Un serial killer peut-il faire de la mort une œuvre d’art et donc être lui même un artiste ? Voilà la question censément provocante qui est au cœur du dernier film de l’autoproclamé enfant terrible du cinéma, Lars Von Trier dans son dernier opus The House that Jack built (notons que les distributeurs ont échoué à trouver une traduction française, relevant le défi, j’ai imaginé un truc un peu dingue : « la Maison que Jack a construite »).
Cinéma
Nous ne connaissons que trop bien ces lieux, ces endroits coupés de toute vie, qui veulent nous réduire au rang de consommateurs, où règnent l’ordre et la violence du capitalisme. Des agressions d’un système devenues la norme, ayant largement dépassé les murs des supermarchés et des entreprises.
Il est toujours très agaçant de voir un film réduit à son sujet. Si avoir un grand message humaniste suffisait à réussir une œuvre, Robert Guédiguian serait un plus grand cinéaste que Lars Von Trier, ce qui n’est évidemment pas le cas. L’œuvre dépasse le sujet : Girl mérite sa Caméra d’or, non pas parce que c’est un film bien, mais parce que c’est un bon film.
La nuit, le noir, des éclairs et des détonations : une fusillade au beau milieu de nulle part, d’abord filmée de loin, puis nous apercevons deux silhouettes à l’assaut d’une cabane. On distingue plus qu’on ne voit, mais on comprend : des hommes en tuent d’autres, les achevant sans pitié : un western.
Dans Burning, Lee Chang-dong ne raconte pas une histoire mais plusieurs. Ou plutôt, il agence des fils narratifs qui s’enchaînent, se brouillent, se font écho, chacun prolongeant ou problématisant les autres. L’ensemble est étrange, indécidable. Burning est un film de la bifurcation, un film peuplé de fantômes. Tout y diffère de soi, y compris le film lui-même, qui sans cesse bifurque, devient autre que ce qu’il était. Tout y existe selon un processus de fantomatisation par lequel ce qui est s’absente et persiste à travers cette absence.
Elle a écrit Corniche Kennedy, Naissance d’un pont, Réparer les vivants, elle a consacré un court récit aux naufragés de Lampedusa (À ce stade de la nuit), a emboîté les pas d’un apprenti cuisinier dans Un chemin de tables, vient d’imaginer le parcours d’une jeune peintre en décor dans le très beau Un monde à portée de main, paru chez Verticales.
Aujourd’hui sort en DVD le film d’Amandine Gay, Ouvrir la voix, un documentaire beau et politique dans lequel s’enchevêtrent les témoignages de vingt-quatre femmes noires.
Hanif Kureishi est un analyste des corps et des forces qui les meuvent, en particulier désir et libido, jusque dans leur part la plus primaire et bestiale. « A chaque corps, un animal » écrit le romancier dans L’air de rien, qui vient de sortir en poche chez 10/18, un récit qui ne déroge pas à cette exploration, dans une veine toujours plus caustique et noire.
Aux portes des rêves, la pensée s’agite. Et cela pourrait bien commencer par l’interrogation que pose en chanson Barbara Carlotti dans Magnétique, morceau de son dernier album éponyme : « Je n’ai pas encore pu savoir jusqu’à présent ce qu’est exactement le rêve. Je me le demande toujours. »
Cet entretien, ce dialogue, ces entre-mots, entre-paroles, sont tissés de dialogues qui les précèdent. Si la véritable archéologie de ceux-ci est impossible à mener, fondamentalement infinie, leurs symptômes les plus signifiants se situent sans doute à l’endroit d’une incompréhension : celle résultant du dialogue avec ce film documentaire dont je ne saisis pas la dramaturgie, dont mes propres respirations paraissent en discordances avec les siennes, alors même que la matière qui le compose devrait presque obligatoirement me faire vibrer.
« You know what’s scary about them ? They don’t need power ». C’est un homme qui parle des singes. C’est leur force : « They don’t need power ».
« Le cinéma ment, pas le sport ». C’est avec cet aphorisme de Jean-Luc Godard que s’ouvre d’emblée le documentaire de Julien Faraut, L’Empire de la perfection, composé d’archives focalisées sur le célèbre joueur de tennis John McEnroe.
Il y a bien longtemps que San Gennaro a abandonné Naples. Plus probablement a-t-il été acheté par quelques mafieux locaux qui ne protègent plus que les camoristes et les footballeurs… Là-bas encore plus qu’ailleurs, la loi du plus fort est la seule qui soit respectée : Dogman, le dernier film de Matteo Garrone illustre magistralement cette défaite du monde civilisé.
La sortie sur Netflix, le 13 avril dernier, de Je ne suis pas un homme facile, premier long-métrage en langue française sur la plateforme américaine, est tout sauf anecdotique. Le pitch : à la suite d’un banal choc, Damien (qui coche toutes les cases des qualificatifs du porc à balancer sur les réseaux sociaux, macho, misogyne, phallocrate voire pire) se retrouve propulsé dans un monde dominé par les femmes.
Après Éclaircies sur le terrain vague et Avis d’orage en fin de journée, Christian Rosset, compositeur mais aussi producteur sur France Culture, revient à l’écriture avec un splendide nouveau texte : Les Voiles de Sainte-Marthe, remarquablement édité par Hippocampe.