S’il ne fallait donner qu’une raison – une seule, pas deux, pas trois ni même la somme de toutes les (bonnes) idées argumentées, professées, déclinées par Adélaïde Bon, Sandrine Roudaut et Sandrine Rousseau dans ce grand petit livre paru au Seuil dans sa collection Libellé –, elle serait tout entière contenue dans la réception critique de Par-delà l’androcène.

« J’ai épinglé la carte — une carte en papier »

Quatorze lignes de mire (le titre original du livre, Sightlines), 14 récits au plus près de soi comme de la nature, tel est le Tour d’horizon que propose Kathleen Jamie, répondant au double programme des nouveaux récits écopoétiques : une manière renouvelée, ouverte, curieuse, patiente, d’observer le monde (ce qu’Anna Tsing nomme art of noticing), depuis l’apparent détail qui contient un univers ; un nouvel art du dialogue et de la conversation.

« C’est à Berlin que cette histoire commence, comme peut-être commencent désormais à Berlin toutes les histoires de ruine, de hantise et d’oubli ». C’est dire que Freshkills est un livre sur les lieux, et ce que les lieux disent de l’Histoire, mais aussi sur le paradoxe qu’ils révèlent puisque le mémorial berlinois évoqué est « un cimetière sans morts », un espace construit et sans passé ; et que Freshkills, qui donne son nom au livre, répond à la même décision de changer notre rapport au(x) lieu(x) : la décharge à ciel ouvert à Staten Island, « Mondor urbain » doit devenir un immense parc, recouvrant les déchets enfouis.

Qu’est-ce que la domestication ? C’est le passage de tout ou partie d’une espèce animale de l’état sauvage à l’état domestique, c’est-à-dire à un état où les animaux sont maintenus en captivité, logés, nourris, protégés et familiarisés par l’Homme en contrepartie de leurs produits et/ou de leurs services.

Neuf et profondément original : tels sont les mots qui viennent spontanément à l’esprit pour qualifier le Manifeste pour une écologie de la différence que vient de faire paraître Hicham-Stéphane Afeissa. En des pages aussi fortes que lumineuses, le philosophe s’interroge sur la manière dont on pourrait mettre un terme au rapport profondément dominateur que les hommes entretiennent avec la nature, et notamment les animaux. Ne vivons-nous pas dans un déni de l’altérité que reconduisent certaines lectures écologiques ? Comment renouer les liens avec la nature et sa puissance créatrice sans l’écraser non plus que la nier ? Autant de questions déterminantes que Diacritik est allé poser au philosophe le temps d’un grand entretien.

Avec Médecine générale, Olivier Cadiot signe indubitablement son meilleur livre. Après son énergique et fondamental essai que constitue son Histoire de la littérature récente, Olivier Cadiot aborde ici frontalement, pour la première fois, les rivages du roman. Et c’est une éblouissante réussite : virevoltant, tour à tour grave et joueur, le roman nous conte l’histoire d’un groupe de jeunes gens qui, hagards mais volubiles, paraissent errer au cœur d’un monde en proie à une maladie. Roman oui, mais aussi formidable réflexion à chaque instant sur la littérature. C’est saisi de cet enthousiasme que Diacritik est allé à la rencontre du romancier le temps d’un grand entretien.

Une étude sociologique montre que les jeunes Américains entre 10 et 14 ans sont capables de reconnaître 1000 logos de marques mais qu’ils ne sont pas capables d’identifier 10 végétaux de leur région. Le constat est sans appel : nos rapports à la nature sont totalement désaffectés. En cause : notre modèle de civilisation moderne qui réduit la nature à un domaine extérieur et indifférent à l’homme. La pensée de Baptiste Morizot apporte, à travers l’exemple du pistage, un éclairage à la fois original et très accessible à ce problème écologique classique du « grand partage » entre nature et culture.

« C’est à Berlin que cette histoire commence, comme peut-être commencent désormais à Berlin toutes les histoires de ruine, de hantise et d’oubli ». C’est dire que Freshkills sera un livre sur les lieux, et ce que les lieux disent de l’Histoire, mais aussi sur le paradoxe qu’ils révèlent puisque le mémorial berlinois évoqué est « un cimetière sans morts », un espace construit et sans passé ; et que Freshkills, qui donne son nom au livre, répond à la même décision de changer notre rapport au lieu : la décharge à ciel ouvert à Staten Island, « Mondor urbain » doit devenir un immense parc, recouvrant les déchets enfouis.

Dans l’introduction de Quand la forêt brûle (2019), la philosophe Joëlle Zask soulignait ne pas écrire en tant qu’« expert » ou « journaliste ». Son essai ne visait ni à « contribuer aux connaissances scientifiques concernant les feux de forêts ni [à] simplement informer » mais bien à « recourir au phénomène du mégafeu comme à un poste d’observation ». Dans Zoocities, paru en cette rentrée, ce sont les animaux sauvages faisant irruption dans nos villes qui sont cet « indicateur » et cette « alerte » ; ils sont un « poste d’observation » soit le signe d’un changement qu’il s’agit d’observer et commenter, pas seulement pour le comprendre mais bien pour accepter de changer nos représentations.

« Un jour, entre les hommes et nous qui sommes stellaires, il y a eu rencontre » : il est difficile de parler en quelques phrases du magnifique second roman de Vincent Message, Défaite des maîtres et possesseurs, que les éditions du Seuil offrent en livre numérique dans le cadre de leur opération « Le Seuil du jour », sinon via cette phrase, présente deux fois dans le cours du livre, mettant l’accent sur sa dimension de fable.