L’immense historienne Arlette Farge a voué ses recherches aux vies marginales, aux existences de criminels, ouvriers et anonymes dont les traces ont été tues. Les exhumer ressort de son Goût de l’archive, comme l’énonce le titre de son si bel essai publié en 1989 dans la « Librairie » de Maurice Olender : C’est une manière de « produire du manque là où régnaient les certitudes » et de saisir autrement l’Histoire, depuis des conduites ordinaires, ou, comme Arlette Farge l’écrit dans la très belle introduction de ses Vies oubliées, de plonger dans les profondeurs de l’individu pour faire jaillir « le mystère, la beauté et la folie de la vie ».

C’est aux pratiques archivistiques de Michel Foucault et Arlette Farge qu’emboîte le pas Philippe Artières. Comme eux, il en sait la puissance esthétique, en mesure la force sensible, quand les traces du pouvoir nous confrontent à une vie mineure, dessinent l’épaisseur d’un corps ou font entendre l’écho lointain d’une plainte.

« Le cinéma ment, pas le sport ». C’est avec cet aphorisme de Jean-Luc Godard que s’ouvre d’emblée le documentaire de Julien Faraut, L’Empire de la perfection, composé d’archives focalisées sur le célèbre joueur de tennis John McEnroe, qui sort aujourd’hui en DVD.

En partenariat avec Diacritik, Ciclic et la Maison Max Ernst vous proposent une série de cinq rendez-vous avec Camille de Toledo, autour du projet Écrire la légende. Lors de la rencontre qui aura lieu, à 20h30, ce jeudi à Huismes (37), l’écrivain poursuivra sa lecture du texte en cours d’écriture qui part des photos et des archives familiales pour explorer un Livre des Morts intime. C’est sur cette grande traversée de la mort par l’image à la croisée du documentaire et du fabulaire que Diacritik a voulu revenir avec le romancier le temps d’un grand entretien.

« Lorsqu’un livre se déploie, par les articles qui le composent, sur une quinzaine d’années, c’est d’abord l’intimité intellectuelle qui s’y dévoile » : Maurice Olender écrit cette phrase dans « Mémoires du judaïsme » à propos de Pierre Vidal-Naquet, dans Race sans histoire, et elle pourrait définir la manière d’Un fantôme dans la bibliothèque qui vient de paraître : ce livre, déployant textes, articles et récits, jouant de strates temporelles à la manière des Essais de Montaigne, est avant tout le dévoilement d’une intimité intellectuelle, une forme d’« exposition », comme le dit Maurice Olender dans le long et bel entretien qu’il a accordé à Diacritik.

Un fantôme dans la bibliothèque qui vient de paraître est avant tout le dévoilement d’une intimité intellectuelle, une forme d’« exposition », comme le dit Maurice Olender dans le long et bel entretien vidéo qu’il a accordé à Diacritik. dont on trouvera ici la transcription.

Lindsay Turner (DR)

Au début de ce printemps, une amie qui vit dans une ville située sur un autre continent m’a envoyé l’enregistrement d’une remarquable lecture de poésie. Le thème de la soirée était « poésie et protestation ». Assez rapidement au cours de l’événement, un différend éclate : La poésie est-elle une forme efficace de protestation ou non ? Et le cas échéant, les personnes présentes à la lecture ne devraient-elles pas simplement partir, sortir et rejoindre les manifestations qui ont lieu dans la ville et sa périphérie au moment même de la lecture ? On échange des paroles et il y a, je crois — l’enregistrement est chaotique, les gens parlent en même temps les uns des autres, c’est difficile à entendre — un vote. C’est tendu mais la lecture continue.

Philippe Artières
Philippe Artières

L’œuvre de Philippe Artières s’élabore à la croisée des sciences humaines et de la littérature, pour saisir l’ordinaire des existences anonymes, le bruit ténu des pratiques quotidiennes, à travers documents et archives : affiches, enseignes lumineuses, publicités et banderoles sont le territoire de cet auteur qui a fait de la notation et des graphies ordinaires son territoire.

Dans l’avant-propos de Rêves d’histoire, Philippe Artières s’interrogeait sur son rapport à une histoire du présent, venant, comme le disait Walter Benjamin, « télescoper » l’actualité. Quels que soient les objets, les archives, ou l’aspect parfois hétéroclite des rêves rassemblés dans le volume, il s’agit pour lui, en héritier de Foucault comme de Perec, d’« écrire une histoire de l’infraordinaire ». Parmi les sources de ce désir d’histoire, Philippe Artières citait promenades, discussions, souvenirs et « la lecture du journal ».

Diacritik publie un long entretien d’Amaury da Cunha avec Frank Smith à l’occasion de la parution de son Fonctions Bartleby, Brefs traités d’investigations poétiques, qui vient de paraître aux éditions Le Feu sacré. Il y est question de poésie, du rapport du langage au réel et au monde, d’archives, d’un regard qui fait image et sens.