Le livre de Sergio González Rodríguez est une enquête menée au sujet de l’enlèvement et du très probable assassinat de 43 étudiants au Mexique, en 2014, et dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Les 43 d’Iguala est aussi un livre politique, un état des lieux politique, en même temps qu’un livre qui obéit à une injonction morale, un devoir qui s’impose et auquel on ne peut se soustraire.
Diacritik
Centré sur le rapport de Sonia aux chevaux, Cavaler seule développe ce rapport pour en faire le fil rouge par lequel la vie de celle-ci est racontée. Le parti pris de Kathryn Scanlan réside dans le fait que ce récit ne relève pas de l’imaginaire de l’auteure puisqu’il est élaboré à partir d’entretiens réels et réguliers avec Sonia durant une période de trois ans.
Avec Triste Tigre, Neige Sinno s’impose comme l’une des révélations de cette rentrée. Véritable déflagration, son livre qui interroge le viol que le beau-père a fait subir à l’autrice durant son enfance, mobilise une rare puissance de diction et un saisissant pouvoir d’intellection des faits.
Les éditions P.O.L annoncent la disparition de Pierre Alferi, romancier, poète, traducteur et essayiste. Il venait d’avoir 60 ans. En hommage, Diacritik republie l’entretien qu’il avait accordé à notre journal à l’occasion de la parution de Divers chaos.
Il y a eu des paroles prudentes des politiques car il y a eu des images, glaçantes. Impossible de mentir, de répéter des éléments de langage, de détourner l’attention. Nos regards sont braqués sur une réalité épouvantable. Nahel, un jeune homme de 17 ans, un enfant, est mort une arme policière sur la tempe pour « refus d’obtempérer ».
Durant l’été, seuls quelques articles liés à l’actualité seront publiés, sans périodicité quotidienne. À très bientôt !
Avec Une femme morte n’écrit pas, Liliane Giraudon s’affirme elle-même vivante : elle écrit, elle n’est pas morte. Le livre affirme la vie mais cette affirmation advient par contraste avec la mort évoquée : si j’écris parce que je ne suis pas morte, c’est que ma vie est vécue et pensée sur fond de mort, une mort déjà là, présente.
La littérature féministe est un luxe. « Une révolution inefficace… mais une révolution quand même », écrit Andrea Dworkin, citée en exergue par Azélie Fayolle. La littérature féministe n’a pas donné le droit de vote, n’évitera pas les féminicides, ne libérera pas les Afghanes ni les Iraniennes pas plus qu’elle ne permettra d’augmenter les minimas sociaux, lit-on. La révolution que soulignent Andrea Dworkin et Azélie Fayolle avec elle est celle de l’ébranlement des grandes instances d’écriture par l’affirmation d’un regard féministe sur le monde. Écrire et lire en féministe dans un contexte patriarcal relève du sabotage, du déplacement et d’une réinterrogation critique : « Les féministes ne laissent intacte aucune instance de l’écriture, en minant jusqu’à la possibilité du récit traditionnel et en réinventant l’épique comme les utopies ».
De retour du Marché de la poésie avec matière à plusieurs constellations, tandis que le Terrain Vague déborde de lectures en attente… Mais l’heure de la pause d’été a sonné. Il faudra organiser une (ou plusieurs) brocantes au retour, histoire de prendre distance avec ce qui collera, comme le sparadrap du capitaine Haddock, à l’actualité (j’emporte deux romans de la rentrée dans ma besace, soit deux de plus que l’an dernier ; et aussi quelques merveilles glanées ces derniers temps chez les bouquinistes recyclant les SP non lus). So May we Start ?
Il y a deux plaisirs au cinéma (en plus de la climatisation) : aller voir un film en pensant que ce sera un navet car la réalisatrice les cultive (Justine Triet) et sortir enchanté (Anatomie d’une chute). Aller voir le dernier film d’un cinéaste que vous adorez et sortir affligé… Je suis désolé, j’aurais certes adoré écrire un papier spectaculaire « Moretti se répète et fatigue », « Moretti est fini », « Moretti au PSG », ou, pour faire mon cinéphile, il m’eut suffi de vous parler du dernier film de Claire Denis, dont la filmographie ressemble de plus en plus au palmarès de Manchester United : un passé glorieux, une actualité morne, un avenir inquiétant…
Lorsque fut créée en 1985 For Bunita Marcus, sa pièce pour piano en un seul mouvement et d’une durée de plus d’une heure, Morton Feldman (1926-1987) montra une fois encore combien, ainsi qu’il le disait lui-même, il n’avait rien d’un « horloger ». À l’évidence, son intention avait toujours été radicalement différente. Ce qu’il souhaitait, c’était « obtenir du temps dans son existence non structurée », puis, histoire d’imager la chose, il ajoutait : « ce qui m’intéresse, c’est la manière dont cette bête sauvage vit dans la jungle — non au zoo. Je m’intéresse à la manière dont le temps existe avant que nous posions nos pattes sur lui — nos intelligences et nos imaginations, en lui ».
2023 se donne comme une année poétique parmi les plus riches et enthousiasmantes : après le sentiment du vivant peint dans le très beau Ryrkaïppi de Philppe Beck, après le splendide Irréparable d’Olivier Cadiot sur la fin de l’amour puis l’éloge magistral de l’amitié de S&fies d’Anne Portugal, il fallait revenir à la naissance de l’amour grâce à Simon Johannin. Dans Le Dialogue, qui vient de paraître aux éditions Allia, le jeune écrivain flamboie à nouveau de sa langue si rare et si singulière pour raconter, à deux voix, comment deux êtres parlent de l’amour naissant. Dialogue philosophique, dialogue poétique : la porosité générique guide un texte fulgurant à l’évidente grâce. Après Nous sommes maintenant nos êtres chers puis La Dernière saison du monde, l’auteur de Nino dans la nuit et L’Été des charognes poursuit une œuvre qui s’impose comme l’une des plus remarquables du paysage contemporain. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de Simon Johannin le temps d’un grand entretien.
À la mémoire de Maurice Olender
(1946 – 2022)
Ceci est peut-être un conte. À moins que ce n’en soit pas un.
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