 2003), récit autobiographique et hymne à la littérature. « Je ne ressens pas la moindre impression de « fermeture » en achevant ces mémoires », écrivait-il alors, « je verrai bien jusqu’où la vie m’emmènera ».

NB canapéNina Bouraoui, romancière française vivante, née à Rennes en 1967. 14 romans, 1 pièce de théâtre, une dizaine de nouvelles et textes courts dans diverses anthologies et pas mal de paroles de chansons.

Connue et reconnue, Nina Bouraoui, citoyenne d’un « pays de mots », appartient à cette catégorie d’écrivains qui se réinventent, repoussent les limites et les contours de leur écriture avec une évidence surprenante. En 25 ans de publications, elle passe d’une plume presque gothique au roman social en faisant un détour par l’autobiographie romancée placée sous le signe de la recherche identitaire, sans jamais se départir de thématiques fortes, signatures ancrées dès ses premiers écrits.

2015 est l’année de tous les paris pour Benoît Virot : une rentrée attilesque plus large, la poursuite des projets d’intégrale, la rencontre du Général Instin, et sans doute, un rapport autre à l’édition, à rebours de ses expériences antérieures.
Suite de l’entretien avec le caméléon de l’édition, « grand timonier » du Nouvel Attila, qui nous présente son équipe, les livres de cette année, les projets à venir, et parle, avant tout, du plaisir de voir ce laboratoire se construire, jour après jour, livre après livre et du mode de transmission d’un virus du texte, du livre, de l’édition.